
LâEurope ne serait-elle quâun château de cartes prêt à sâécrouler ?
Il ne se passe pas une journée sans que les médias ne relatent les dissensions internes qui traversent lâUnion Européennes de part en part. Quand on connaît le tropisme de lâensemble de la presse « bien-pensante » et des chaînes de télé « grand public » pour soutenir sans réserves le bien-fondé des institutions européennes, tout en passant soigneusement sous silence tout ce qui pourrait faire croire au lecteur ou au téléspectateur que quelque chose « ne tourne plus rond », il y a de quoi se poser des questions.

à partir de 1964, on sâorienta vers un autre système, qui était celui de la « règle majoritaire », à la place de lâunanimité précédemment requise. De Gaulle poussa un « coup de gueule » et suspendit la présence des ministres français. Ce fut « la politique de la chaise vide », qui eut pour effet le blocage des institutions européennes.

En 1966, le « compromis du Luxembourg » mit fin à cette crise institutionnelle en reconnaissant « lâexception dâintérêt vital » qui exigeait lâunanimité lorsque les intérêts considérés comme vitaux dâun pays étaient en jeu. Ce fut le cas de lâagriculture pour la France. Cette clause dâexception a dâailleurs été invoquée, par le Front de Gauche en 2011 afin que la France soit exemptée de la ratification du Traité de Lisbonne, sans toutefois quitter lâUnion Européenne.
Or, on ne pouvait passer impunément avec les mêmes règles déjà « bancales » dâune Europe de 6 pays à une Europe à 27. Dâautant plus que le statut même de lâUnion Européenne nâest pas vraiment défini. Il ne sâagit ni dâun Ãtat, ni dâune organisation internationale. Ce qui était déjà perceptible il y a près de 50 ans est devenu de plus en plus évident au fil du temps. La méthode des « petits pas avec encliquetage » interdisant tout retour en arrière avait de moins en moins dâadeptes. Or, toute la construction européenne continue dâêtre basée sur ce processus dont lâavantage immédiat est de maintenir les peuples dans lâignorance de ce qui se trame.
Censé remettre à plat toutes ces questions, le traité de Nice, vite oublié, nâa réussi quâà justifier le projet de traité constitutionnel, avec le succès que nous connaissons. De fait, dans les pays dans lesquels les référendums nâexistent pas, il a été vite ratifié. Par contre, les peuples auxquels la question a été posée ont clairement répondu non, à commencer par les français le 29 mai 2005. Ne pouvant pas changer le peuple, on sâest contenté de bricoler la constitution, ouvrant ainsi une voie qui aurait dû rester close à tout jamais. De fil en aiguille, de petit pas en petit pas, tout ce qui constitue lâessence de notre démocratie, à savoir la souveraineté populaire, se trouve progressivement écartée au profit dâun vote du Congrès, fût-il à la majorité des 3/5 èmes. Câest ainsi que nous, peuple français, nous sommes vu imposer le traité de Lisbonne, copie conforme du projet de traité constitutionnel. Si cela nâest pas une forfaiture, il y a quand-même, comme aurait dit Michel Audiard, un vague cousinage.
Tout ceci laisse des traces de plus en plus profondes et nos technocrates bruxellois le sentent bien. Ils semblent pris aujourdâhui dâune sorte de frénésie afin dâaccélérer encore le transfert des quelques domaines où les souverainetés nationales peuvent encore sâexercer vers ces institutions dont les règles déjà approximatives commencent à être remises en question. Je prends deux exemples récents :
Le premier est une directive européenne du mois dâaout 2015 qui permet aux banques, en cas de faillite, de spolier les comptes de dépôt de leurs clients. Les 6 pays de la zone euro qui ne lâavaient pas encore transposé dans leur réglementation nationale se sont vus menacés de sanctions par la commission à la fin de lâannée 2015.
Le second est plus récent et date du 12 janvier 2016. Il sâagit de modifier « en douce » lâarticle 48 du traité de Lisbonne de façon à pouvoir faire évoluer ce traité sans avoir besoin du consentement des peuples.

On sent bien quâils sont prêts à tout pour empêcher lâécroulement et que la moindre velléité dâindépendance â sans même parler dâautonomie - provoque chez eux des réactions épidermiques et disproportionnées.
Câest ainsi quâils nâont reculé devant rien pour interdire aux grecs de quitter lâeuro, jusquâà organiser eux-mêmes une crise des liquidités en asséchant les banques grecques ou en mettant hors-jeu Yanis Varoufakis, le ministre des Finances dâun gouvernement régulièrement élu.
Aujourdâhui, câest le départ de la Grande Bretagne hors de lâUnion Européenne qui devrait les paniquer. Mais en réalité, que lâAngleterre reste ou parte, nos technocrates sâen fichent royalement. Elle nâa jamais été et ne sera jamais véritablement européenne. Câest dans leurs gènes. Ils ne respectent que les règlements dont ils sont à lâorigine. De Gaulle le savait parfaitement et sâétait toujours opposé à leur entrée dans lâEurope. Ce qui les inquiète plus que tout, câest la valeur dâexemple que cela aurait sur les autres. Jusquâà présent, le seul argument opposé à ceux qui voudraient tenter une sortie de lâUE est celui de la peur. Malheur à vous si vous nous quittez. Nous ne commercerons plus avec vous, nous nâachèterons plus vos produits, nous nâirons plus chez vous pour passer nos vacances et autres boniments.
En dâautres temps, la sortie de lâAngleterre aurait pu passer inaperçue. Seulement voilà . Il y a cette foutue crise des réfugiés. Et elle nâétait pas prévue, du moins pas aussi tôt. Sous la pression des peuples, les frontières sont réapparues. Devant lâimpuissance caractérisée de lâUnion Européenne à trouver une solution efficace et satisfaisante, sans même parler de la lamentable histoire des 3 milliards dâeuros versés à la Turquie pour quâelle fasse ce quâils ne sont pas capables de faire, certains pays, notamment dâEurope centrale ou de lâEst, prennent leurs distances vis-à -vis de Bruxelles. Au clivage déjà existant entre le Nord et le Sud, une nouvelle ligne de fracture entre lâEst et lâOuest est en train dâapparaître.

J.G.
(1) Les PECOS sont les 21 Pays dâEurope Centrale et Orientale.
Ils comprennent les 11 pays suivants : Bulgarie, Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovénie, Slovaquie ;
6 autres pays, issus de l'ancienne Yougoslavie à l'exception de l'Albanie : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Monténégro, Serbie, Kosovo ;
4 anciennes républiques anciennement soviétiques sont membres ou participants de la CEI et tous les auteurs ne les considèrent pas comme des PECO : certains en excluent la Russie, d'autres toute la CEI : Biélorussie, Moldavie, Ukraine, Russie.
(2) Andrew Duff, dâorigine anglaise, est un ancien président de lâUnion des Fédéralistes Européens. Il est député au Parlement Européen depuis 1999.
(3) Voir lâarticle très documenté de Vincent Brousseau sur ce sujet : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-dangers-du-tres-discret-projet-177145.
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