FÉVRIER - MARS 2020

La bombe atomique sera-t-elle à nouveau utilisée contre les populations civiles ?

par Jean-Marc TRUCHET

Il s’agit ici d’un sujet récurrent qu’il est évidemment fort judicieux d’aborder, non sous couvert du pessimisme ambiant, toujours facile d’exploiter sachant qu’il est beaucoup plus aisé de parler de ce qui va mal que de ce qui va bien mais simplement comme une réalité incontournable de notre époque. D’une part, puisque plusieurs milliers de têtes nucléaires1 sont entreposées en divers lieux de la planète, d’autre part compte tenu de l’importance des tensions mondiales que l’on constate en cette aube du XXIè siècle dont la domination du monde à travers la mondialisation étatsunienne semble être la raison.


Des tensions mondiales


Dessin d’artiste de la pyramide de la complexité. Ne pouvant en connaître le sommet, celle-ci est nécessairement non achevée.
Des tensions de toutes sortes suivies d’éclairs se créant inévitablement en son sein, lesquelles ne peuvent à terme qu’en interdire son achèvement, sinon en provoquer son effondrement. JMT Jamais dans l’histoire connue de l’Homme, celui-ci n’avait accumulé un tel volume de feu ce qui, pour finir, n’est que la suite logique de la pyramide de la complexité, fidèle baromètre de l’évolution l’humaine mais dont on ne connaît pas le sommet autrement qu’à travers l’observation de l’Histoire des civilisation précédentes.
Il s’agit donc ici de l’évolution telle que nous la connaissons, autrement dit issue du matérialisme concrétisé en France par la Révolution de 1789 puis par la suite dans certaines autres parties du monde qui en prirent exemple dont les bolchéviks en Russie avec dans les deux cas les dramatiques conséquences que l’on connaît pour chacun de ces pays et bien au-delà…
Initié par les conceptions des Francs-maçons spéculatifs2 anglo-saxons, cet événement marqua à l’échelle européenne le grand départ de l’industrie telle que nous la connaissons aujourd’hui, du capitalisme sauvage mais également à terme celui de l’affaiblissement de la religion catholique, en particulier.
Sur ces conceptions, il apparaît donc logique que le monde matérialiste tel qu’il se dessine particulièrement en Europe et aux USA qui en sont issus, s’oriente vers une seule direction : celle de l’accumulation de biens concrétisant une foi inébranlable dans la puissance. Partant de là, il s’agit alors d’une volonté de conquête sans laquelle la civilisation occidentale ne peut poursuivre son ascension ni même survivre.
En effet, de nos jours le Dieu spirituel étant de plus en plus remplacé par le dieu argent, celui-ci régit désormais absolument toute la vie sociale et matérielle des individus car sans lui plus rien n’est possible. Or, le matérialisme ne peut se contenter de la stagnation puisque sa finalité réelle n’est pas un moyen pour l’Homme d’atteindre son équilibre et la sérénité mais apparaît comme une course incessante vers toujours davantage de possessions ce qui nécessite évidemment toujours plus d’argent.
Ce que l’on appelle la société de consommation n’est donc que le reflet de cette conception de la vie sociale, constat parfaitement mis en évidence aujourd’hui par la brièveté des biens de consommation qui nécessitent leur remplacement à court terme et par là généralement l’endettement financier, qu’il soit individuel ou national.
La transmission du bien patrimonial de génération en génération n’est donc plus une donnée capitalistique et se voit ainsi sous différentes formes également de plus en plus financièrement taxée ce qui revient à une spoliation du travail et ainsi de l’espoir mis par chacun pour assurer un monde espéré toujours meilleur à sa descendance.
Tous les rouages de la société sont ainsi mis à contribution dont ce que l’on appelle l’écologie-business ne constitue qu’un aspect des choses mais qui se révèle particulièrement efficace puisque nécessitant, à un titre ou à un autre, à la fois le remplacement de ce qui est rapidement jugé ancien par un bien dont la durée de vie sera de toute manière beaucoup plus brève que la précédente.
Par exemple, comme il fut exposé dans un précédent numéro de METHODE, les récurrentes aides de l’Etat n’étant qu’un moyen artificiel pour soi-disant relancer la consommation mais en réalité s’avère une illusion puisque cela revient à ce que le consommateur/contribuable, à travers ses divers impôts, paie ladite relance… Il ne s’agit ainsi que du mouvement perpétuel appliqué à l’économie.
Ainsi, si l’on veut bien considérer ce qui n’est, pour finir qu’un constat, cette conception des choses qui a effectivement profondément changé la vie de l’Homme trouve aujourd’hui ses limites à travers un déséquilibre croissant au sein de l’humanité sous forme de disparités qui conduisent à un retour de l’Histoire mais à une autre échelle.
D’une part, à des degrés divers tous les pays occidentaux se trouvent financièrement endettés, voire très endettés et quant aux USA, moteur du capitalisme originel moderne, malgré une illusion de puissance leur avenir apparaît de plus en plus incertain car les bases sur lesquelles reposent la société américaine sont manifestement devenues fragiles comme d’ailleurs celles de l’Europe.
Cette situation ne peut donc conduire qu’à des conflits dont la guerre sous différents prétextes constitue l’un des moyens de survie, incluant le pillage d’autrui. Cependant, il s’agit ici, si l’on peut dire, d’une solution dangereuse à plus d’un titre.
En effet, si elle permet d’assurer dans certains secteurs le plein emploi et de distraire le peuple de ses préoccupations quotidiennes, l’endettement consécutif ne fait que croître, conduisant inévitablement à la banqueroute, tant pour l’endetté que pour le prêteur puisque l’endetté ne peut plus rembourser sauf à gagner la guerre et à piller le vaincu si toutefois celui-ci dispose de biens substantiels exploitables. L’Histoire fourmille d’ailleurs de ce genre de situations ce qui ne fait pas de ce principe politico-économique une nouveauté…
Il en est de même pour ce qui concerne les religions, socle indispensable pour une société équilibrée. En portant atteinte à la confession religieuse du pays visé, il s’agit ici d’une efficace méthode de déstabilisation des individus ce qui en affaibli la cohésion, permettant ainsi d’envisager des conflits internes et donc d’affaiblir en conséquence toute résistance. Pendant que les gens se battent entre eux , il est alors beaucoup plus facile d’intervenir à un titre ou à un autre, y compris sous l’auréole humanitaire.
Néanmoins, actuellement ces méthodes classiques dont la logique macabre commence à être éventée, semblent avoir manifestement trouvé leurs limites car d’autres pays dans le monde n’ont pas choisi le même camp et se révèlent aujourd’hui de redoutables adversaires qui n’entendent pas partager ce qu’il faut bien appeler la décadence du monde occidental consécutive à ses choix dont l’on ne peut désormais que constater à loisir les affligeantes manifestations.

De la réaction du monde non occidental

Sans entrer dans trop de détails qui perturbent fréquemment une analyse, ce n’est évidemment pas parce qu’un individu choisit une voie comme modèle de vie puis tente de l’imposer aux autres que chacun doit faire de même puis ensuite en assumer les conséquences. Pour mémoire, les conseilleurs ne sont que rarement les payeurs…
À l’échelle planétaire, c’est pourtant ce à quoi nous assistons aujourd’hui entre le monde occidental et le monde oriental et extrême oriental dont la Russie pourtant historiquement européenne constitue désormais une incontournable charnière.
Engagé dans sa course folle au matérialisme qui le conduit à un vertigineux déficit financier et moral, l’Occident3 petit à petit déchristianisé perd de plus en plus toute référence spirituelle comme à son Histoire, lequel se retrouve ainsi et désormais face à lui-même, c’est-à-dire nu, ne sachant que faire ni où aller ce qui, inévitablement, le conduit à une fuite en avant.
On retrouve fidèlement ici à une autre échelle les leçons du passé dont il n’est malheureusement que bien rarement tenu compte mais encore faut-il en avoir conscience.
Cette situation est donc hautement dangereuse car il apparaît de plus en plus évident que dans ce système, la Russie historiquement proche de l’Europe, malgré ses appels répétés pour renouer des liens fructueux n’a désormais plus d’autre choix que de se rapprocher de la Chine vis-à-vis de laquelle, à juste titre, elle reste prudente.
Il y a ici une fondamentale erreur des dirigeants européens, désormais pieds et poings liés aux USA via l’OTAN et peut-être même bientôt par un accord commercial transatlantique dont en particulier l’électeur/contribuable français ne connaît aucun des termes alors qu’il est pourtant le premier concerné ce qui en dit long sur les objectifs.
Ainsi, issue de l’implosion de l’ex-URSS, durant deux décennies la Russie fit-elle profil bas mais sans pour autant perdre ses valeurs fondamentales ce qui l’a conduite à montrer sa nouvelle force, fruit d’un patient et efficace travail de pragmatique reconstruction.
Toujours diabolisée à souhait par les USA et leurs alliés de circonstance, là où ces derniers n’ont pu, après quatre années de bombardements soi-disant intensifs, venir à bout des forces islamiques en Syrie, en quelques mois la Russie réussira non seulement à contenir les unités de Daech mais également à les repousser en bonne partie.
Cette nouvelle donne que découvre les peuples d’Occident assure du même coup à l’ancien empire des Tsars une excellente ouverture sur la Méditerranée, contournant ainsi l’étranglement du détroit du Bosphore et une éventuelle hostilité de la Turquie, pour mémoire toujours membre de l’OTAN.
Dans ce schéma, la Russie, la Chine et l’Inde qui représentent à elles seules environ 2.8 milliards d’individus ont tout intérêt à coopérer ensemble pour contenir les visées impérialistes des USA désormais acculés sur la défensive. De crises financières en crises financières ces derniers montrent ainsi qu’ils disposent de moins en moins de moyens sinon que de réévaluer régulièrement leur dette en imprimant sans limite du papier monnaie pour tenter de remonter une pente fort savonneuse ou a minima de faire illusion.
Tout montre également que par un moyen ou par un autre, ils seront également conduits à saigner leurs satellites comme le faisait l’ex-URSS pour survivre, d’où peut-être ce traité de libre-échange transatlantique avec lequel la France et d’autres pays d’Europe ont tout à perdre puisqu’ils ne pourront jamais être concurrentiels sachant qu’il n’y a pas que cela.
Quelle que soit la solution, sur les bases actuelles le monde occidental engagé dans la voie sans issue qui est aujourd’hui la sienne ne fera que de s’affaiblir, tel un grand corps malade, incapable qu’il est de pouvoir se ressaisir, l’émigration galopante n’en constituant que l’un des aspects les plus évidents.
L’une des premières conséquences risque d’être l’implosion de l’Europe dont l’erreur originelle fut d’en orienter l’organisation vers une structure de marchands et non vers une structure politique, accentuant parallèlement depuis les années 2000 sa soumission aux exigences politico-stratégiques de l’OTAN et donc des USA.
Sa déficience en est aujourd’hui criante car face aux enjeux actuels les différents pays qui la composent ne peuvent évidemment pas s’entendre pour adopter une ligne commune car les disparités tant sociales qu’économiques sont beaucoup trop importantes.
L’autre erreur, au moins en ce qui concerne la France, fut de réintégrer l’OTAN ce qui en conduit sa défense à être désormais asservie au commandement des Etats-Unis et ainsi à ne plus pouvoir être libre de ses choix géostratégiques dont vis-à-vis de la Russie avec laquelle elle aurait évidemment tout intérêt à coopérer honnêtement et amicalement comme ce fut le cas au XIXè siècle.
Dans l’Histoire, l’affaiblissement des nations a toujours préludé les grandes invasions par des peuplades moins avancées qui ont ainsi profité des faiblesses de ces premières, la cupidité si ce n’est de la stupidité des hommes sensés les diriger en constituant l’un des facteurs essentiels.
De cette stratégie qui a fait ses preuves dans le passé, peuvent-elles sans risque petit à petit en détruire la structuration sociale par l’intérieur.
Si l’on veut bien observer l’actualité et l’état des nations européennes mais également des USA en ce début du XXIè siècle, c’est bien ce que l’on constate.

De l’arme nucléaire

Si la France et d’autres pays d’Occidents comptent tous les jours davantage d’experts spécialistes de tous les sujets, l’arme nucléaire n’échappe pas à leurs avis forcément autorisés que de nombreux médias soumis eux aussi à la loi du marché comme aux intérêts politiques, recopient puis colportent sans se poser d’autres questions. Le peuple est ainsi informé et angoissé sinon terrorisé suivant les besoins du moment dont la destruction de l’humanité et l’hiver nucléaire constituent l’un des thèmes majeurs.
Cela suppose donc un peu partout de potentiels docteurs Folamour, au moins pour ceux désignés comme tels par l’Occident et que les pays qui disposent de ces armes peuvent avoir à tout moment l’envie de s’auto-suicider. Néanmoins, les choses ne paraissent pas se passer ainsi et sur ce point si la puissance des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ne constituent que de simples pétards au regard de ce qui fut ultérieurement essayé puis fabriqué en grand nombre, la destruction de l’humanité par ce moyen ne rendrait aucun service à ceux qui seraient ainsi tentés d’œuvrer puisqu’ils ne seraient eux-mêmes plus là pour investir ultérieurement leur champ d’action et donc pour lancer quoi que ce soit sur l’adversaire. De plus, en supposant qu’ils disposent encore de moyens pour cela, les retombées radioactives emportées par les vents seraient à terme, tout aussi redoutables.
N’en déplaise aux marchands de malheurs, l’hiver nucléaire n’apparaît donc pas comme une option crédible.
En revanche, si l’on considère maintenant la seule résistance de certaines grandes nations comme la Chine, la Russie et leurs satellites aux conceptions occidentales actuelles, il y a ici un évident foyer à risque mesuré. En effet, il serait vraisemblablement stupide de penser que ces pays aient envie d’être rasés mais en revanche fort judicieux d’estimer qu’ils ne partagent, ni les visées géostratégiques occidentales et étatsuniennes, ni le mode de vie de ces derniers. Il en est de même concernant les flux migratoires, que l’Europe et les USA ont eux-mêmes très fortement entraînés par leurs interventions militaires dans le monde arabe et ailleurs, comme les conséquences de leur domination sans partage sur l’Afrique noire.
Si maintenant on considère les effets humains et environnementaux des deux bombardements atomiques sur le Japon à l’été 1945, faisant abstraction des victimes, on constate immédiatement que ces deux villes se sont rapidement relevées de leurs ruines sans à terme de grosses conséquences sanitaires particulières.
Pourtant, il s’agissait de deux bombes à fission, la première à l’uranium naturel enrichi (235U) et l’autre au plutonium (239Pu), engins particulièrement polluants.
Nagasaki

Ensuite, les nombreuses expériences réalisées dans l’atmosphères montrent que les dégâts occasionnés alentour par les radiations sont en nette minorité par rapport aux effets de la chaleur et surtout par rapport aux effets mécaniques qui en sont la conséquence directe, l’ensemble s’élevant ensuite très rapidement dans le ciel.
Quant à tous ces essais, d’une part ils ont évidemment permis de perfectionner l’arme mais également d’évaluer avec précision les effets tant humains, matériels, qu’environnementaux, leur miniaturisation en constituant un bon exemple.
Autrement dit, pour la très grande majorité des nations, une attaque surprise sur certains objectifs serait difficilement parée, suffisante pour annihiler toute résistance et ainsi investir ou calmer les ardeurs non politiquement correctes de ceux qui seraient tentés de se comporter ainsi.
Toutefois, avant d’en arriver là et suivant ce que l’on constate depuis fort longtemps mais qui se poursuit sans discontinuer, la multiplicité des conflits locaux ne peut que perdurer, sinon que de s’accentuer.
En effet, elle représente pour l’Occident un moyen de pression sur les autres à travers des actions trouvant leur origine au niveau de la géostratégie mais également pour une importante partie afin de consolider les économies nationales : les retombées financières issues de la vente d’armes. A ce propos, on ne se souvient d’ailleurs pas avoir vu un syndicat faire grève pour réclamer quoi que ce soit.
Un système évidemment des plus dangereux à travers une politique d’encerclement à petit pas de l’Eurasie qui ne peut mener qu’à l’extension des guerres. Toutefois et pour l’heure, ni la Chine, ni la Russie pour ne citer qu’elles, n’ont intérêt à manifestement trop s’engager dans cette voie sans issue autre que d’équilibrer les forces mais seulement contraints et forcés par les manœuvres des USA et de leurs alliés occidentaux.
Si l’on y regarde bien, l’avènement des armes hypersoniques pour la Russie entre parfaitement dans ce cadre car il s’agit ici d’un moyen, au moins pour un moment, de contenir à distance tous ceux qui seraient animés de velléités guerrières. Le pays peut ainsi se consacrer à autre choses qu’à développer et à entretenir de considérables moyens militaires pour se protéger ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre le perfectionnement de ses moyens de défense susceptibles de lui assurer ainsi en permanence une longueur d’avance sur de potentiels adversaires.
Par ailleurs, il faut bien se persuader que le retour de l’ancien empire des Tsars sur la scène internationale dont en particulier économique, ne peut pas faire plaisir à tout le monde ce qui constitue déjà un sérieux facteur de rivalité.

Du recours à autrui

Lorsque l’on veut faire un mauvais coup et d’ailleurs il ne suffit pour cela que d’observer ce qui se passe dans le monde, mieux vaut généralement s’adresser à un ou à des complices que de s’aventurer soi-même car il est ensuite bien plus difficile de mener l’enquête pour identifier les responsabilités. L’Irak, la Syrie, l’Afrique sub-saharienne, etc. en constituent de bons exemples. Ainsi, observons la mouvance islamique que ces mêmes USA et leurs alliés de l’Occident mettent vraiment beaucoup de temps à neutraliser malgré une débauche de moyens, d’argent et de paroles.
Résumons en disant que dans ce genre d’aventure s’il est délicat de s’investir soi-même, on peut toujours le faire via un pays docile ou mieux et à défaut en aidant de diverses manières une organisation «amie », éventuellement créée de toutes pièces.

De l’affaiblissement des USA et de l’occident

C’est un euphémisme que de parler de l’affaiblissement de l’Occident dont en particulier de la France, affaiblissement à la fois économique mais plus grave : social et surtout moral. Un sujet pour lequel il n’est ici guère besoin d’épiloguer pour comprendre que sur les bases actuelles, il sera très difficile sinon impossible de remonter la pente. Cette situation porte évidemment en germe de graves difficultés y compris à venir, cumulant à la fois une certaine résignation des peuples engoncés dans une illusion de confort mais aussi d’importants mouvements sociaux qui ne pourront être contenus que par une répression toujours accrue. Il ne s’agit pas ici d’un phénomène nouveau car l’Histoire montre à loisir que pour les nations en difficultés, très fréquemment la pression des Etats concernés sur les individus n’a fait que d’augmenter glissant ainsi plus ou moins vers des dictatures ou des régimes similaires.
Cependant, il n’est pas dans l’intérêt de la Russie nouvelle d’abandonner l’Europe au sein de laquelle la France occupe une position géostratégique de premier plan.
Pour mémoire, dès le milieu du XIXè siècle, sous Catherine II, Alexandre III et Nicolas II, elle y fut même un important acteur de développement économique. A tel point que selon Alexander Gerschenkron4 : « nul doute qu'au train où croissait l'équipement industriel pendant les années du règne de Nicolas II, sans le régime communiste, la Russie eût déjà dépassé les États-Unis ».
Église Saint Louis des Français à Moscou. Photo. FG. 2019

Sans délirer au sujet de ce dramatique événement comme pour ses suites, convenons tout de même qu’il arrangea bien les affaires économiques de l’Amérique. D’ailleurs, si l’on en juge par les actuelles sanctions appliquées tous azimuts à la Russie, y compris au mépris des règles de l’OCDE, il n’est pas encore interdit de se poser la question…
Quoi qu’il en soit, observons que plusieurs associations et revues dont MEHODE maintiennent en vie un fort lien franco-russe avec un réel espoir de voir un jour renaître de grands projets communs.
Si, dans les circonstances actuelles, la Chine constitue pour la Russie un incontournable allié et réciproquement, ce fut en premier pour contrer les velléités impérialistes de l’Occident menées par les USA dont l’OTAN constitue le bras armé. Or, s’affaiblissant, leur intérêt bien compris serait au contraire de se rapprocher de la Russie, isolant quelque peu ainsi la Chine et ménageant l’Europe car si les liens entre la Russie et la Chine actuellement se resserrent cela n’offre pas pour autant une garantie de pérennité pour la Russie qui partage plusieurs milliers de kilomètres de frontière avec l’empire du milieu.
Néanmoins, un rapprochement russo-américain et donc européen ne pourrait qu’indisposer la Chine.
Comme on le voit, sauf entente particulière très hypothétique, un ménage à trois est généralement dangereux mais il est certain que pour le moment et très certainement pour l’avenir au moins immédiat et malgré tout ce que l’on peut raconter ici et là, l’Occident et les USA ne font guère le poids face à l’association Russo-chinoise incluant leurs satellites.
Il serait sans doute bon que les éminents stratèges qui manifestement sont passés maître dans la partie de ²qui perd gagne², ne négligent pas cela et cessent au plus vite de jouer les gros bras car lorsque l’on s’amuse à cela il faut en avoir les moyens ce qui présentement n’est plus le cas et le sera très certainement de moins en moins.

De la guerre atomique sur terre

De ce qui précède, il en ressort évidemment une tension grandissante entre les deux pôles que constituent l’Occident et l’Orient, mot pris au sens large. Les deux questions qui apparaissent désormais de poser seraient alors les suivantes :
- Un jeu parfaitement hypocrite dont la finalité serait de maintenir à flot les économiques occidentales via l’industrie militaro-industrielle sans pour autant souhaiter un conflit d’envergure mais en poussant néanmoins ses pions chaque fois que possible.
- Une réelle stratégie de domination mondiale dont l’extension de l’OTAN comme, par exemple, les différentes sanctions économiques à l’égard de la Russie, de la Chine et autres font partie.

Sans entrer dans les détails, l’Histoire vécue depuis la Révolution française qui marqua indéniablement le début de l’ère industrielle et financière sous sa forme actuelle, penche malheureusement vers la seconde option. Partant de là, cette volonté d’hégémonie menée par le dieu argent ne peut aller vers une autre issue que la guerre car il ne peut y avoir de concurrents, or, pour qui est attentif, tous les événements actuels vont en ce sens.
Quant aux bonnes résolutions et autres traités, on voit également ici ce qu’il en est.
Autrement dit, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est pas nécessairement demain : les intérêts d’abord ! Ne soyons pas naïfs mais réalistes et pragmatiques…
Partant de là, on observe néanmoins que l’Occident n’a jamais attaqué un pays fort mais toujours une nation faible (Irak, Syrie, Lybie, etc.). On peut donc en déduire qu’entrer en conflit de front avec la Russie ou la Chine serait parfaitement suicidaire. Par conséquent et comme abordé ci-dessus, une des meilleures solutions ayant fait ses preuves consiste d’abord à semer le désordre de l’intérieur afin d’affaiblir la nation visée. Il s’agit même là d’un principe de base…
Plus globalement et à cette fin, on peut aussi imaginer d’utiliser pour cela la monnaie dont évidemment le Dollar pour déstabiliser les économies les plus fragiles, voire même essayer de mettre en place un autre système monétaire mondial, alors susceptible de mettre ces nations à la merci de l’Occident. Ce n’est pas impossible mais pas gagné d’avance, surtout compte tenu de la situation économique de ce dernier.
Quoi qu’il en soit et quel(s) que soit(ent) le ou les moyens utilisés, grâce à une habile propagande il devient alors plus aisé de parvenir à l’objectif déterminé sauf que nous ne sommes plus au XIXè siècle et que les choses ont beaucoup changé depuis…
Reste donc sous couvert d’affirmations non vérifiables à diaboliser l’adversaire puis à le menacer de diverses manières, soit pour en justifier une intervention à son égard, soit une fois acculé dans ses retranchements, à le conduire vers une réaction violente, n’ayant plus d’autre choix afin de se protéger. En l’état actuel des choses c’est malheureusement la seconde solution qui apparaît la plus envisageable car elle présente alors l’avantage de désigner l’agresseur oubliant au passage le responsable de la situation.
Cependant, compte tenu aujourd’hui des moyens militaires, si l’on peut espérer une réponse modérée de l’agressé par des armes conventionnelles, dans le cas où l’agression contre lui se poursuivrait et suivant sa nature, il est fort probable qu’il passerait très rapidement, voire même immédiatement à des moyens nettement supérieurs, rapides et puissants car il ne peut être dans son intérêt d’adopter une réponse, dite ²proportionnée².
Quant à la planète, en cas d’utilisation de l’arme atomique, si nombre s’en inquiète il faut bien se persuader que les 2 500 explosions nucléaires (ou environ) qu’elle a subi en 50 années (pour ce que l’on en sait…) ne l’ont pas empêchée de tourner. Par conséquent, quelques-unes de plus simultanées ou peu espacées dans le temps ne feront au mieux que d’affecter momentanément le climat et encore !.. mais ceci est une autre histoire...
Pour être plus précis, dans la mesure où l’OTAN s’aventurerait dans une telle démarche à l’égard de la Russie, sans donner de noms, il n’est pas trop difficile de comprendre quelles seraient en réponse les premières cibles visées. Si l’on préfère, en toute logique il s’agira d’abord de neutraliser ceux qui participent aujourd’hui aux manoeuvres agressives de l’Occident sous commandement des USA. Cela signifie en premier des objectifs situés en Europe où plusieurs dizaines, si ce ne sont centaines de têtes nucléaires, sont stationnées.
Ensuite, en se reportant sur une mappemonde, on observe très rapidement que les Etats Unis ne sont plus isolés sur le globe comme autrefois mais à portée de missiles Chinois et Russes ce qui les conduits à être pris en sandwich, position devenue hautement dangereuse pour eux…
Comme on peut le constater, ces quelques éléments montrent immédiatement que la situation actuelle est loin d’être simple et que vouloir dominer le monde n’a jamais mené à rien de bon. C’est au contraire la diversité des choses et leur respect qui en fait l’équilibre.
Pour les naïfs et pour ceux qui ²ne veulent pas savoir², rappelons que nous ne sommes pas à Hollywood ni au far West en train de jouer aux vilains Indiens et aux gentils cow boys et encore moins avec des divertissements guerriers vidéos, confortablement installés devant un écran. Même ceux qui se pensent à l’abri vivent en pleine illusion d’autant que bien peu connaissent les résultats d’une explosion atomique sur la matière vivante.
Née de leur inconscience, les hommes déchainent leur folie. S’ils sont capables de construire de tels engins, ils ne sont manifestement pas assez intelligents pour les détruire, poursuivant ainsi vers la voie de la sagesse et leur propre bonheur d’être sur Terre. L’homme serait-il devenu monstrueux ?
Explosion thermonucléaire US (bombe H), nommée Castle Bravo sur l’atoll de Bikini (iles Marshall) le 1er mars 1954. Puissance estimée 15 Mt 5. Archives USA.

L’homme est-il apte à le comprendre et à accepter de se remettre en cause ?.. C’est douteux. Si l’on considère le volume de feu qu’il a construit pour s’autodétruire, il serait néanmoins hasardeux de compter sur son intelligence pour s’en débarrasser utilement mais pourquoi pas ?..

De la raison et de l’espoir ?..

Dans la mesure où un conflit nucléaire généralisé paraît guère crédible, souhaitons néanmoins que les temps qui viennent soient ceux de la raison et de la coopération entre les nations avec un seul objectif : celui du meilleur bonheur pour l’être humain et non celui de la domination du dieu argent accompagné de ses diaboliques et mortelles exigences.
C’est donc pourquoi l’affaiblissement de l’Esprit en Europe porte en lui les plus grands dangers sachant qu’il ne s’agit en aucun cas de prendre cela comme accessoire. Ici encore, l’histoire vécue dont celle de l’ex-URSS rattrape la France et l’Europe car chacun devrait pourtant se souvenir des dégâts causés durant 70 années par le bolchévisme et ses supporters dont en France la révolution de 1789 constitua de toute évidence le mortel galop d’essai.
Chercher à affaiblir la religion chrétienne comme malheureusement on le constate aujourd’hui dans l’Hexagone, voire dans certains pays d’Europe, ne conduira qu’à l’oppression et à la misère durable, si ce n’est pour nombre à une forme d’esclavage.
Ne pas oublier que l’énergie originelle de notre univers ne résulte que du fruit de deux composantes en équilibre : l’Esprit et la Matière dont l’être humain comme tout ce qui vit sont issus.
En dehors d’eux, point de salut car cela revient à s’éloigner de la loi la plus fondamentale de la nature : celle produisant l’énergie que tout ce qui vit consomme à chaque instant, précisément pour son équilibre général.
Dans la mesure où certaines conceptions ayant prévalu à la révolution française étaient nécessaires et louables, les effets immédiats puis à terme furent néanmoins désastreux, lesquels conduisent désormais ceux qui ont adhéré à ces idées sur un chemin des plus dangereux qu’il serait grand temps d’abandonner sous peine d’effondrement social et moral garanti. En effet, l’on ne peut que constater que ces mêmes idées dont la base reposait sur de respectables conceptions, progressistes et humanistes, fut depuis bien longtemps oubliée par ceux-là même qui s’en réclament au profit de la satisfaction du seul dieu argent et de ses anges déchus que sont l’illusion de la puissance et de la gloire, signes en réalité de grande faiblesse personnelle.
Reste néanmoins encore l’égalité, notion bien pratique pour envelopper d’un épais brouillard de moralité les profiteurs et autres parasites du système mis en place mais dont les dégâts se font chaque jour plus évidents pour qui observe quelque peu.
Les années qui viennent et au plus les immédiates décennies apparaissent donc déterminantes pour l’avenir de l’Europe telle qu’actuellement menée par les USA.

J-M.T.

NOTES ET RÉFÉRENCES

1. Suivant l’ONU, environ 40 pays sur Terre possèderaient désormais la bombe atomique et nombreux sont ceux capables d’en assembler rapidement, disposant déjà des vecteurs pour les envoyer là où elles doivent aller.
2. Il s’agit ici de la Grande loge d’Angleterre qu’il ne faut pas confondre avec la Franc-maçonnerie opérative issue des bâtisseurs, cathédrales et autres grands ouvrages d’art mais également par la réalisation manuelle d’objets manufacturés de grande qualité.
3. Depuis la fin du XXè siècle et pour faire simple, le mot Occident regroupe les pays alliés aux Etats Unis, plutôt de tendance chrétienne mais il s’agit là d’une frontière assez élastique. De même, certains y englobent l’Amérique du Sud et l’Australie…
4. Alexander Gerschenkron est un historien d’origine russe qui fuit, comme beaucoup d’intellectuels, la révolution russe de 1917 pour Vienne où il arriva en 1920 et fut formé par l'école autrichienne d'économie. Puis, en 1938 ce sera cette fois à cause du nazisme qu’il rejoignit les États-Unis.
5. Soit l’équivalent de 15 millions de tonnes de TNT (TriNitroToluène).

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