Le 21 novembre 2013 débutait la deuxième révolution colorée dâUkraine, dix ans après la Révolution orange de 2004. Un deuxième coup dâÃtat, donc, possédant le même épicentre, la place de lâIndépendance, dite Maïdan, mais aussi les mêmes soutiens étrangers et les mêmes motifs : dissocier totalement lâUkraine de la Russie pour lâintégrer dans le système occidental, et si possible lancer une guerre totale contre la Russie en comptant sur une réaction violente de cette dernière. Peine perdue. Moscou restait impassible et se contentait de mesures défensives comme le rapatriement de la Crimée et un soutien humanitaire à la région ukrainienne du Donbass, réfractaire à lâentrée dans lâUnion Européenne et lâOTAN.
Le putsch de Kiev dégénérait alors en une guerre civile entre pro-Maïdan et anti-Maïdan qui plongeait le pays dans un chaos dont les secousses sismiques sâéprouvent encore aujourdâhui jusquâen Europe de lâOuest. Trois ans pratiquement jour pour jour après le début des événements, je me rendais à Kiev pour un petit voyage dâétude visant à compléter sur le terrain la documentation que jâavais réunie depuis 2014 pour rédiger des articles, puis un livre, visant à décrypter lâHistoire en train de se faire. Les reportages qui suivent associent des photographies personnelles et dâautres trouvées sur internet, auxquelles jâajoute des commentaires et des réflexions postérieures à la publication de Retour sur Maïdan : la guerre hybride de lâOTAN (éditions Le retour aux sources, 2017).
Dans la rue Krechatyk (Ð¥ÑеÑаÑик), la grande artère centrale de Kiev qui traverse Maïdan, une affiche de recrutement du régiment Azov (Ðзов) : « Rejoins le régiment le plus fort » (BCTYÐAÐ ÐO ÐÐB HAÐCÐÐЬШOÐO ÐOÐKY). Les icônes sous le titre : Gestion professionnelle â Salaire décent â Standards de lâOTAN â Bon équipement â Nouvelle vie (ÐPOФECIÐHE KEPIBHÐЦTBO â ÐIÐHA OÐÐATA â CTAHÐAPTÐ HATO â ÐAPHE ÐAÐEÐÐEЧEHHЯ â HOBE ÐÐTTЯ). En bas à gauche, le symbole du régiment Azov, le Wolfsangel, « crochet du loup », rune germanique récupérée et arborée par des unités de combat de lâAllemagne nazie, notamment la 2ème Division SS « Das Reich », et lourdement connotée depuis.
Dans son édition du 1er septembre 2017, le Kyiv Post, journal ukrainien anglophone et de tendance libérale, revenait sur lâactualité du régiment : « Après deux ans dâentraînement, le régiment Azov brûle de retourner à la guerre. (â¦) Mais le régiment Azov attire lâattention pour dâautres raisons que ses prouesses de combat. Il a évolué dâune unité dâultra-nationalistes irréguliers à une formation dâélite bien équipée, formée par des instructeurs étrangers. Il a la réputation dâabriter des nazis racistes, mais la réalité est plus subtile et complexe. Aucun des soldats à lâentraînement nâaffiche de symboles racistes. Certains préfèrent se serrer la main en saisissant le poignet, courant parmi les mouvements nationalistes.
Leurs écussons dâépaule ont un insigne jaune et bleu qui ressemble à un Wolfsangel horizontal inversé, lâimage en miroir dâun symbole utilisé par les nazis. (...)
Certains combattants dâAzov pratiquent aussi les rites païens slaves. Au début du mois de juillet, une idole en bois de Perun, le dieu du tonnerre de la Rus de Kiev médiévale préchrétienne, a été érigée à la base du régiment près de Mariupol. Les combattants disent quâils rendent hommage à lâhistoire de lâUkraine. (...) Ils sâentraînent intensivement, espérant atteindre les standards de lâOTAN, dont lâUkraine aspire à rejoindre un jour les 29 membres. »1
Après leurs formations données par des instructeurs étrangers pour atteindre les standards de lâOTAN, les membres du régiment se recueillent en prière autour du totem de Perun, dieu du tonnerre. Pour Azov, néo-paganisme et atlantisme vont de pair. Câest ainsi que les nationalistes ukrainiens conduisent leur pays vers la « diversité », maître mot de lâalliance militaire de lâAtlantique nord.
Dâaprès Rose Gottemoeller, secrétaire générale déléguée de lâOTAN, « La diversité ne se résume pas à la question du genre » : « LâOTAN a dâabord décidé de créer un plan dâaction pour la diversité lors du Sommet de lâOTAN à Prague en 2002. Aujourdâhui, un groupe de travail sur la diversité, composé de représentants de tous les organes de lâOTAN, est le moteur du Plan dâaction. Actuellement, le groupe de travail sâefforce de promouvoir la diversité et lâinclusion à lâéchelle de lâOTAN et dâélargir la définition de la diversité au-delà du sexe, de lââge et de la nationalité. Quand on parle de la diversité dans un environnement organisationnel, le genre a tendance à être la première chose qui vient à lâesprit. Cependant, la diversité (comme le suggère le mot lui-même) est beaucoup plus complexe que cela. « La diversité dans le contexte de lâOTAN semble souvent traitée comme une diversité de genre : le plan dâaction examinera cette question plus largement et cherchera des moyens de garantir que la main-dâÅuvre se reflète dans la diversité sociétale des nations qui composent lâorganisation, y compris la race, lâorigine ethnique, lââge, la religion, les handicaps et lâorientation sexuelle », a déclaré Mme Gottemoeller. « LâOTAN ne doit pas se limiter à lâidée de briser le âghetto roseâ en quelque sorte, car il y a beaucoup de ghettos un peu partout. » (...) « Il faut inspirer le changement culturel, qui doit être poussé par les dirigeants, parce que les organisations matures ont un conservatisme hérité » a déclaré Mme Gottemoeller, tout en discutant de la façon dont elle voit le changement comme un facilitateur au lieu dâun obstacle. »2
Le nationalisme ukrainien est-il soluble dans le mondialisme ? Après le dieu Perun, grande messe pour la déesse Diversité à lâoccasion de lâEurovision 2017 à Kiev : « Célébrer la diversité est le message central pour lâévénement de cette année et est complété par un logo dont le design créatif est basé sur un collier traditionnel ukrainien connu comme Namysto. »3
Le festival Eurovision est une création de guerre culturelle atlantiste, donc mondialiste. Le 16 janvier 2015, lâOTAN déclassifiait quelques milliers de documents au titre du Freedom of Information Act en vigueur sur le territoire états-unien. Une école privée supérieure espagnole, GBN Gobernatia, spécialisée dans la formation des décideurs politiques et économiques, sâest penchée sur ces archives pour en extraire quelques pépites. LâUnion Populaire Républicaine (UPR) commentait ainsi lâanalyse du document dans la rubrique « Actualités » de son site : « Que nous dit cette analyse à propos du document déclassifié de lâOTAN ? Eh bien, il est désormais avéré que, le 28 janvier 1955, au palais de Chaillot, à Paris, les responsables du « Comité de Culture et dâInformation publique » de lâOTAN se réunirent avec le directeur de la Radiodiffusion-Télévision française afin de lui soumettre un projet dans lequel la BBC était déjà partie prenante. Ce projet concernait la création dâun festival de musique dit "européen", qui serait baptisé Eurovision. Le 30 novembre 1955, une nouvelle réunion du même type au palais de Chaillot alla plus loin dans la définition du projet, en proposant cette fois-ci de créer un festival musical de lâAlliance atlantique. Le compte-rendu de cette réunion prévoyait la tenue de la première édition de ce festival pour le mois dâavril 1956. Le 12 février 1956, une troisième réunion décida dâutiliser le réseau de télévision et de radiodiffusion paneuropéen imaginé quelques années auparavant, et décida aussi que de douze à quatorze titres pourraient être interprétés lors dâun tel festival. Le festival de lâEurovision tint finalement sa première édition en mai 1956. Ce festival se mit alors à servir très clairement les intérêts de lâOTAN et des Ãtats-Unis dâAmérique en réunissant, en Europe occidentale, des millions de téléspectateurs autour de 14 titres. Câest la toute récente victoire de lâUkraine à lâEurovision 2016, pour sa chanson « 1944 » qui a ravivé lâintérêt pour les liens entre le Concours de lâEurovision et la géopolitique. Les paroles de cette chanson font clairement référence à la déportation des Tatars de Crimée par Staline. Et le « Concours Eurovision de la chanson 2016 » constitue donc une attaque implicite contre la Russie de Vladimir Poutine et plus spécialement contre le rattachement de la Crimée à la Russie suite au référendum du 16 mars 2014. En bref, Eurovision nâest en réalité quâun outil de propagande et de manipulation des peuples dâEurope par la culture et par la langue. »4
Pendant lâEurovision « gay-friendly » en Ukraine, la chaîne dâinformation France 24 réalisait un reportage sur la « diversité » dans ce pays. En progrès mais encore insuffisante selon la communauté LGBT locale. Lâavenir est cependant ouvert : si lâéglise orthodoxe et des ultra-nationalistes sây opposent pour la forme, ils laissent faire le gouvernement ukrainien quand il adopte les mesures pro-LGBT réclamées par Bruxelles pour intégrer lâUnion Européenne. à quand une vraie révolution conservatrice en Ukraine ?5
Quelques mois avant lâEurovision, Kiev avait accueilli en décembre 2016 un autre événement musical : le festival Asgardsrei, consacré au Black Metal, organisé avec la branche civile du régiment Azov (Corps National) pour faire la promotion dâidées tournant essentiellement autour de lâantichristianisme et de la lutte contre la Russie. La conférence « Pact of Steel » (Pacte dâacier, nom de lâalliance militaire entre Mussolini et Hitler) tenue en préambule du festival de rock était ainsi commentée par un observateur attentif du nationalisme ukrainien (Arkadi de Grave) : « De nombreuses discussions menées en 2010 et 2011 avec des traditionalistes ukrainiens, dont Olena Semenyaka et Andriy Voloshyn (qui devinrent plus tard responsables des relations internationales, la première au parti Corps National et le second à Svoboda), me montrèrent clairement que ceux-ci considéraient les Russes comme une race métèque, de faux Slaves mêlés de sang Tatar, une sous-peuplade asiatique sans aucun intérêt. Eux, ukrainiens, se proclament seuls véritables russes (la Rousâ de Kiev), opposés aux « Hordes asiatiques du Kremlin » (cf. interview de Semenyaka au Cercle Non Conforme). Mais la raison la plus ignorée de cette nouvelle russophobie directement issue du conflit ukrainien, et se propageant aujourdâhui dans de nombreux milieux nationalistes européens, est véritablement dâordre spirituel, et même métaphysique. Il sâagit de combattre le « messianisme russe » ainsi que le christianisme, religion accusée dâêtre ontologiquement anti-européenne de par ses origines sémites. »6
Dans son effort pour rejoindre lâOTAN, le mouvement Azov est victime dâun dispositif dâingénierie sociale en deux parties â hameçonnage et conduite du changement â procédant par petits pas et de proche en proche pour amener furtivement et graduellement un sujet à faire exactement le contraire de ce quâil dit et de ce quâil veut consciemment (cf. Kotter, Overtone). Le point de départ, câest-à -dire le discours conscient dâAzov, est la défense de lâUkraine contre la Russie. Le point dâarrivée dâAzov est la guerre contre la Russie parrainée par lâOTAN, faisant mécaniquement avancer en Ukraine le programme de lâOTAN â diversité, multiculturalisme, LGBT â donc attaquant lâUkraine, et au-delà toute lâEurope, du moins si le mouvement Azov parvient à sây développer.
Les étapes intermédiaires de cette opération de rabattage des nationalistes sur le mondialisme par hameçonnage et conduite du changement sont : la russophobie, lâantichristianisme, le néo-paganisme, le néonazisme, lâeuropéisme et lâatlantisme. Les dissonances cognitives et la schizophrénie organisée atteignent ici des sommets pour prendre lâUkraine et lâEurope en tenaille sur un programme dâextrême-gauche mais arrivant depuis lâextrême-droite. Le mouvement Azov se retrouve ainsi à travailler activement pour le grand remplacement des Européens de souche par des non-Européens et des transgenres, tout en cultivant une mythologie qui lui donne le sentiment de faire le contraire et de se protéger contre les influences sémites : en juillet 2017, après avoir érigé le monument à Perun, le régiment organisait un tournoi en mémoire de Sviatoslav Ier, souverain païen de la Rusâ de Kiev ayant combattu en 964 lâÃtat juif des Khazars.7
Sur le terre-plein central dâune avenue de Kiev, une grande affiche de format cinématographique du parti politique Union pan-ukrainienne « Liberté », abrégé communément en Svoboda (Liberté). Lâorigine de Svoboda est le Parti social-nationaliste dâUkraine, fondé en 1991 par Oleg Tyagnibok et Andriy Paroubiy.
Le logo de ce parti était jusquâen 2003 le même quâAzov, à savoir le Wolfsangel, en mémoire du Troisième Reich. Aujourdâhui, Svoboda a un peu retravaillé et dénazifié son apparence. Résultat : pour fêter ses 25 ans, il a lancé cette campagne dâaffichage évoquant une fresque historique autour dâune sorte de Jeanne dâArc à lâukrainienne. Jolie fille, jolies couleurs, Svoboda révèle un vrai sens de lâimage. Une particularité linguistique : sur ce visuel, comme sur les clips vidéos, le slogan « РСÐÐÐÐDÐ â ÐУDРУÐÐ ÐÃÐÐ ! », « Il y a la liberté, il y aura lâUkraine ! », utilise parfois le D majuscule de lâalphabet latin au lieu du Ð de lâalphabet cyrillique ukrainien.8
Réunion publique des fondateurs de Svoboda dans les années 90. Au pupitre, Oleg Tyagnibok ; au centre, en veste grise, qui se prépare à parler, Andriy Paroubiy ; assise sous les bannières à Wolfsangel, lâhistorienne Irina Farion. Dans un entretien de 2014, Andriy Paroubiy revenait sur son parcours et sur ses motivations profondes : « Peu après, jâai en effet été lâun des cofondateurs du Parti national-socialiste dâUkraine, aujourdâhui Svoboda. Câétait le premier parti à sâexprimer en faveur dâune adhésion à lâOTAN et à désigner la Russie comme la menace principale pour lâUkraine â et cela, à un moment où personne ne percevait la Russie comme une menace, mais comme un voisin et un partenaire. »9
Que sont devenus les fondateurs de Svoboda ? En avril 2016, Andriy Paroubiy était nommé Président du parlement ukrainien (Verkhovna Rada). Dans certains pays, on peut donc faire une brillante carrière politique à lâextrême-droite, à condition dâêtre atlantiste.
Deux mois auparavant, alors quâil nâétait que vice-président du parlement, Paroubiy rendait une visite officielle à un partenaire important de lâOTAN. Sur cette photo, on le voit épaule contre épaule avec Justin Trudeau, Premier ministre canadien, le même qui présentait en pleurant les excuses officielles de son pays au lobby LGBT le 28/11/2017. à gauche, lâambassadeur dâUkraine au Canada ; à droite, un membre du parlement canadien.10
Pour arriver à ces hautes fonctions, Andriy Paroubiy a beaucoup travaillé. Pendant le coup dâÃtat de 2013-2014, il était surnommé le « commandant de Maïdan ». On le voit ici en train de superviser lâexfiltration des tireurs embusqués de lâHôtel Ukraïna qui firent feu sur la foule et les forces de lâordre le 20 février 2014, causant 80 victimes, massacre dont le gouvernement de lâépoque fut accusé, ce qui précipita son renversement deux jours plus tard.
En février 2016, le Congrès des Russes canadiens sâétonnait que le Canada, dont le multiculturalisme est gravé dans la Constitution, reçoive Paroubiy avec tous les honneurs compte tenu de ses antécédents, et notait au passage que les autorités canadiennes se livraient à un véritable « relooking » du CV du personnage : « Nous parlons dâAndriy Paroubiy, lâancien secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de lâUkraine et lâactuel premier vice-président de la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien. Il a été invité à prendre la parole le 22 février à la Munk School of Global Affairs de Toronto. Le jour suivant, il a visité le Parlement canadien. Le curriculum vitae politique de Parubiy semblait impeccable sur le site Web de la Munk School (http://munkschool.utoronto.ca/event/20005). Cependant, il nây avait pas un mot sur la participation active de Paroubiy aux mouvements dâextrême-droite ukrainiens depuis le début des années 1990. »11
De son côté, Oleg Tyagnibok est resté à Svoboda et en est devenu le président. Le 16 mars 2017, signature du manifeste commun des trois principales organisations nationalistes dâUkraine. De gauche à droite : Oleg Tyagnibok pour Svoboda, Andriy Tarasenko pour Secteur Droit (Pravy Sektor) et Andriy Biletskiy pour Azov (Corps National). Le point numéro 2 du manifeste, lâunion Baltique-Mer Noire, mérite lâattention car il est aussi connu sous le nom Intermarium, « Entre les mers » : « 2° Donner une nouvelle direction à la géopolitique ukrainienne. Ne sâaligner, ni sur lâOuest, ni sur lâEst, mais créer une nouvelle forme dâunion de dimension européenne, lâUnion Baltique-Mer Noire. »12
En géopolitique, le projet Intermarium a été lancé par Josef Pilsudski, Président de Pologne entre 1918 et 1922. Aujourdâhui, ce programme dâunification des pays situés entre la Mer Noire et la Baltique est principalement soutenu par lâAmérique et ses colonies, comme le notait George Friedman, directeur de Stratfor â cabinet de conseil surnommé « la CIA de lâombre » â dans un discours au Chicago Council on Global Affairs, en évoquant lâencerclement de la Russie par les troupes de lâOTAN : « Ce nâest donc pas un hasard si le général Hodges, qui a été nommé pour porter le chapeau, parle du pré-positionnement des troupes en Roumanie, en Bulgarie, en Pologne et jusquâà la Baltique â par ces actions les USA préparent le "intermarium" de la mer Noire à la Baltique dont rêvait Pilsudski. Câest la solution pour les Ãtats-Unis. »13
En 2012, Oleg Tyagnibok apparaissait avec son parti politique et lâun de ses collègues, Igor Miroshnichenko, en cinquième place du classement quelque peu surréaliste établi par le Centre Simon-Wiesenthal des dix plus grands antisémites contemporains.14
Antisémite, néo-nazi, mais surtout antirusse, donc tout va bien ! Comme on le voit sur cette « photo de famille », Oleg Tyagnibok était reçu tout sourires par la secrétaire dâÃtat américaine du Président Obama, Victoria Nuland, épouse de Robert Kagan, chef de file des néoconservateurs, tous deux juifs et soutiens dâHillary Clinton contre Donald Trump.
Les nationalistes ukrainiens, alliés objectifs de la gauche nord-américaine ? Au plus haut niveau de la géopolitique, les « nazis » et les « juifs » ne sâopposent plus, la droite et la gauche disparaissent, et câest la « question russe », ou plus largement de lâEurasie, qui définit le clivage fondateur ami/ennemi (Carl Schmitt), ainsi que les vrais systèmes dâalliance et la vraie ligne de front des rapports de force mondiaux. Sur la photo, deux autres grandes figures de lâEuroMaïdan : à droite, Arseniy Yatseniouk, banquier reconverti en politique, qui deviendra Premier ministre ; derrière, Vitali Klitchko, ex-boxeur, protégé dâAngela Merkel, qui deviendra maire de Kiev. Début février 2014, une conversation entre Victoria Nuland et lâambassadeur américain à Kiev, Geoffrey Pyatt, était interceptée et divulguée. On pouvait entendre Nuland et Pyatt disserter sur la meilleure façon dâutiliser ces trois leaders dâopposition pour renverser le Président Yanoukovitch et parachever ainsi ce putsch tant désiré sur la cote Est des Ãtats-Unis â et « Fuck lâUE ! », si ça ne plaît pas en Europe : « Nuland : Je pense que Yats est le type qui a lâexpérience économique, lâexpérience de gouvernance. Il est le... ce dont il a besoin, câest que Klitch et Tiagnybok restent en dehors. Il a besoin de leur parler quatre fois par semaine, vous savez. Je pense juste que lâentrée de Klitch... il va être à ce niveau pour Yatseniouk, cela ne va pas marcher. »15
Pendant lâEuroMaïdan : Klitch, Yats et Tyagnibok, en train de prendre leurs ordres de John McCain, lâhomme à tout faire de la CIA â un jour chez Daech, le lendemain à Kiev â et Geoffrey Pyatt, lâambassadeur à lunettes des USA en Ukraine.
Retour sur la place
« A.C.A.B. » : slogan anglais, acronyme de « All Cops Are Bastards », « Tous les flics sont des salauds ». A.C.A.B. fait partie du vocabulaire commun aux hooligans dâextrême-droite et à lâextrême-gauche antifasciste. Ces deux viviers de jeunes gens énervés sont parfois combinés par les services dâaction clandestine occidentaux avec des islamistes pour mettre sur pied des forces de procuration, réseaux Gladio brassant des bandes de manifestants casseurs, des terroristes et des paramilitaires dans une véritable ingénierie constructiviste des groupes sociaux, art de « dissoudre et coaguler » furtivement les groupes humains, de les fractionner ou de les reconstruire selon de nouveaux plans au moyen de mots-clés partagés et de lâinvention dâun ennemi commun, nécessaire pour faire la sauce, le plus souvent représentant de lâautorité, les « flics » ou « la Russie de Poutine », par exemple.Le Général britannique Frank Kitson est lâun des principaux théoriciens de cette guerre hybride menée par le biais de gangs et contre-gangs de supplétifs à assembler ou à monter les uns contre les autres en fonction des besoins du moment. Les techniques quâil évoque dans ses écrits sont vieilles comme le monde, déjà connues par les Chinois et les Grecs anciens en tant que stratagèmes de guerre psychologique fondés sur la ruse et les stratégies indirectes, mais Frank Kitson a eu le mérite dâen faire la plus récente mise à jour. Extraits dâun ouvrage sur Chavez préfacé par Michel Collon qui rappellent les grandes lignes de cette « doctrine Kitson » : « Tout général quâil soit, Kitson considère que la répression militaire et policière classique nâa aucune chance de réussir sans une "campagne pour gagner les cÅurs et les esprits, quâil appelle guerre psychologique stratégique". Que recouvre ce terme mystérieux ? Cela se clarifie quand on examine lâensemble des méthodes prônées, et utilisées, par Kitson : â Former tous les cadres importants des ministères (Armée, Affaires étrangèresâ¦) aux techniques de "psy ops" (manipulations psychologiques de lâopinion). â Monter de "pseudo-gangs" qui recueilleront un maximum dâinformations. Mais qui, surtout, en menant des "coups" attribués à lâennemi, permettront de le discréditer. â Employer les "forces spéciales" (SAS) pour réaliser des attentats qui seront attribués à lâennemi afin dâaugmenter la tension et justifier la répression. (â¦) Après ses succès en Irlande, la doctrine Kitson devint la doctrine officielle des services britanniques et occidentaux, et celle de lâOTAN. On la retrouvera appliquée dans tous les grands conflits de ces dernières années. Particulièrement dans les programmes que Washington appelle "changements de régime" et quâil faudrait plutôt appeler "coups dâÃtat". »16
Sur les murs du piédestal de la colonne de lâIndépendance de Maïdan, les Ukrainiens affichent des placards et des dazibaos. On reconnaît George Soros, qui voisine avec Joseph Goebbels. Le cadrage ne laisse voir que le menton et la veste de Goebbels, mais lâon distingue malgré tout au-dessus du « philanthrope » juif le fameux portrait du responsable de la propagande dâHitler. Sur fond noir, entre parenthèses, son prénom ÐÐ¾Ð·ÐµÑ (Joseph) est encore visible mais le nom (ÐеббелÑÑ) a disparu avec le morceau de papier déchiré. En surimpression, un fan de Soros a écrit « Ð ÐÐÐÐЮЦiЯ ЩРÐУÐÐ !!! » : « La révolution aura lieu !!! »
Inversion des positions dessus-dessous : caricature représentant un juif ricanant sur les épaules dâune pauvre fille en guenilles, allant pieds nus et jouant de lâaccordéon, pour gagner sa vie probablement. Sur la page de droite, un texte poignant intitulé « Vous êtes du bétail » (« Ð¢Ñ â бÑдло »), par un blogueur ukrainien du nom de Serguiy Leshchenko (ϹеÑгiй ÐеÑенкo), publié le 6 mai 2012 sur le site Ukrainska Pravda (УкÑаÑнÑÑÐºÐ¾Ñ Ð¿Ñавди).17
L.C.
à paraître du même auteur : postface « Ethno-futurisme et société ouverte » dans George Soros et la société ouverte : métapolitique du globalisme, de Pierre-Antoine Plaquevent, éditions Le Retour aux sources, 2018 (préface de Xavier Moreau).
1 « After 2 years of training, Azov Regiment itches to return to war », Kyiv Post, 01/09/2017.
https://www.kyivpost.com/ukraine-politics/two-years-training-azov-regiment-itches-return-war.html
Pour télécharger le numéro complet du Kyiv Post (vol. 22, issue 35).
https://www.pressreader.com/ukraine/kyiv-post/20170901/281483571523445
2 « There is more to diversity than gender », NATO Communications and Information Agency, 10/02/2017.
https://www.ncia.nato.int/NewsRoom/Pages/170210_diversity_is_not_gender.aspx
3 « Ukraine is ready to Celebrate Diversity in 2017 », Eurovision Song Contest, 30/01/2017.
https://eurovision.tv/story/ukraine-is-ready-to-celebrate-diversity-in-2017
4 « Le festival de lâEurovision ? Une création de lâOtan », UPR, 08/09/2015.
https://www.upr.fr/actualite/festival-de-l-eurovision-creation-de-lotan/
5 « LâUkraine gay-friendly accueille lâEurovision », France 24, 11/05/2017.
https://www.youtube.com/watch?v=v8HO0CsBh2I
6 « De Prométhée à Lucifer : une nouvelle russophobie militante en Ukraine », Geopolitica.ru, 23/09/2017.
https://www.geopolitica.ru/fr/article/de-promethee-lucifer-une-nouvelle-russophobie-militante-en-ukraine
7 « Pagan Idols and Blood Letting: Azov celebrates "the Grand Victory over Judaic State" », Stalker Zone, 09/07/2017.
http://www.stalkerzone.org/pagan-idols-blood-letting-azov-celebrates-grand-victory-judaic-state/
8 Version courte de la vidéo anniversaire de Svoboda : « РСÐÐÐÐÐÐ â ÐУÐРУÐÐ ÐÑÐÐ! »
https://www.youtube.com/watch?v=OAcDr1u3AP8
9 « Politique Internationale. Entretien avec Andriy Parubiy : "La Troisième Révolution ukrainienne" », Nouvelles de lâEst, 18/09/2014.
https://nouvellesest.com/2014/09/18/politique-internationale-entretien-avec-andriy-parubiy-la-troisieme-revolution-ukrainienne/
10 « Verkhovna Rada first vice-chair visits Ottawa », The Ukrainian Weekly, 04/03/2016.
http://www.ukrweekly.com/uwwp/verkhovna-rada-first-vice-chair-visits-ottawa/
11 « An Appeal to the Members of Parliament in connection with the visit of Andriy Parubiy to Canada », Russian Congress of Canada, 26/02/2016.
http://russiancongresscanada.org/geopolitics-en/regarding-the-ukrainian-parubiy-visit-to-canada/
12 « Signature du Manifeste National par les leaders de plusieurs organisations nationalistes ukrainiennes dont le Corps National, le Secteur Droit et Svoboda », Reconquista Europe, 18/03/2017.
http://reconquista-europe.tumblr.com/post/158559789571/en-text-of-the-manifesto-signed-by-leaders-of
13 « Lâimpérialisme décomplexé de George Friedman », Polémia, 20/04/2015.
https://www.polemia.com/limperialisme-decomplexe-de-george-friedman/#prettyPhoto
14 « 2012 Top Ten Anti-Israel/Anti-Semitic Slurs: Mainstream Anti-Semitism Threatens World Peace », Simon Wiesenthal Center.
http://www.wiesenthal.com/site/apps/nlnet/content2.aspx?c=lsKWLbPJLnF&b=7929811&ct=12697485
15 « Ukraine crisis: Transcript of leaked Nuland-Pyatt call », CNN, 07/02/2014.
http://www.bbc.com/news/world-europe-26079957
16 « Comment la CIA mène la "guerre psychologique" », InvestigâAction, 06/03/2008.
https://www.investigaction.net/fr/Comment-la-CIA-mene-la-034-guerre/
17 https://blogs.pravda.com.ua/authors/leschenko/4fa6a18d8ea18/
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