Pauvre Europe avec sa collection de nains qui ont ligoté avec les bandelettes de lâimpuissance le géant qui avait conquis le monde. Il est fréquent dans lâHistoire que les visées des politiques les conduisent au résultat inverse de celui quâils voulaient obtenir. La construction européenne nâéchappe pas à ce paradoxe. Après les deux guerres européennes devenues mondiales, lâEurope épuisée a laissé la place à la compétition entre lâURSS et les USA. Divisée entre ces deux puissances, elle ne devait sa liberté à lâOuest quâà la protection des Etats-Unis. Après lâeffondrement soviétique, lâUnion Européenne pouvait rejeter à jamais les guerres fratricides du continent, étendre son unité et retrouver ainsi les moyens de son indépendance, pourquoi pas de sa puissance, toute pacifique, bien entendu. Une densité de population bien formée avec 7 % de la population mondiale (500 millions) sur un espace restreint, des capacités économiques considérables avec 24 % du PIB mondial, permettaient dâassurer le retour de lâEurope. La stratégie de Lisbonne annonçait un continent champion de la recherche et de la compétitivité. Nous en sommes loin. Le rêve sâest dissipé pour laisser la place au vide creusé par les échecs et les frustrations.

LâEurope pouvait se contenter dâêtre un espace économique. Elle a prétendu devenir un super-Etat politique. Il faut rappeler une fois encore lâidéologie des trois fonctions propre aux Indo-européens : le spirituel, dâabord ; la force militaire ensuite ; la prospérité matérielle, enfin. Un Etat est une structure politique qui doit créer les conditions de possibilité du bien-être matériel de ses ressortissants, assurer lâindépendance du pays et la liberté des citoyens, au besoin par la force et qui obéit à des valeurs qui inspirent son droit et sa politique. En abandonnant toute référence aux valeurs chrétiennes, en continuant à se placer sous la dépendance militaire américaine et en ne paraissant sâintéresser à des questions que sous lâangle de lâéconomie, lâEurope nâest pas un Etat, câest une machine à paralyser les Etats qui la constituent. Si lâEurope consiste à transformer les Chefs des Etats du continent en banquiers endettés et en marchands de tapis prêts à tous les marchandages, il était inutile et préjudiciable de la réaliser.

Le déferlement des « migrants » présenté comme un geste moral indispensable a été le résultat lamentable dâune défaillance des trois fonctions. LâEurope nâa jamais été musulmane. LâIslam par la conquête a dominé pendant quelques siècles le sud de lâEspagne où une civilisation sâest établie et moins longtemps et plus superficiellement le sud-est de lâEurope.
Cette influence marginale nâa jamais atteint le cÅur de la culture européenne qui est profondément helléno-chrétienne. Il fallait avoir le courage de le rappeler. Il faut aujourdâhui avoir la lucidité de limiter une immigration musulmane dont on voit bien quâelle a de la peine à sâintégrer, dans la mesure où ses valeurs ne sont pas celles des européens. Câest vrai des rapports entre les hommes et les femmes. Câest vrai du lien entre la politique et la religion. Câest vrai du jugement porté sur la violence. Lâabstraction accueillante des Droits de lâhomme se heurte au mur de la diversité contrariante. La domination et la soumission ont dans lâIslam un rôle et un sens importants quâelles ne revêtent pas dans la religion chrétienne. Aussi la peur de mener une guerre dâanéantissement contre lâEtat islamique, maintenant en Libye, à proximité de lâItalie, la proposition irresponsable dâaccueillir les réfugiés des combats que nous refusons dâengager, le tribut payé à la Turquie pour contenir le flot dâimmigration (3 milliards dâeuros), les prosternations dérisoires des européens devant les exigences des potentats musulmans, sont autant de signes de faiblesse et donc dâencouragement à lâadversaire, lâislamisme. La morale a bon dos. La courtoisie italienne est un trompe-lâÅil.

Si Madame Merkel accueille les migrants, câest pour combler le déficit démographique de lâAllemagne et répondre aux besoins de main-dâÅuvre de son économie. Si M. Renzi cache les nudités statuaires romaines, câest pour sâassurer des contrats auprès des Iraniens. A ce jeu, on perd son âme et le respect de ses partenaires.
Les hommes ne sont pas interchangeables et un marché se gagne par le rapport qualité/prix dâun produit, non par la politesse du vendeur.
La même défaillance se retrouve dans nos relations avec la Russie. En suivant aveuglément la politique américaine, nous avons rompu les liens naturels qui nous unissent à elle dès lors quâelle a abandonné le totalitarisme marxiste. La Russie participe à la même civilisation chrétienne et elle est en pleine renaissance spirituelle. Elle possède une armée puissante qui ne nous menace nullement et qui devrait être notre alliée contre le terrorisme. Le trafic dâarmes à destination des djihadistes par la Turquie auquel les occidentaux prêtent la main est une honte et une bêtise. La complémentarité entre la Russie et ses matières premières, et lâEurope est évidente. Les agriculteurs français paient en partie les conséquences de lâembargo russe qui répond à des sanctions injustifiées. Non seulement le marché russe sâest fermé, mais la concurrence sâest accrue entre les européens qui lâont perdu. Victimes du surcroît des charges et de lâemploi massif des travailleurs européens détachés par leurs concurrents, allemands par exemple, nos producteurs de viande ou de fruits et légumes voient lâEurope non plus comme un soutien, mais comme une menace.

LâUnion européenne devait créer une synergie entre les nations, rapprocher leurs systèmes juridiques et fiscaux, assurer une péréquation économique et sociale. En fait, la concurrence entre pays et le chacun pour soi nâont pas cessé, ce qui nâa rien dâétonnant. Les Allemands continuent à bénéficier dâune monnaie plus faible que ne le serait le Mark. Les Britanniques exigent davantage de dérogations. Ce qui est plus inquiétant, câest la passivité dâun continent qui semble subir aujourdâhui une Histoire quâil avait naguère construite.
C.V.
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