Introduction
à lâheure où le monde en crise économique profonde est le théâtre dâimportantes évolutions politiques, climatiques, démographiques et migratoires, et où pointent de nouvelles confrontations entre les deux grandes puissances mondiales, Chine et Ãtats-Unis, ainsi quâentre puissances régionales émergentes, lâEurope peine pour faire entendre sa voix.
Forte économiquement mais beaucoup plus faible politiquement elle est quasiment inexistante en tant que puissance militaire, en particulier face à la confrontation qui sâannonce entre les Ãtats-Unis et la Chine.
Conscients de ces faiblesses et voulant accéder à ce statut, certains pays européens essaient depuis quelques années de se doter des moyens et structures, militaires et politiques, propres à lui assurer non seulement son autonomie de décision, mais aussi un poids politique en rapport avec son poids économique et démographique.
Ainsi, plusieurs initiatives ont vu le jour au sein de lâUnion européenne depuis le milieu des années 90, au nom de la Politique Européenne de Sécurité et de défense Commune (PESC) avec notamment :
La mise sur pied dâun état-major de gestion de crise,
La création de lâAgence Européenne de Défense pour lâArmement (AED),
Le fond européen de défense (FED).
Par ailleurs, depuis lâélaboration du document initial de la Stratégie Européenne de Sécurité et de Défense (SESD) , beaucoup dâeau a coulé sous les ponts, et de nombreuses idées et études ont circulé pour essayer dâélargir au-delà des seules missions dites « de Petersberg », le champ des compétences de défense de lâUnion Européenne, débouchant en particulier sur :
La décision de créer une Coopération Structurée permanente (CSP), ou encore
LâInitiative Européenne dâIntervention (IEI),
dans le but de lui donner une plus grande autonomie de décision et de conduite dâopérations extérieures.
De même le traité dâAix-la-Chapelle signé récemment entre la France et lâAllemagne et les déclarations communes de nos deux dirigeants en vue dâune armée européenne sont autant dâefforts allant dans le même sens, celui dâune prise en mains par lâEurope de sa propre défense, en la dotant des moyens militaires et des structures nécessaires à cette mission.

Toutefois, même si ces initiatives vont dans le bon sens, il est clair quâaprès après sâêtre reposée pendant plus de 70 ans sur les Ãtats-Unis pour assurer sa sécurité, lâEurope a encore devant elle un chemin assez long et pavé dâembûches pour se libérer de la sujétion, voire de la soumission dans laquelle elle sâest volontairement placée vis à vis de son grand allié américain.
Si cette soumission pouvait se justifier face à la menace du Pacte de Varsovie, la disparition de ce dernier et la dissolution de lâUnion soviétique au début des années 90 changèrent complètement la donne, puisque lâOTAN perdant alors sa mission essentielle de défense de lâEurope, perdait du même coup sa raison dâêtre, ce qui aurait dû conduire ipso-facto à sa dissolution.
Mais câétait sans compter avec les habitudes confortables acquises des deux côtés de lâAtlantique, car, au contraire, lâOTAN sous lâimpulsion des Ãtats-Unis et avec lâaccord des européens enthousiastes se lança dans une politique dâautojustification tous azimuts, aux conséquences potentiellement dangereuses pour lâEurope comme nous le verrons ci-après.
En effet, pour les pays membres européens de lâalliance , (à lâexception notable de la France qui sâefforça dès 1991 de redonner vie à lâUEO), une telle dissolution aurait signifié de prendre véritablement en mains leur propre défense, avec le courage politique et financier que cela impliquait, et surtout pour les Ãtats-Unis elle aurait entraîné une sérieuse perte dâinfluence politique, sur le continent ouest-européen, avec de non négligeables retombées économiques notamment en matière de vente dâarmements .
Câest bien pourquoi aujourdâhui tout reste à faire, si lâEurope veut atteindre le statut véritable de puissance militaire et politique indépendante des Ãtats-Unis, alliée mais non soumise.
La présente analyse nâa pas pour ambition à ce stade de proposer telle ou telle solution pour donner à lâEurope ce statut de puissance autonome, tant le problème est complexe (tant politiquement que militairement) et les options possibles multiples : profonde refonte (voire dissolution ?) de lâAlliance atlantique, élaboration dâune Alliance européenne, Confédération européenne, création dâun noyau permanent européen, structure permettant des coalitions ad âhoc, etc.
Elle se propose en revanche, de mettre en lumière lâurgence quâil y a pour lâUnion Européenne à sortir du double piège dans lequel elle sâest laissée enfermer à la fois par la géopolitique de lâOTAN et celle des Ãtats-Unis, si elle veut acquérir un véritable poids politique et militaire, et ceci quels que puissent être la forme et le modèle futurs dâune possible Europe véritable puissance politique.
Le mécanisme américano-otanien de création artificielle de « lâennemi russe » par provocation-réaction qui depuis 20 ans a déjà dangereusement fait rebasculer le continent européen vers une « paix froide », en attendant une nouvelle guerre froide, doit être stoppé dâurgence.
Au sein de lâUnion Européenne, seule la France, aidée de lâAllemagne, peut et doit prendre des initiatives fortes, voire disruptives, pour tendre la main à la Russie afin de convaincre nos partenaires « soumis à lâOTAN », de la ramener à un véritable partenariat avec lâEurope.

Face aux menaces grandissantes dans ses approches sud, lâEurope, nâa pas besoin de se créer une nouvelle menace à lâest. La véritable sécurité de lâEurope ne se fera quâavec la Russie et non pas contre elle.
Le piège de lâOTAN
La réunification allemande fut scellée le 12 septembre 1990 par le Traité de Moscou, appelé «2 + 4» (RFA, RDA + France, Royaume Uni, USA, URSS). Pour permettre à lâAllemagne de retrouver sa souveraineté pleine et entière, il prévoyait le retrait de toutes les forces soviétiques, en échange entre autres, du renoncement par lâAllemagne à la possession de toute arme de destruction massive par les deux clauses suivantes :
Art 3 « ... [lâAllemagne sâengage à ] ... la renonciation à la fabrication, à la possession et au contrôle dâarmes nucléaires, biologiques et chimiques .. »
LâArt 5 quant à lui stipule que les forces de lâOTAN pourront ensuite stationner dans la partie-est de l'Allemagne mais s'engagent à ne pas faire stationner d'armes nucléaires après l'évacuation de l'ex RDA par les troupes soviétiques.

De plus, lâAllemagne (Helmut Kohl) et les Ãtats-Unis (George H W Bush), pour obtenir lâaccord de Mikhaïl Gorbatchev de lâentrée de lâAllemagne de lâest dans lâOTAN, sâengagèrent (oralement) vis-à -vis de la Russie à ne pas étendre lâOTAN plus à lâest, au-delà des frontières de lâAllemagne réunifiée.
Or, tout au contraire, sous lâimpulsion des Ãtats-Unis, lâOTAN sâempressa dâoublier les assurances données à la Russie, et adopta dans la foulée une stratégie beaucoup plus offensive évidemment ressentie comme agressive par la Russie, selon deux axes principaux :
Lancement de son processus dâélargissement (Conseil de Coopération de lâAtlantique Nord, Partenariat pour la paix, etc.)
Redéfinition et renforcement de son rôle et élargissement de ses missions hors de ses frontières (maintien de la paix, etc.)
Lâélargissement de lâOTAN :
« à la conquête de lâEst » â¦
â¦ou comment repousser et isoler la Russie en entraînant lâEurope dans la manÅuvre
1991 : Lâencre du traité de Moscou à peine sèche, et avant même lâinstitution de lâUE (ce point est à noter), câest lâOTAN qui est à la manÅuvre pour fixer lors du sommet de Rome un certain nombre de critères auxquels devront se conformer les premiers candidats à lâadhésion (Pologne, Hongrie, République Tchèque et Slovaquie).
Il est particulièrement intéressant de noter que certains critères vont très souvent « préempter » ceux, très similaires que lâUE imposera aussi à ses futurs candidats.
En effet, sortant de son rôle essentiellement militaire et de défense, lâOTAN va désormais se comporter en référence morale et fixer ce quâelle entend par « bonne conduite » en matière dâéconomie (libéralisation des marchés), de régimes politiques (formes de démocratie, multipartisme, minoritésâ¦), de droits de l'homme, de contrôle démocratique des forces armées, etc...
Autant de critères qui seront évidemment repris par lâUE au cÅur même de sa construction mais pour lesquels lâOTAN aura souvent joué le rôle de filtre préalable, voire de matrice.

Il est en effet remarquable de noter que dans la très grande majorité des adhésions, la chronologie montre bien que soit lâOTAN précède lâUE, soit il y a quasi-synchronisation, faisant de lâUE, nolens volens et en caricaturant à peine, « lâannexe économique » de lâOTAN. De facto, pour les pays candidats, leur acceptation par lâOTAN prépare leur ticket dâentrée dans lâUE comme le montrent les calendriers respectifs dâadhésion :
Hongrie, Pologne, République Tchèque : OTAN en 1999 suivi de lâUE en 2004, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, Slovénie : OTAN et UE synchronisés en 2004, Bulgarie, Roumanie : OTAN en 2004 puis UE en 2007, ou encore Croatie : OTAN en 2009 puis UE en 2013.
Certes « comparaison nâest pas raison », mais ce parallélisme, tant du calendrier que des conditions dâadmission nâa fait que renforcer une certaine osmose UE/OTAN déjà préexistante : était-ce lâOTAN qui entrait dans lâUE ou lâUE dans lâOTAN ?
Et de fait, il apparaît quâà partir des années 2000, malgré une tentative de rapprochement de la Russie, lâOTAN en repoussant la main tendue par Medvedev, fut suivie par lâUE qui lui emboîta le pas, de sorte que ces deux organisations apparurent de facto complémentaires dans leurs politiques de pressions, interventions, sanctions et de marginalisation de la Russie.
Câest ainsi, comme nous le verrons, que depuis le début de ce siècle lâUE - soit en tant que telle, soit à travers un certain nombre de ses pays membres â va se trouver associée, quâelle le veuille ou non, aux politiques interventionnistes otaniennes et américaines, en Europe comme hors de Europe, aboutissant finalement à la restauration de la « bonne vieille menace russe », indispensable à la survie de lâOTAN et au maintien de lâEurope sous tutelle américaine.
Interventions et maintien de la paix : lâOTAN sort de ses frontières
Kosovo : LâOTAN décide sans mandat de lâONU, lâEurope suit, la Russie est humiliée
Après avoir permis le démantèlement pacifique de lâURSS, la Russie se trouva très diminuée tant économiquement que militairement, et confrontée à la résolution des énormes problèmes ainsi laissés dans tout lâex-espace soviétique par la perte soudaine de sa zone tampon à lâouest et la présence dâimportantes minorités russes hors de ses nouvelles frontières.
La Russie considéra que sa « victoire » sur le système soviétique, et la paix quâelle offrait ainsi au monde, justifiait le prix élevé quâelle était en train de payer, mais pensa tout naturellement être en droit dâespérer en retour lâaide de lâoccident pour son redressement.
Malheureusement les occidentaux sous lâinfluence des Ãtats-Unis fidèles à leur obsession antirusse, en firent une toute autre interprétation, nây voyant quâune victoire sur la Russie, quâil fallait exploiter rapidement et le mieux possible.
Sâappuyant sur son nouveau rôle (auto-proclamé) de maintien de la paix, lâOTAN instrumentalisée par le grand frère américain et avec la bénédiction morale de lâEurope au nom des droits de lâhomme et de la démocratie, inventa le concept dâingérence humanitaire, qui va lui permettre diverses interventions de déstabilisation, voire de guerre, qui le plus souvent aboutiront « in fine » à humilier, isoler ou stigmatiser la Russie et si possible la pousser à la faute, que lâon sâempressera alors de dénoncer et de transformer en menace pour la paix, justifiant ainsi le renforcement de lâOTAN .
Le schéma classique pour justifier ces guerres humanitaires sera toujours du type : campagnes médiatiques intenses â le plus souvent mensongères - avec indignation sélective et mobilisation des opinions publiques occidentales permettant de tordre le bras aux gouvernements alliés de lâOTAN, puis participation de ceux-ci à des coalitions à géométries variables.
Sâaffranchissant si besoin est, de lâaccord de lâONU, leurs résultats pourront être désastreux tant politiquement quâen termes de pertes humaines, mais lâOTAN visera toujours, au fil de ses interventions à éloigner la Russie de lâEurope par la mise en Åuvre de cette spirale dâautojustification. A cet égard, la guerre du Kosovo constitue véritablement un cas dâécole.
Guerre du Kosovo : un monument de désinformation, de mensonge et de manipulation
Le 24 mars 1999, treize Ãtats membres de lâOrganisation du traité de lâAtlantique nord (OTAN), dont les Ãtats-Unis, la France et lâAllemagne, bombardaient la République fédérale de Yougoslavie pendant 78 jours.

Cette guerre fut déclenchée sur le fondement dâun vaste mensonge médiatique pour « chauffer » lâopinion des populations occidentales et les amener à adopter la position de lâOTAN.
Dâabord la campagne de désinformation

Les journaux les plus sérieux comme certaines chaînes de télévisions, nâhésitèrent pas à accuser les serbes de génocide : ils [les Serbes] commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fÅtus des femmes enceintes tuées et les font griller », selon le ministre de la défense allemand, dont les propos furent repris par les médias ; ils ont tué « de 100 000 à 500 000 personnes » (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz » (The Daily Mirror, 7 juillet).
De même fut présenté dans les médias occidentaux (par lâinspecteur général de la Bundeswehr) un prétendu plan serbe « Potkova » (fer à cheval) prévoyant lâépuration ethnique des Kosovars dès 1998, qui influença fortement lâopinion publique, en vue de permettre lâengagement de lâAllemagne. La diffusion de ce document par lâAllemagne, en avril 1999, servit de prétexte à lâintensification des bombardements.
Dans cette affaire, les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, lâOTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés en Europe. Or ce plan se révéla après la guerre être un faux fourni à lâOTAN par les services bulgares !
Puis le casus-belli : Racak ou la fabrication du coupable idéal, la Serbie
Dans le village de Racak, au Kosovo, 45 cadavres sont découverts début 1999. Cette découverte immédiatement transformée par les médias occidentaux en un massacre de civils albanais attribué aux forces serbes, suscite lâindignation mondiale, et sert de prétexte pour justifier le bombardement de la Yougoslavie. LâOTAN tenait enfin là son casus-belli.


William Walker les mains dans les poches pour mener une soi-disant «enquête sur le massacreÃtant personnellement à lâépoque des faits, responsable des inspections de désarmement des différentes parties belligérantes en ex-Yougoslavie (accords de Dayton-Paris) dont la Serbie, je me souviens des doutes que nous avions eus immédiatement, avec les responsables de nos équipes dâinspecteurs sur le terrain , quant à la responsabilité serbe dans ce massacre dont la mise en scène macabre nous paraissait être une manipulation dâorigine douteuse ( dâaprès certaines mutilations « codées » elle semblaient plutôt être la signature de maffias albanaises) ; mais nous nâavions aucune certitude.
Une enquête fut confiée à une finlandaise de renommée mondiale.

A la tête dâune équipe dâenquêteurs internationaux, la Dr Helena Ranta spécialiste de médecine légale fut rapidement soumise, par le biais de sa hiérarchie, à de fortes pressions américaines pour accréditer la fausse version de la culpabilité serbe dans cette affaire.
En effet, William Walker, le chef américain de la mission de lâOSCE au Kosovo pendant lâhiver 1998-1999, furieux des conclusions de son rapport, qui nâavaient pas utilisé âun langage suffisamment convaincantâ à propos des atrocités serbes, intervint auprès du ministère finlandais des Affaires étrangères afin quâon exige dâelle « des conclusions plus approfondies ». Il fallait absolument quâelle prouve que les coups de feu ayant tué les victimes étaient les coups de grâce dâune exécution. Lâobjectif des Ãtats-Unis était dâaider la guérilla séparatiste albanaise (lâUCK) et de mettre en scène un massacre attribué aux Serbes pour permettre lâintervention militaire des Occidentaux contre la Serbie, alliée et amie de la Russie. Helene Ranta avait donc été finalement obligée de déclarer à la presse « oui, il sâagit bien dâun crime contre lâhumanité ».
Et enfin la guerre
Pour lâOTAN, la guerre consista entre mars et mai 1999 en 78 jours dâopérations, donnant lieu à plus de 58 000 sorties aériennes essentiellement dirigées sur des infrastructures de la Serbie.

Celle-ci fut finalement contrainte dâaccepter en juin le plan de paix qui lui fut imposé et dut retirer ses troupes du Kosovo, qui fut placé sous surveillance internationale de la KFOR ONU/ OTAN.
Les conséquences pour lâEurope et pour le monde
Cette guerre du Kosovo eut plusieurs conséquences :
- Elle humilia la Russie en la plaçant devant le fait accompli de la perte par son alliée la Serbie, dâune province le Kosovo, qui déclara unilatéralement son indépendance en 2008 (dâailleurs aussitôt reconnue par les Ãtats-Unis et nombre de pays européens).
- Elle démontra que lâOTAN pouvait sâaffranchir des Nations-Unies pour dire le droit et déclencher la guerre, voire ensuite instrumentaliser lâONU pour la gestion de la crise ainsi provoquée (KFOR /ONU),
- Elle légitima lâatteinte au principe de souveraineté des états et de lâintangibilité des frontières (la Russie saura sâen souvenir lorsquâelle annexera la Crimée (sans bombes et sans tirer un coup de feu).
En affaiblissant ainsi le multilatéralisme de lâONU, au bénéficie de lâunilatéralisme américain, elle rapprocha la Russie de la Chine (dont lâambassade à Belgrade avait été bombardée), et ce fut la création de lâOrganisation de Coopération de Shangaï, lâOCS en juin 2001.
Plus fondamentalement, lâOTAN ainsi désinhibée put tirer profit de la faiblesse momentanée de la Russie, pour étendre son élargissement dès le début des années 2000, jusquâaux frontières de la Russie et se renforcer militairement, créant ainsi un véritable cordon sanitaire.
Il était effectivement plus facile dâutiliser la crainte â certes tout à fait compréhensible â que pouvait inspirer la Russie chez les pays baltes, en les transformant aussitôt en « bouclier face à lâOurs russe ».
Dans le même esprit les occidentaux, au lieu dâaider lâOSCE à gérer avec la Russie, et non pas contre elle, les vastes problèmes légués par la chute de lâempire soviétique, soutinrent les « révolutions de couleur » en 2003 en Géorgie et en 2004 en Ukraine afin de mettre en place des dirigeants pro-occidentaux, et sortir ces pays de lâorbite russe.


Pour tenter de rompre cette dynamique tendant à lâétrangler, jusquâà son cÅur historique lâUkraine, sa « vieille Russie », la Russie proposa en juin 2008 un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à lâest de lâEurope (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange dâune certaine neutralité de la Géorgie, de lâUkraine, de la Moldavie - câest à dire de son immédiat « hinterland » - vis-à -vis de lâOTAN.
De plus, en vue de préserver lâéquilibre de la dissuasion nucléaire avec les Ãtats-Unis au niveau le plus bas possible en Europe, la Russie visait aussi le règlement de la question du nucléaire iranien, prétexte utilisé par les américains pour le déploiement de leur bouclier anti-missile en Europe, qui en réalité visait les missiles russes.
Globalement le projet prônait donc lâétablissement dâun partenariat stratégique avec lâUE et lâOTAN, comprenant divers volets, militaires (désarmement conventionnel), économiques (approvisionnements énergétiques), droits de lâhomme, etc.
Si la France se montra intéressée, lâUE ne suivit pas, et LâOTAN refusa la main tendue, préférant poursuivre sa politique dâisolement et dâétranglement de la Russie.
Câest ainsi que se sentant encouragée par lâOTAN, la Géorgie crut pouvoir régler par les armes en août 2008 les séparatismes ossète et abkhaze, et quâen quelques semaines elle perdit la guerre face aux sécessionnistes soutenus par la Russie ; cette dernière montrait ainsi que les occidentaux étaient allés trop loin et quâelle entendait désormais se donner les moyens de son influence dans sa zone de sécurité immédiate.
Lâaffaire ukrainienne.
Déstabilisation soutenue par les occidentaux, coup dâétat antirusse.
La Russie réagit en Crimée, lâours devient enfin agressif et lâOTAN encore plus indispensable
On était revenu désormais dans lâère de la confrontation, comme lâOTAN le souhaitait. La stratégie de recherche de la confrontation avec la Russie en Europe était désormais bien établie et allait ainsi se poursuivre jusquâà son point dâorgue avec lâaffaire ukrainienne dite « Euromaïdan » dans laquelle lâUE et lâOTAN jouèrent en sous-main un rôle important.
Ãlu en 2005 dans la foulée de la « Révolution Orange » de 2004, le président Iouchtchenko très favorable à lâUE et à LâOTAN fut remplacé en 2010 par le président Ianoukovytch sur un programme plus favorable à la Russie. En 2013, lâUkraine plombée par une dette (essentiellement gazière) de 17 milliards de $ envers la Russie et en quasi-défaut de paiement, sollicita de lâUE un prêt de 20Mds $ qui lui fut refusé.

Fin novembre 2013 la décision du gouvernement Ianoukovytch de ne pas signer lâaccord dâassociation avec lâUnion Européenne, déclencha de grandes manifestations sur la place de Maïdan, encouragées en particulier par lâAllemagne et officiellement soutenues par les Ãtats-Unis.
Malgré un accord trouvé avec la Russie sur le règlement de la dette mi-décembre, les manifestations pro-européennes sâamplifièrent sous le double effet dâune répression brutale dâun côté et dâun soutien de plus en plus actif de diverses ONG pro-européennes et américaines (dont lâOpen Society Institute de Georges Soros entre autres) pour déboucher finalement sur la destitution forcée du président élu Ianoukovytch début 2014.
Cette destitution qui ne pouvait être perçue par la Russie que comme un véritable coup dâétat destiné à faire sortir lâUkraine â cÅur déjà mentionné de la « vieille Russie » - de son influence et à achever son étranglement, déclencha une crise majeure aboutissant à la proclamation dâindépendance de la Crimée suivie de son retour à la Russie, et à la guerre civile entre lâarmée ukrainienne et les rebelles pro-russes dans le Donbass.
Pour lâOTAN, la boucle dâautojustification sera désormais bouclée, et le rattachement de la Crimée à la Russie ainsi que la guerre dans le Donbass scelleront définitivement le sort de la Russie, que les occidentaux vont pouvoir enfin désigner à nouveau comme « la menace ».
Les Ãtats-Unis renforcent dans la foulée leur présence militaire en Europe, et les européens sont fermement « priés » dâaugmenter leurs budgets militaires dans lâOTAN â¦en achetant du matériel américain (« Honni soit qui mal y pense ») pour faire face à la menace russe.
Tout rentre dans lâordre, il y a de nouveau un ennemi à lâest, et lâOTAN toujours sous commandement américain peut continuer à se renforcer aux frontières de la Russie, à sây déployer pour montrer sa force. La Russie réagit symétriquement en renforçant sa présence militaire face à lâEurope, et la « paix froide » avec la Russie est désormais installée « en attendant mieux » avec la stratégie nucléaire américaine, comme nous le verrons.
Fin la première partie. Suite et fin dans le prochain numéro de Méthode
G.D.
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