MAI - JUIN 2018

Aimez le livre : la source des connaissances
(A. M. Gorky)

par Ilya NAVKA

En novembre 2017, durant une émission de télévision « Le Soir avec Vladimir SOLOVIOV », Margarita SIMONYAN, la rédactrice en chef de « Russia Today », a fait part d’une histoire amusante. Le journaliste anglais tentait d'éclaircir, quel est le sens de la diffusion des intox faite par RT comme : « Avez-vous été en retard pour le train ? « Russia Today » en est coupable ! ». 
À ce qu'on dit, ce n’est pas claire pour les Anglais. Margarita SIMONYAN a expliqué que c'est une réaction ironique aux actions répressives des pouvoirs américains par rapport à RT et à la liberté de parole en tout. Les notions de l'ironie et l'autodérision peuvent être rapprochés de celles usitées par Bernard SHAW et Oscar WILDE à la culture mondiale. Sur quoi on a reçu la réponse : « Ces écrivains sont des Irlandais !».

L'histoire est en effet drôle. On pourrait l'oublier, ou la garder en mémoire pour, à l'occasion, amuser une compagnie d’amis. Mais le sifflement importun de ces messieurs-gentlemen semblables à notre « journaliste » dans l’Internet, les remarques de mentor hautaines des néosnobs sur l'irruption inadmissible des Russes dans la sphère des relations fines et de l'éthique recherchée de la société britannique invitent au dialogue.

L'histoire de l'humanité connaît beaucoup de livres et d`histoires amusantes. Nous nous réfèrerons aux « Papiers posthumes du Pickwick Club », écrits il y a 180 ans par Charles DICKENS, un grand classique de la littérature anglaise. Comme le marque N. MIKHAL’SKAYA (1) dans la préface à l’une des éditions, ce livre a avec la jouissance supérieure été lu par Lev Nikolaevich TOLSTOÏ. Dans l'article « Qu'est-ce que c'est l'art ? », il a appelé ce roman comme un des meilleurs modèles de la littérature mondiale, ayant marqué spécialement la magnificence de l'humour de l’auteur.

« Pour moi, DICKENS est incontestablement le plus grand romancier de l'Angleterre, - écrivait John GALSWORTHY, - … il a reproduit dans la mémoire des gens de telles représentations diverses et vives sur la nature humaine ce qu’on ne retrouvera jamais parmi les autres romanciers occidentaux. » (2)
N. MIKHAL’SKAYA cite l'opinion d’un des appréciateurs de l'humour de Charles DICKENS – Johan BORGEN, écrivain norvégien : « Il existe une multitude de signes, selon lesquelles on peut diviser tous les gens en deux catégories. Pourtant juste un d'eux peut être absolument indiscutable : un rapport de la personne au « Pickwick Club ». Les uns trouvent le livre ridicule, les autres ne le pensent pas. » (3) Probablement, « le journaliste » se rapporte à la deuxième catégorie. Ou il ne l’a pas lu du tout ? Monsieur !? Je recommande instamment de le lire. Et non seulement pour la formation de la notion juste de l'humour anglais. Et pour notre « héros », et pour tous les journalistes britanniques il faut qu’ils prennent connaissance en détail du contenu du roman, puisqu’au minimum ses deux chapitres sont consacrés à l'analyse et à l'éclairage des meilleures traditions du journalisme anglais, des bases de l'éthique corporative, des estimations et des normes de relations, qui ont été formées dans le deuxième quart du ХIXème siècle, et aujourd'hui, sont le fondement et la carcasse du journalisme britannique professionnel. 

Pour ne pas priver les futurs lecteurs du « Pickwick Club » le plaisir du contenu de tout le livre, je me permets de citer seulement un petit fragment : « Monsieur POTT, certes, lisait « l'Indépendant », et monsieur SLERK, certes, lisait « Le journal d’Itensouille », et chaque gentleman exprimait le mépris à l'œuvre d'autre par le rire amer et le reniflement sarcastique. Puis ils ont commencé à exprimer les opinions plus ouvertement, en utilisant de telles remarques critiques, comme « ridiculement », « odieusement », « d'une manière révoltante », « l'absurdité », « la fraude », « la saleté », « la boue », « la pourriture », « les lavures ». (4) La discussion, naturellement, s'est achevée par le baston.

On peut continuer la conversation après que « le journaliste » anglais prendra connaissance de l'œuvre du classique. On peut aussi examiner les problèmes de l'ivrognerie, dont la passion s'est mise solidement dans le code génétique des Anglais et qui est coupée (provisoirement) par les valeurs de l'éthique protestante : la lésinerie et l’esprit d'épargne.
Cela donne carrément à penser à la conversation sur l'histoire et les traditions de la jurisprudence anglaise, sur le système de la justice, dans les caractéristiques duquel Charles DICKENS peut être comparé au moins à Franz KAFKA dans son « Procès » génial.
On peut réfléchir sur beaucoup de choses, si on lit les classiques…

C'est pourquoi je termine par le message (y compris pour les Anglais) d`un grand écrivain prolétarien A.M. Gorky : « Aimez le livre – la source des connaissances ».

I.N.

Notes :

1. N. MIKHALSKAYA. Monsieur PICKWICK et ses amis. L'article d'entrée de Charles DICKENS. Les notes posthumes du Pickwick Club. M. Édition « Pravda ». 1990. P. 5-20.

2. John GALSWORTHY. Œuvres complètes : En 16 volumes. Vol. 16, p. 396. М, 1962.

3. Johan BORGEN. Les mots vivant dans le temps. Les articles et les essais. M 1988. P.136-137.

4. Charles DICKENS. Les Papiers posthumes du Pickwick Club. M 1990. P. 341.

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