Bolcheviques, nationalistes et impérialistes, ensemble contre la Russie
En 1998, Alexandre Soljenitsyne publie La Russie sous lâavalanche, Åuvre aux accents pamphlétaires et au titre métaphorique du sort de la Russie sous la présidence de Boris Eltsine. Dans ce livre, le plus célèbre des dissidents consacre plusieurs pages au phénomène du «â¯nationalisme ukrainienâ¯Â», en fait un suprémacisme racial anti-russe nourrissant des ambitions de conquêtes territoriales qui recoupent singulièrement certains projets impérialistes et mondialistes. Avant de les commenter, Soljenitsyne rappelle les slogans qui animaient les milieux nationalistes ukrainiens dans les années 1990, peu après lâindépendance du pays :
« âLâUkraine aux Ukrainiensâ â ça oui, aucun doute là -dessus (bien quâen Ukraine vivent des dizaines de peuples différents), mais aussi : âLa Rus kiévienne jusquâà lâOural !â Les Russes sont exclus des peuples slaves comme un âhybride finno-mongolâ. On a créé à Odessa un Institut de géopolitique nationale ; il porte le nom de Youri Lipa, auteur du livre Le Partage de la Russie qui, encore en 1941, développait le programme suivant : âOn ne peut abattre la Russie que par lâalliance de lâUkraine avec le Caucase et la Transcaucasie.â Câest dans cet esprit que les nationalistes ukrainiens ont célébré lâanniversaire de la division SS âGalicieâ (ce qui nâa entraîné ni reproches, ni indignation de la part des Ãtats-Unis). Au cours dâune de leurs conférences, en 1990 : âNous professons le culte de la force, la force est tout !â Câest pour cela que lâAssemblée nationale ukrainienne (UNA) sâest dotée de troupes de choc (UNSO) et dâun slogan : âLâUNA â au pouvoir, lâUNSO â à lâassaut !â Au Congrès de 1994â¯: âSoutenir le séparatisme régional en Russie en vue de favoriser sa désintégrationâ¯!â (Argoumenty i fakty, 26 juin 1994 â NdA). Et cette position antirusse de lâUkraine, câest justement ce qui fait lâaffaire des Ãtats-Unis. Les autorités ukrainiennes, aussi bien sous Kravtchouk que sous Koutchma, sâempressent de faire chorus aux Américains, lesquels cherchent à affaiblir la Russie. Câest ainsi quâon en est vite arrivé à des ârelations privilégiées entre lâUkraine et lâOTANâ, et aux exercices de la flotte américaine en mer Noire (1997). On ne peut sâempêcher de penser à lâimmortel plan de Parvus en 1915 : utiliser le séparatisme ukrainien pour démembrer la Russie. » 1.

Quâest-ce que cet immortel plan de Parvus, connu aussi comme «â¯mémorandum de Parvusâ¯Â» (ÐемоÑандÑм ÐаÑвÑÑа), ou «â¯mémorandum du Docteur Gelfandâ¯Â» (ÐемоÑандÑм докÑоÑа ÐелÑÑанда), dont nous parle Soljenitsyneâ¯? Mais tout dâabord, qui est Parvusâ¯? Alexandre Parvus (1867-1924), de son vrai nom Israel Lazarevich Gelfand, était un agitateur bolchevique, proche collaborateur de Trotski et inventeur de lâidée de «â¯révolution permanenteâ¯Â». Surnommé le «â¯marchand de révolutionâ¯Â» en raison de sa fortune personnelle amassée grâce à son talent financier, Parvus est une sorte de père spirituel de George Soros, dont la vie et lâÅuvre peuvent se résumer en une phrase, comme le rappelle Georges Nivat, traducteur français de Soljenitsyneâ¯: «â¯Lâeffondrement de la Russie est la clef de lâhistoire universelle. » 2
Afin de réaliser ce grand dessein, Parvus rédige en 1915 un plan pour une révolution en Russie. Il remettra son plan au gouvernement allemand de lâempereur Guillaume II de Hohenzollern, pourtant assez peu porté sur le socialisme, le marxisme ou le communisme, pour le convaincre dâapporter son soutien aux bolcheviques dans la perspective de disloquer le vaste territoire de lâempire tsariste. Une attention particulière est accordée à lâUkraine et aux pourtours de la mer Noire 3 :
« En parallèle avec la préparation de la création dâune base organisationnelle pour une grève de masse, il est nécessaire de commencer immédiatement lâagitation directe. Grâce à la Bulgarie et la Roumanie, vous pouvez établir des liens avec Odessa, Nikolayev, Sébastopol, Rostov-sur-le-Don, Batou et Bakou. (â¦) La formation dâune Ukraine indépendante peut être considérée à la fois comme une libération du régime tsariste et comme une solution à la question paysanne. (â¦) La croissance du mouvement révolutionnaire dans lâempire tsariste, entre autres choses, conduira à la confusion générale. En plus du cours général des opérations militaires, des mesures spéciales peuvent être prises pour renforcer cette situation troublée. Pour certaines raisons, le bassin de la mer Noire et le Caucase sont plus favorables à cette zone. Une attention particulière devrait être accordée à la ville de Nikolayev, car deux très gros navires de guerre se préparent à la descente dans une situation très tendue. à Nikolayev, il est nécessaire de déclencher une grève parmi les travailleurs, pas nécessairement de nature politique, mais simplement sur la base de revendications économiques. »
LâÃtat prussien du Kaiser Guillaume II, conservateur et antibolchevique, a ainsi coopéré en toute conscience avec le révolutionnaire bolchevique Alexandre Parvus dans le soutien au nationalisme ukrainien pour attaquer la Russie. Dans son ouvrage monumental sur la révolution bolchevique, lâhistorien Richard Pipes, spécialiste du monde russe et consultant néo-conservateur à la CIA, notait que le principal intermédiaire de tout ce petit monde était Parvus, « (â¦) lâun des leaders du Soviet de Saint-Pétersburg en 1905, le fondateur de la théorie de la ârévolution permanenteâ, et plus récemment un collaborateur de lâUnion pour la Libération de lâUkraine » 4. Cette Union pour la libération de lâUkraine (ULU), fondée en 1914 par Dmytro Dontsov et quelques amis, servira de prototype à lâOUN-B de Stepan Bandera et à sa branche armée de lâUPA. Les contacts entre bolcheviques et nationalistes ukrainiens, le tout sous pilotage impérialiste occidental, sont documentés également par lâhistorien spécialiste du renseignement, le lieutenant-colonel Olivier Lahaie, dans son ouvrage sur le rôle de la Suisse comme plaque-tournante des services secrets européens pendant la Première guerre mondiale 5 :
« Fin 1914, le journaliste dâextrême gauche Alexandre Israël Helphand (alias Parvus) avait fait savoir à Berlin quâil pensait que lâexplosion de lâEmpire russe, puis son démembrement, permettraient dâabattre définitivement lâabsolutisme tsariste et quâil fallait donc soutenir le mouvement des nationalités ; une fois la liberté acquise, le socialisme triompherait. Mise au courant de ses propos, lââUnion pour la libération de lâUkraineâ, implantée à Vienne, avait été à la rencontre de Parvus pour quémander son aide ; ce fut ensuite le tour des nationalistes arméniens et géorgiens. »

Dans les archives du service dâHistoire de la Défense à Vincennes données en référence par Olivier Lahaie, on voit se déployer au tournant des années 1920 une nébuleuse dâagents doubles ou triples sillonnant lâEurope et la Turquie, et dont émerge la figure de Wladimir Stepankowsky, rédacteur en chef du journal LâUkraine et attaché au Bureau ukrainien de Lausanne, sorte dâambassade dâUkraine en Europe de lâOuest, affairée à la propagande anti-russe. Au milieu dâune somme dâinformations anecdotiques et contradictoires, les renseignements français de lâépoque nous apprennent néanmoins dans les feuilles 65 et 66 de la boîte 2510 du «â¯fonds de Moscouâ¯Â» les raisons dâune rencontre de Stepankowsky avec des agitateurs turcs :
« Une réunion a eu lieu dans le courant de cette semaine entre Stepankowsky, Directeur du bureau de lâUkraine, actuellement agent anglais, qui revenait dâAllemagne, et les Nationalistes turcs Haroun, Président du bureau permanent du Congrès turc et Seid Ahmed, ex-Président du parlement tartare de Crimée. (â¦) Les chefs ukrainiens se trouvant en Allemagne et en Galicie, entre autres [le Général] Skoropadsky, se consulteraient actuellement pour créer un grand mouvement en Ukraine, mouvement tendant à détacher ce pays de la Russie. La mission de Stepankowsky consisterait à renseigner les Anglais, hostiles à un relèvement de la Russie, sur les mouvements séparatistes se produisant en Ukraine et en Crimée. Il sâentendrait également sur ce point avec Seid Ahmed qui, de son côté, désire la reconnaissance de lâindépendance entière de la Crimée et une alliance avec les Turcs. Quant à Haroun, son rôle serait de renseigner Angora sur les intrigues concernant la Russie, les Nationalistes étant, eux aussi, hostiles à un relèvement de la Russie et portés à encourager les Tartares à sâorganiser en vue de leur indépendance pour former ainsi, avec la Turquie, lâAzerbeidjian et les autres peuples tartares et turcs du Sud de la Russie, une vaste Confédération pan-turque. » 6
La politique et la géopolitique ne connaissent fondamentalement pas dâautres valeurs que lâopportunisme et les alliances tactiques dâoccasion. Toutes les combinaisons sont possibles sur la base du repérage de lâennemi prioritaire et de lâennemi secondaire, qui peut servir dâallié, et même devenir un ami. Les grandes théories et les systèmes dâidées nâont guère dâimportance et câest le potentiel dâaction physique et matérielle qui sert de fil conducteur organisateur. En 2010, lâuniversitaire Serhii Hrabovsky, chercheur en philosophie politique à lâAcadémie nationale des sciences dâUkraine, commentait dans un article le plan de Parvus et lâalliance apparemment contre-nature nouée autour de lui entre des internationalistes, des nationalistes et des impérialistes pour faire tomber la Russie 7 :
« Le 15 janvier 1915, lâambassadeur dâAllemagne à Istanbul a envoyé un rapport à Berlin, relatant sa rencontre avec un sujet russe Aleksander Gelfand (alias Parvus), un participant actif de la révolution de 1905-07 et propriétaire dâune grande société de commerce. Parvus a informé lâambassadeur allemand du plan de la révolution russe. Il a été immédiatement invité à Berlin où il a rencontré des membres influents du cabinet et des conseillers du chancelier Bethmann-Hollweg. Parvus a suggéré que les Allemands lui donnent une grosse somme dâargent pour aider à promouvoir, premièrement, les mouvements nationaux en Finlande et en Ukraine et deuxièmement, soutenir les bolcheviques, qui ont propagé lâidée de la défaite de lâempire russe dans la guerre injuste [débutée en 1914] pour renverser le ârégime des propriétaires terriens et des capitalistesâ. Les suggestions de Parvus furent acceptées ; sur ordre personnel du Kaiser Wilhelm, il reçut deux millions de marks allemands comme première contribution à âla cause de la révolution russeâ. Plus tard, dâautres versements suivirent, certains pour de plus grands montants. Ainsi, selon un récépissé de Parvus, le 29 janvier 1915, il reçut 15 millions de coupures russes pour le développement du mouvement révolutionnaire en Russie. Lâargent a été alloué avec lâefficacité allemande typique. »
Les bolcheviques et les Allemands nâétaient pas les seuls à nourrir ce genre de projet. Depuis au moins le XIXème siècle, ce sont toutes les puissances capitalistes occidentales, emmenées par les puissances anglo-américaines, qui ne rêvent que dâune chose, conquérir la Russie, car câest le passage obligé de la domination mondiale. Cette motivation suprémaciste avance généralement masquée derrière des revendications aux apparences généreusesâ¯: indépendance nationale et/ou justice sociale. Le stratagème est bien rodé et repose sur le principe du prétexte. De même que les féministes revendiquent une égalité homme/femme déjà acquise pour faire passer la guerre des sexes, les nationalistes ukrainiens participent en 2014 à une révolution pour une indépendance déjà donnée par le Kremlin en 1991, et mettent ainsi fin à lâindépendance de leur pays pour le placer sous une occupation étrangère visant la Russie. Lâalliance pour sâemparer de Moscou, et plus largement pour sâaccaparer tout le continent eurasiatique, ratisse de lâextrême-gauche à lâextrême-droite, le tout sous pilotage anglo-américain, et vise toujours le morcellement et le partage du territoire de la Russie ou de lâURSS, comme on se partage un butin.

Ce concept de «â¯partageâ¯Â» de la Russie a été particulièrement travaillé par un certain Youri Lipa (1900-1944), intellectuel ukrainien mentionné par Soljenitsyne dans son ouvrage déjà cité. En juillet 2014, un site internet bandériste rendait hommage à Youri Lipa en évoquant cette grande stratégie étalée sur des décennies pour tenter de conquérir enfin les vastes territoires russes 7 :
« Le concept de âpartageâ a été développé par lâhistoriographe ukrainien et culturologue Youri Lipa dans son livre du même nom en 1941. Oleg Bagan [historien du nationalisme ukrainien] a déclaré : âDans le livre Le partage de la Russie [РозподÑл РоÑÑÑ], Lipa prouve que lâUkraine est un facteur décisif pour lâeffondrement de lâempire russe comme monstre artificiel, oppressif et antinational de la politique internationaleâ. La principale conclusion du livre, selon Bagan, est la suivante : âLa Russie cessera dâêtre un fardeau et une menace pour ses voisins lorsquâelle se concentrera sur le développement de la nation russe sur ses territoires ethniques jusquâà lâabandon de sa politique impérialeâ. »
Pour les nationalistes ukrainiens, la Russie doit donc abandonner sa politique impériale, mais elle doit surtout accepter de céder des morceaux de son territoire. En effet, par «â¯partageâ¯Â», il faut entendre «â¯répartitionâ¯Â», à la suite dâun découpage de lâempire russe au moyen dâun soutien aux séparatismes révolutionnaires ethniques et nationaux. Cette stratégie dâensemble des forces atlantistes sera baptisée «â¯prométhéismeâ¯Â» par le grand homme dâÃtat polonais Józef PiÅsudski, fondateur de la Deuxième république de Pologne en 1918, puis sera appliquée au fil du temps par des acteurs politiques divers tels que Gerhard Von Mende, ministre de Hitler et spécialiste de lâagitation des musulmans dâURSS, ainsi que les bolcheviques déjà cités, Parvus et Trotski, mais aussi Lénine. En 2016, à lâoccasion dâune réunion publique, Vladimir Poutine accusait explicitement ce dernier dâavoir travaillé contre les intérêts du pays 8 :
« [Poutine] a dénoncé Lénine et son gouvernement pour avoir exécuté brutalement le dernier tsar de Russie avec toute sa famille et ses serviteurs, tuant des milliers de prêtres et plaçant une bombe à retardement sous le régime russe en traçant des frontières administratives selon des critères ethniques. (â¦) Il a ajouté que le gouvernement de Lénine avait dessiné des frontières fantaisistes entre certaines parties de lâURSS, plaçant le Donbass sous la juridiction ukrainienne afin dâaugmenter le pourcentage de prolétariat dans un mouvement quâil a appelé âdélirantâ. (â¦) Poutine a particulièrement critiqué le concept de Lénine dâun Ãtat fédératif composé dâentités ayant le droit de faire sécession, affirmant quâil a fortement contribué à lâéclatement de lâUnion soviétique en 1991. Il a ajouté que Lénine avait tort dans sa dispute avec Staline, lequel prônait un modèle dâÃtat unitaire. Poutine a dénoncé par le passé Staline pour les purges qui ont tué des millions de personnes, mais a noté son rôle dans la défaite des nazis pendant la Deuxième guerre mondiale. Dans les commentaires de lundi, Poutine a également critiqué les bolcheviques pour avoir provoqué la défaite de la Russie devant lâAllemagne lors de la Première guerre mondiale et avoir cédé de larges portions de territoire quelques mois avant de perdre. âNous avons perdu face à la partie perdante, un cas unique dans lâhistoireâ, a déclaré Poutine. »
Sous la direction de Staline à partir de 1922, lâURSS parviendra à conserver son unité et à empêcher le processus « prométhéiste » de fragmentation lancé par la révolution bolchevique avec le parrainage de Londres, Berlin et Varsovie. Les ennemis de Moscou se sont donc remis au travail encore une fois, ce qui aboutira à lâopération Barbarossa déclenchée par Hitler en 1941 pour envahir lâURSS de lâextérieur, et qui échouera également. Après 1945, cette stratégie de prise en tenaille de lâURSS â éclatement de lâintérieur, encerclement et agression de lâextérieur â sera poursuivie par diverses ONG, telles que la Ligue prométhéenne, la Ligue anti-communiste mondiale (World Anti-Communist League, WACL), la fondation Open Society de George Soros, de concert avec les services dâaction clandestine et les réseaux terroristes spécialisés dans la déstabilisation de lâEurasie, gérés en Ukraine et dans le monde musulman par des individus comme le sénateur américain John McCain ou le géopolitologue polonais Zbigniew BrzeziÅski.
Lâempire anglo-américain ne tolère aucune concurrence. Sa confrontation permanente avec cet autre empire quâest la Russie porte un nom en géopolitique, le Grand Jeu, car tout se résume à cette ligne de front, de près ou de loin, depuis au moins le XIXème siècle. Et dans cette confrontation, les nationalistes ukrainiens ont pris parti pour lâempire anglo-américain contre lâempire russe. Le terme de « nationalistes » pour les désigner est un abus de langage. Techniquement, ce sont des supplétifs dâun empire contre un autre, donc des impérialistes. La Russie est ainsi la cible dâacteurs géopolitiques divers qui peuvent donner lâimpression de sâopposer mais qui convergent sur le fond et qui sont surtout hiérarchisés. Au sommet de la pyramide, les puissances impérialistes occidentales, qui amènent lâargent depuis les centres financiers anglo-américains et allemands pour lâessentiel. Juste en dessous, les leaders charismatiques de toutes tendances politiques, profils dâaventuriers et de révolutionnaires (Parvus, Dontsov, Bandera) qui savent parfaitement dâoù vient lâargent et à qui ils doivent leur carrière, mais que cela ne dérange pas car ils ont soif dâaction. Tout en bas, les militants sincères, qui croient en leur cause et sont utilisés à leur insu par les sponsors financiers comme forces de procuration, puis éliminés à la fin. Le nationalisme ukrainien tel que Dmytro Dontsov lâa inventé sâinscrit dans ce dispositif anti-russe hiérarchisé et a perdu au fil du temps toute autre finalité positive. à cause de son romantisme revendiqué, cultivant lâirrationnel et lâimpulsivité, ce nationalisme était de toute façon destiné à rester un phénomène esthétique, trop instable pour fournir un ferment civilisationnel sur le long terme, et il est devenu au cours du XXème siècle un simple outil de radicalisation et de militarisation des foules au moyen de déclencheurs émotionnels et comportementaux régressifs. Nous verrons dans une partie ultérieure comment ce travail de conditionnement des masses sâappuie dans lâUkraine post-Maïdan sur un recours à lâoccultisme.
L.C.
Texte de son intervention de à la conférence «â¯Mai 68-2018, 50 ans de révolutions coloréesâ¯Â», organisée le 24 novembre 2018 à Nice par lâassociation Culture Populaire, avec Jean-Michel Vernochet et Pierre-Antoine Plaquevent.
NOTES
1. Georges Nivat, « Soljenitsyne, dâoctobre à février 1917 », dans Le Débat n°196 (septembre-octobre 2016).
2. ÐлекÑÐ°Ð½Ð´Ñ ÐаÑвÑÑ, «â¯Ðлан ÑÑÑÑкой ÑеволÑÑииâ¯Â», ХРÐÐÐС (Chronos)â¯: «â¯ÐдновÑеменно Ñ Ð¿Ð¾Ð´Ð³Ð¾Ñовкой ÑÐ¾Ð·Ð´Ð°Ð½Ð¸Ñ Ð¾ÑганизаÑионной Ð±Ð°Ð·Ñ Ð´Ð»Ñ Ð¼Ð°ÑÑовой забаÑÑовки необÑ
одимо немедленно наÑаÑÑ Ð¿ÑоводиÑÑ Ð½ÐµÐ¿Ð¾ÑÑедÑÑвеннÑÑ Ð°Ð³Ð¸ÑаÑиÑ. ЧеÑез ÐолгаÑÐ¸Ñ Ð¸ Ð ÑмÑÐ½Ð¸Ñ Ð¼Ð¾Ð¶Ð½Ð¾ ÑÑÑановиÑÑ ÑвÑзи Ñ ÐдеÑÑой, Ðиколаевом, СеваÑÑополем, РоÑÑовом-на-ÐонÑ, ÐаÑÑмом и ÐакÑ. (â¦) ÐбÑазование незавиÑимой УкÑÐ°Ð¸Ð½Ñ Ð¼Ð¾Ð¶Ð½Ð¾ ÑаÑÑмаÑÑиваÑÑ Ð¸ как оÑвобождение Ð¾Ñ ÑаÑÑкого Ñежима, и как ÑеÑение кÑеÑÑÑÑнÑкого вопÑоÑа. (â¦) РоÑÑ ÑеволÑÑионного Ð´Ð²Ð¸Ð¶ÐµÐ½Ð¸Ñ Ð² ÑаÑÑкой импеÑии, кÑоме вÑего пÑоÑего, пÑÐ¸Ð²ÐµÐ´ÐµÑ ÐºÐ¾ вÑеобÑей ÑмÑÑе. Ðомимо обÑего Ñ
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дейÑÑвий, можно пÑинÑÑÑ Ð¾ÑобÑе меÑÑ Ð´Ð»Ñ ÑÑÐ¸Ð»ÐµÐ½Ð¸Ñ ÑÑой беÑпокойной ÑиÑÑаÑии. Ðо опÑеделеннÑм пÑиÑинам баÑÑейн ЧеÑного моÑÑ Ð¸ Ðавказ ÑвлÑÑÑÑÑ Ð±Ð¾Ð»ÐµÐµ благопÑиÑÑнÑми Ð´Ð»Ñ ÑÑого Ñайонами. ÐÑобое внимание ÑледÑÐµÑ Ð¾Ð±ÑаÑиÑÑ Ð½Ð° гоÑод Ðиколаев, Ñак как Ñам в оÑÐµÐ½Ñ Ð½Ð°Ð¿ÑÑженной обÑÑановке гоÑовÑÑÑÑ Ðº ÑпÑÑÐºÑ Ð´Ð²Ð° болÑÑиÑ
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, не обÑзаÑелÑно полиÑиÑеÑкого Ñ
аÑакÑеÑа, а пÑоÑÑо на оÑнове ÑкономиÑеÑкиÑ
ÑÑебований. »
3. Richard Pipes, The Russian Revolution, Random House, 1990, p. 380.
4. Olivier Lahaie, La Guerre secrète en Suisse (1914-1918), Ãditions Connaissances et savoirs, 2017, pp. 147-148.
5. Service historique de la Défense, « Renseignements sur Stepankovsky, agent allemand en Suisse, et sur le âBureau ukrainienâ de Lausanne », dossier n°11, cote : GR 7 NN 2510, fiche n°5.399/2 du 19/11/1921, 2ème bureau de lâétat-major de lâarmée de terre (EMA 2), section de centralisation du renseignement (SCR).
6. « Lenin. Money. Revolution â The shady side of the Bolshevik activities », ÐенÑ.ua, 22/04/10.
7. «⯠La âDistribution de la Russieâ comme alternative à lâutopie de lâEurasianisme », Ukrainian Crusade, 18/07/14.
8. « Vladimir Poutine accuse Lénine dâavoir placé une âbombe à retardementâ sous la Russie ».â¯The Guardian, 25/01/16.
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