
Fondé à la fin du XVIIIème siècle, à lâissue dâune guerre dâindépendance, lâÃtat américain, regroupant un certain nombre dâÃtats fédérés autour dâune même constitution, était une sorte de modèle démocratique dont le reste du monde pouvait sâinspirer. Alexis de Tocqueville, auteur de « la démocratie en Amérique » avait analysé les écrits des premiers présidents américains et conclu quâune démocratie devait à la fois répondre à lâétymologie (gouvernement du peuple) et au caractère social (égalité des citoyens devant la loi) Il en découlait directement la séparation des pouvoirs et lâélection du Président, chef de lâexécutif, au suffrage universel.

Le premier indice important se trouve dans une observation adressée par Franklin Roosevelt au « colonel » House :
« La vérité est, comme vous et moi le savons, quâune composante financière sâest emparée du gouvernement de puis lâépoque dâAndrew Jackson (1) »
Roosevelt faisait ainsi une allusion directe au rôle joué par les grandes banques américaines lors de la réunion secrète tenue à lâîle Jekill en décembre 1910 qui allait permettre la création de la Réserve Fédérale en 1913. (2)
Nous reviendrons dans un prochain article sur le rôle des puissances financières et le contrôle quâelles exercent sur lâÃtat fédéral américain. Les prémisses de cet « Ãtat profond » sont enracinées dans leur brève histoire. Dès leur naissance, les Ãtats-Unis étaient traversés par deux pensées antagonistes : lâouverture sur le monde et un instinct de domination répressive à lâencontre de leurs opposants, quelques soient leurs griefs. On peut dire que chaque grand évènement de lâhistoire de cette nation (guerre dâindépendance, de sécession ou contre les indiens) atteste de ce double caractère.
On entend souvent parler de la COG (Continuité of Government) mais elle est mal définie. Dâaprès les recherches que jâai pu effectuer, ce concept remonte à 1949, avec lâexplosion de la première bombe atomique soviétique. Pour la première fois, il apparaissait possible que la totalité du gouvernement puisse disparaître en cas dâattaque sur Washington. Dâoù ce programme destiné à assurer la continuité du commandement. Toutefois, nombre dâopérations durant la seconde guerre mondiale étaient couvertes par un secret indispensable et ne pouvaient être exposées au grand jour. La COG sâinscrivait dans le même principe. Dénommé au début « projet jugement dernier » câest sous Reagan que le terme COG fut consacré. (3)
Le conflit entre le respect de la démocratie garantie par la constitution et la sécurité des citoyens apparaît comme latent. En cas de mise en Åuvre de la COG, qui va exercer le pouvoir ? Cette situation correspond à celle dâune attaque avérée, mais les hommes qui vont exercer le pouvoir sont évidemment recrutés à lâavance, et ils ne sont pas élus. On voit poindre la difficulté car le lien entre le peuple et celui ou ceux à qui il a confié sa destinée est rompu.

Le clivage entre ces deux formes préexistantes de pouvoir devait naturellement se retrouver entre les « légaux » et « ceux de lâombre » Le premier signe a été la création de la CIA (Central Intelligence Agency) dès 1947 (3) destinée à supplanter lâOSS (Office of Strategics Services). Ce dernier, créé à lâentrée en guerre des Ãtats-Unis, reprenait le rôle jusquâalors dévolu au FBI, qui était censé être sous le contrôle de lâAdministration américaine. Le passage au statut dâagence de la CIA la mettait délibérément hors dâatteinte de ce contrôle. Cependant, sa mission ne devait sâexercer quâà lâinternational, donc à lâextérieur des frontières américaines. Mais ce pouvoir de lâombre avait pris dâautres formes. Eisenhower avait commencé une lutte très inégale contre lui (4) et le dénonçait très clairement dans son dernier discours de janvier 1961, juste avant lâarrivée de Kennedy, et dont voici un extrait :
« Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel dâacquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales, quâil lâait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à lâavenir : quâune concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en sâaffermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous ne devons jamais rien considérer comme acquis. »
Le divorce entre la CIA et la Maison Blanche est consommé avec lâaffaire de « la baie des cochons » de Cuba, lorsque Kennedy refusa dâintervenir. Trois ans plus tard, le 12 novembre 1963, dix jours avant sa mort, le même Kennedy reprenait lâavertissement à son compte en disant :
« La direction du Bureau du Président a été utilisée pour fomenter un complot pour anéantir la liberté des Américains, et avant que je ne quitte le Bureau, je dois informer les citoyens de ces conditions. »
Ceux qui leur ont succédé, Johnson et Nixon, sont restés dans lâoptique pacifique du désarmement, initialisé en octobre 1962 après lâaffaire des « fusées de Cuba ». Ils se sont opposés ainsi à ceux quâon allait bientôt désigner comme les « faucons » par opposition aux « colombes » La transition sâest faite durant les mandats de Ford puis de Carter, lorsque les représentants de ce pouvoir de lâombre ont commencé à saper ce que Reagan qualifiera ensuite comme « lâEmpire du Mal »

Puis vint lâélection de Reagan, marquant la fin de deux décennies de combat larvé pour le pouvoir entre la Maison Blanche et lâÃtat profond. Câest ce dernier qui avait gagné. Le champ devint alors libre pour le « consensus de Washington » (5) qui conduisit à la déréglementation généralisée des services privés et la privatisation des services publiques, dans lâoptique de la doctrine néo-libérale de Milton Friedman et de lâÃcole de Chicago.
Pour schématiser, les « faucons » de lâÃtat profond avaient réussi à prendre le contrôle de « lâÃtat apparent » au niveau des opérations extérieures. Il sâen suivit une politique beaucoup plus offensive contre lâURSS et notamment le « piège de lâAfghanistan » en 1980. 1981 fut probablement lâannée de transition vers un nouvel ennemi qui, plus tard, se substituerait à lâUnion Soviétique : le terrorisme islamique.
Vingt ans plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 permettront à lâÃtat profond de faire passer sans coup férir le « Patriot Act » toujours en vigueur, marquant ainsi le basculement vers un Ãtat plus « sécuritaire » pour la 1ére fois dans lâHistoire des Ãtats-Unis, le plan COG fut mis en Åuvre.

On notera que Cheney et Runsfeld sâétaient exprimés en 2000 en se plaignant de la longueur de la mise en Åuvre du processus « en lâabsence dâun évènement catastrophique et catalyseur comme un nouveau Pearl Harbour ».
Nous connaissons la suite. Au travers de la « guerre contre le terrorisme » les pays du moyen orient comme lâAfghanistan, lâIrak, la Lybie et plus récemment la Syrie ont été déstabilisés et les actions terroristes se sont étendues dans le monde. On ne voit pas comment, dans lâétat actuel des choses, cette guerre pourrait prendre fin.
J.G.
(1) Lâétat profond américain Peter Dale Scott Ed demi-lune p 46.
(2) Les secrets de la Réserve Fédérale Eustace Mullins ed Le retour aux sources.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Central_Intelligence_Agency.
(5) Lâétat profond américain Peter Dale Scott p 185.
(6) Lâétat profond américain Peter Dale Scott p 76 et 276.
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