Les évènements sanitaires mondiaux récents liés au COVID-19 ont été exposés, dans le précédent numéro de la revue « Méthode »1, pour leurs premières conséquences, implications, tensions et incompréhensions. Ils sont journellement médiatisés dans leurs phases dâexpansion selon les territoires et les conséquences pour les populations, les économies ou les structures sociétales. Les intervenants de tous les domaines scientifiques exposent dans leurs développements, sans les nommer, des pratiques transdisciplinaires et une conscientisation humaniste indispensable pour répondre aux maux auxquels nos sociétés ont à répondre et auxquels elles auront à faire face.

En toute subjectivité objectivée, il est donné, à chaque observateur des phénomènes en action au sein des interfaces sociétales que nous partageons et pour lesquelles nous sommes des constituants, la capacité de pouvoir affirmer quâaucune action ou décision ne peut être prise pour elle-même sans concevoir ses interdépendances ni ses conséquences sur les domaines connexes. Cela sous-tend que la transdisciplinarité devient une norme silencieuse avec laquelle composent les intervenants et les décideurs. Simultanément, la prise en considération du vivant, de nos sociétés, de lâavenir et de la qualité de vie sur la Terre met en avant lâémergence tout aussi discrète dâune forme dâhumanisme.
Aspirer à Åuvrer avec méthode pour répondre aux évolutions contemporaines sâeffectue, tout en concevant le monde dâaprès-demain, afin que la diversité du vivant soit préservée et que nos dépendances soient réduites sans pour cela éradiquer les moteurs mercantiles, en mettant en Åuvre des démarches transdisciplinaires vectrices dâhumanisme. Ce positionnement se trouve marginalisé, pour ne pas dire frappé du sceau de « non scientifique », voire il subit lâinquisition de la norme, laquelle nâest pas prête à admettre lâinterpénétration des domaines scientifiques au service de savoirs de nature scientifique et du devenir de lâHumanité.
Comment mettre à la disposition du plus grand nombre la transdisciplinarité et lâhumanisme tout en préservant la scientificité des démarches entreprises, quelques soient les domaines dâintervention, mais plus spécifiquement ceux des sciences humaines, sociétales et éducatives ?

Les lectrices et les lecteurs fidèles ou occasionnels de la revue ont déjà pris connaissance des axes particuliers sur lesquels sâappuient les travaux tendus en direction du paradigme de durabilité2. Pour les lignes à venir, il est proposé dâaller un peu plus loin dans les pratiques méthodiques et méthodologiques propices à une meilleure compréhension du monde des faits. Des facettes ont été développées il y a quelques années3 pour les domaines spécifiques des conflits en Afrique. Aujourdâhui, lâassociation de la transdisciplinarité et de lâhumanisme est une forme dâagrégation pragmatique de deux ouvrages4/5 afin que chaque personne sâapproprie les potentialités expansives de ces pratiques sans amputer la qualité de ses productions.
Ainsi, pour entrer en résonnance6 avec les inquiétudes immédiates du monde en mouvement, celles plus profondes de la gestion des phénomènes, celles de nature conceptuelle de ce que nous voulons construire et celles qui sont pour lâheure non préhensiles de lâesprit qui orientera cette effervescence, il est posé des jalons indicatifs et incitatifs sur ce quâest la transdisciplinarité et lâhumanisme. Puis, une contextualisation des mises en Åuvre plus ou moins visibles prépare la diagonalisation dâexemples et la reconnaissance des freins et des limites à cette orientation méthodique. Enfin, la notion dâoutil paradigmatique pour tous finalise cette brève incursion au cÅur dâune conception projective des pratiques des études des faits sociétaux à lâÅuvre dans nos territoires.
Trans-disciplinarité et humanisme
Présenter la transdisciplinarité et lâhumanisme par le menu en quelques lignes serait incongru. Seuls des traits majeurs et sélectifs sont très brièvement exposés afin de percevoir lâétendue de ce quâil reste à étudier pour ces deux domaines participant à la construction des savoirs et des connaissances. La transdisciplinarité7 est suivie de lâhumanisme géographique8 car lâorientation essentielle de ces lignes est de faire en sorte que les personnes intègrent le support terrestre et ce qui constitue lâépiderme dans les constituants indispensables à lâoptimisation de nos compréhensions et de nos propositions. En outre, en limitant lâhumanisme employé, il est plus simple de sâimmerger au cÅur des interfaces humanité/espaces terrestres pour discerner lâimpact de lâanthropisation sans conscience, si ce nâest celle de briller ou de faire du profit. Cette conception limitative conduit aux deux aspects suivants que lâon trouve dans un ouvrage récent9.
TRANSDISCIPLINARITÃ

Dans un cadre contextuel large, elle est la mise en synergie socioconstructive dâactants de différents domaines scientifiques, dans un esprit de moindre contrainte, dâeffervescence cognitive, afin dâÅuvrer à la finalisation dâobjectifs collectifs et sociétaux partagés par la mise en application dâune collaboration coopérative, de nature praxéologique, produite par une médiance trajective induite par les participants, hors de toute hiérarchie ou dâune soumission à un dogme idéologique et/ou méthodologique. Ainsi, les sciences préservent leur identité, sous lâimpulsion de leurs producteurs, tout en construisant une Åuvre, collective ou individuelle, responsable adaptée à une réalité que les intervenants aspirent à voir évoluer au service de la progression des savoirs.
Les frontières des spécialités sont dissoutes pour quâune trajection soit opérée par les individus. Ils exposent des résultats vérifiables, reproductibles, transposables et falsifiables. Ils sont soutenus dans cette dynamique par une émulation socioconstructive alimentée avec une convivance recherchée lors des échanges, des dialogues, des réciprocités transformatives et des validations des différentes étapes de la production finalisée au service de lâensemble des parties en présence et plus largement de lâHumanité. Lorsquâelle est mise en Åuvre individuellement, par une personne qui étudie un phénomène sociétal spécifique, lâactant construit une trajection entre les domaines connexes constituant les contextes dâétude, dâinvestigation, dâanalyse ou de critique afin dâuser de tous les ressorts des savoirs disponibles pour rendre préhensiles les réalités comprises puis explicitées en toute impartialité. Elle est alors une démarche pragmatique vectrice de scientificité pour des Åuvres collectives aux ancrages diversifiés tout en étant un cadre méthodologique ouvert pour chaque actant en mesure dâÅuvrer au cÅur dâune complexité évolutive en acceptant la richesse du monde des faits et ses interdépendances.
HUMANISME GÃOGRAPHIQUE

Câest une conception des pratiques scientifiques, de lâengagement individuel et collectif pour laquelle une bienveillance et une distanciation empathique orientent les interventions des actants afin que le vivant soit préservé dans ses diversités, que la Terre et lâépiderme terrestre demeurent vivables pour les prochaines générations, que nos sociétés Åuvrent à la plénitude de chaque individu tout en participant aux progrès de lâévolution, et que les savoirs largement diffusés soient une image intègre des réalités qui ont participé et qui participent au monde que lâHumanité vit et quâelle laissera en héritage.
Il est une conscientisation des maux causés par lâavidité dâune anthropisation irraisonnée, tout en concevant lâÅuvre à accomplir au service du plus grand nombre, en faisant de lâHumanité un élément dépendant de son environnement ainsi que de son seul lieu de vie : la Terre.
Les deux ensembles définitoires proposent à la perception des leviers originaux pouvant être personnalisés afin de répondre au mieux aux réalités auxquelles sâattache un analyste. Lâinsistance avec laquelle la transdisciplinarité est exposée, bien que trop superficiellement, met en perspective lâétendue des possibles en particulier dès lors que la contextualisation des constructions cognitives sâapplique à rendre les faits et les phénomènes tels quâils sont et non tels quâun dogme ou une conviction laisse entendre quâils sont.
Contextualisation de mise en application
Les bases sont jetées. La transdisciplinarité est en place accompagnée par un humanisme géographique que lâon veut voir sâappliquer pour les territoires, lâépiderme terrestre, le vivant ainsi que pour les dynamiques sociétales qui sâimpriment dans ces lieux de vie. Afin de contextualiser une mise en application de ces axes méthodiques, il est nécessaire de montrer ce quâest la scientificité indissociable de la pensée critique tout en insistant sur la praxéologie. Cette dernière est très proche des sciences de lâingénieur pour lesquelles les intervenants acceptent lâerreur et vont jusquâau point de rupture pour ne jamais reproduire les maux déjà rencontrés.
Vous aurez remarqué que la terminologie mise en Åuvre dans cette affirmation de la transdisciplinarité accompagnée de lâhumanisme induit des réentrées fonctionnelles des concepts sur eux-mêmes en relation avec les aspects connexes. Cela indique que la scientificité attendue est elle aussi un produit des dynamiques internes produites par lâanalyste lors de ses études et de ses explications. Ces imbrications à multiples niveaux se retrouvent de manière synthétique dans la figure suivante où sont associés les éléments principaux à cette démarche. Toutefois, deux aspects sont définis ci-après, car leur utilisation est rare sans être explicitée.
PENSÃE CRITIQUE
Elle est un processus de décorticage dâune réalité afin de mettre en relief ses articulations, ses forces, ses faiblesses, ses orientations pour comprendre ses agencements, percevoir ses finalités et pouvoir proposer des alternatives transposables et réalistes dans lâexercice de lâEnseignement. Elle exige une argumentation et fondée et alimentée en relation étroite avec le contexte de mise en Åuvre et lâimplication des apprenants. Elle impose de la rigueur, une distanciation empathique, une mise à lâécart des croyances, des certitudes, des convictions et des dogmes pour parvenir à une expression autonome, diffusable, partageable et transposable des résultats. Elle permet aux actants dâexprimer leurs analyses sur des faits, des phénomènes, des savoirs et des activités en explicitant leurs perceptions tout en prenant en compte lâavis des pairs, les différences, les mouvances et les divergences dâapproche ou de conception pour enrichir les savoirs disponibles sur le monde des faits.
PRAXÃOLOGIE

La praxéologie est une démarche méthodique, au cÅur de lâaction, articulée selon des modèles complémentaires et parfois en tension. Elle agrège les aspects pertinents, selon le principe de moindre contrainte dans une orientation de nature transdisciplinaire, des modèles systémiques, socioconstructifs, structurels, cognitivistes, génétiques, pragmatiques et dialogiques de conscientisation récursive et autorégulée sur : lâagir, le perçu, le produit et la destination. Lâanalyse, structurée et construite, implique lâensemble des dimensions, des mises en synergie, afin dâatteindre la réalisation dâune production professionnelle en fonction de ses temporalités, ses dynamiques de rupture/continuité de la structuration de lâinterface de contact pour lâensemble des agissants.
Ainsi sâatteignent pour lâactant des ajustements fonctionnels des savoirs évolutifs sur le domaine dâétude et sâacquièrent des capacités innovantes de prévisibilité, dâanticipation et de projection. Sa finalité sâexprime dans la production dâune théorie à même de nous éclairer sur une réalité et par extension sur notre Humanité.
La pensée critique et la praxéologie au sein dâune pratique transdisciplinaire participent à la production de la scientificité indispensable à toute production de savoirs diffusables et assimilables. Cela implique que des interfaces de contact et des interfaces territorialisées10 soient intégrées dans les structurations analytiques soumises aux destinataires. La scientificité conceptualisée par une représentation synthétique permet à chaque lecteur désireux de lâappliquer de sélectionner les éléments pertinents pour son objet dâétude en préservant la qualité de ses travaux.
Exemples diagonalisés
La scientificité brièvement exposée laisse une large liberté au concepteur dâune étude. Afin, de percevoir les fonctionnalités de la scientificité ainsi caractérisée des exemples sont diagonalisés. La pensée critique mise en Åuvre dans une démarche praxéologique conduite par lâexercice dâune transdisciplinarité de nature humaniste a été mise en application dans des recherches où il était nécessaire dâaller plus profondément que lâévidence factuelle qui trop souvent donne satisfaction, car elle ne permet pas de mettre en exergue les causes ni les responsabilités.

Congrès de lâACFAS, Montréal, mai 2016
Lors de communications et de conférences données essentiellement lors du congrès annuel de lâACFAS (Association francophone pour le savoir) qui se déroule au mois de mai au Québec ces axes méthodologiques ont été exposés, défendus, débattus et reconnus par nos pairs. Que ce soit pour lâintégration de lâanalyse systémique de durabilité (ASD) ou pour dynamiser lâélan motivationnel en
éducation des plus jeunes au plus âgés ces démarches ont été démontrées comme étant pertinentes pour répondre contextuellement à des difficultés ponctuelles ou à la mise en place de solutions pérennes.
Quatre exemples imagent lâapplication de la transdisciplinarité et de lâhumanisme en particulier géographique. Le premier sâattache aux restanques en Provence. Le second prend en considération la motivation des apprenants. Le troisième lâévolution de la graphie des jeunes élèves. La quatrième prête un intérêt soutenu à lâintégration de la notion dâinterface humanité/espaces terrestres pour la gestion des risques lors des phénomènes dus aux évolutions climatiques.
Ces quatre domaines imposent lâexistence dâun territoire spécifique où la thématique dâétude prend forme et donne sa texture à des réalités. Pour les restanques ce sera un bassin versant où des exploitants agricoles ont développé des techniques de stabilisation du sol, de son irrigation et de sa productibilité en construisant des murs en pierres sèches. La motivation des apprenants est prise en compte dans la salle de classe au même titre que le cas de la graphie tout en conservant une porte ouverte sur lâexternalisation des activités au service des actions dâenseignement effectuées à destination des apprenants. La gestion des risques induits par les phénomènes climatiques englobe des territoires étendus, des échelles de réponses, dâinterventions et dâimplications pouvant inclure la totalité dâune rivière ou dâun fleuve.
Les acteurs en présence sont les intervenants quâils soient des éduquants, des aménageurs, des agriculteurs ou des habitants qui aspirent à mieux vivre le monde qui est le leur. Les techniques mises en Åuvre relèvent essentiellement des méthodes collaboratives et des pratiques pédagogiques appartenant à la pédagogie socioconstructive pour laquelle la réciprocité transformative dessine en pointillés lâeffort transdisciplinaire.

Congrès ACFAS, Université du Québec en Outaouais, mai 2019
Pour les quatre domaines des dynamiques relationnelles animent des constructions, les relations, les échanges, les implantations en présence qui façonnent les territoires physiques et immatériels que partagent les participants. à ces dynamiques se soudent les contextes propres et les thématiques pour lesquelles des solutions doivent être proposées pour une plus grande efficience des actions entreprises.
Il est alors possible de structurer une étude transdisciplinaire où les acteurs, les supports, les dynamiques et les réalités spécifiques sont pris en considération pour que chaque partie en présence ne soit pas lésée sous le prétexte quâelle est trop faible pour sâexprimer. Cette intégrité méthodique annonce des limites et des freins à cette pratique humaniste.
Des freins et des limites
Toute méthode a ses limites et la transdisciplinarité même humaniste ne déroge pas à cette réalité. Toutefois, à lâinverse des autres démarches méthodologiques enfermées dans leur domaine dâexercice, la transdisciplinarité est alimentée par toutes les influences disponibles sans pour cela quâelle devienne un mouvement brownien incontrôlé.
Cet afflux est une limite concrète. Il laisse entendre aux utilisateurs que tout est possible pour arriver à ses fins. Ce nâest pas le cas. La transdisciplinarité associée à lâhumanisme est un auto-contrôle de lâaction dâinvestigation, par la mise en action de réentrées pragmatique de lâactant sur lui-même, afin de préserver lâintégrité des travaux ainsi que leur impartialité. En effet, toute étude de nature transdisciplinaire expose la trame méthodologique appliquée au domaine dâétude. Là , se pose très souvent le problème de la reproductibilité des faits sociétaux, des phénomènes ou des modes opérationnels. Il est impossible de reproduire à lâidentique une situation dâinteraction entre des individus. Seules des similitudes serviront à lâémergence de particularités propices à la conservation dâenseignements adaptatifs.
La crainte de lâindividualisme méthodologique est toute proche. La densité de connaissances, la dimension des objets de recherche et dâétude, la complexité des interactions, des imbrications et des interdépendances au cÅur des réalités sociétales, ou encore les inductions insoupçonnées des domaines proximaux font que lâindividualisme nâest pas miscible dans les pratiques aux destinations scientifiques. Il est admissible quâune personne produise une démarche originale et trajective, mais celle-ci doit pouvoir être reproduite de manière similaire par ses pairs, ce que ne permet pas lâindividualisme méthodologique qui pose des limites physiques à la transdisciplinarité lorsque celle-ci est employée par ce biais.
Les freins à lâintégration de la transdisciplinarité dans les pratiques scientifiques sont nombreux. Le premier qui suffirait à lui seul est la préservation de lâemprise dâun domaine scientifique sur une parcelle de la production des savoirs. Aucune personne ne tolère que son territoire dâexpression intellectuelle puisse être rongé par des producteurs qui ne sont pas des purs spécialistes. Viennent ensuite les partages dâinformations horizontales qui devraient être trajectives afin de servir toutes les personnes en présence. Les partages demeurent trop souvent disciplinaires, voire interdisciplinaires, câest-à -dire que les intervenants conservent les limites, les frontières entre les spécialités et nâagissent quâen fonction des règles de leur domaine en ignorant le plus souvent ce qui est fait de lâautre côté du couloir. Il est vrai que des groupements de chercheurs existent, que des laboratoires regroupent une large diversité de profil, que des bureaux dâétudes associent des spécialistes de différents domaines, mais tout ceci nâest que ponctuel et enfermé dans une réalisation où les normes du domaine dominant délimitent le cadre dâintervention et dâanalyse.
Lâinertie institutionnelle freine de toute son énergie contre lâinstauration dâune démarche pour laquelle lâhégémonie dâun domaine ne serait plus la norme, où les pairs ne pourraient plus « évaluer » en fonction de lâappartenance.

Quelque part, cette inertie fait appel au « syndrome Einsteinien » qui fera lâobjet probablement de quelques pages ultérieurement. Ce syndrome rappelle le statut dâEinstein avant que le soutien de Planck ne permette la large diffusion de ses travaux. Les mandarins ne peuvent pas admettre que des productions transdisciplinaires viennent bousculer leur contrôle sur les publications dites scientifiques, car leur légitimité sâen trouverait amoindrie.
Câest là que lâargument de la méthode vient discréditer toute démarche transdisciplinaire et humaniste puisque celle-ci ne respecte pas les canons dâun domaine et quâelle intègre une part de subjectivité intolérable pour les tenants dâun quantitativisme restrictif dépendant des seuls chiffres, oubliant que la mesure est effectuée par une personne en fonction dâun contexte et dâune destination.
Les limites et les freins à la pratique transdisciplinaire humaniste sont bien plus denses que les traits superficiels présentés. Ceux-ci indiquent lâimmensité du travail à accomplir pour faire maturer les esprits tout en conservant dans un coin de la tête que : « Lâobscurantisme se répand lorsque les consciences ne tolèrent que ce qui les conforte. » Une telle limite cognitive et ontologique annonce que cette option possède les qualités pour devenir un outil paradigmatique à la portée de chacun.
Un outil paradigmatique pour tous
Les freins et les limites à lâintégration de la transdisciplinarité et de lâhumanisme dans les pratiques scientifiques à même dâétudier les réalités sociétales en cours de réalisation sont parfois gommés pour des activités collectives pour lesquelles les capacités des actants sont cumulatives et sâinterpénètrent afin de parvenir à un optimum.
Le néo-socioconstructivisme prend alors toute la place qui peut être la sienne. Il participe à la scientificité attendue dans toute production de savoir. Il contribue à une diffusion impartiale des connaissances. Il apporte une diversité ouverte sur les autres et les cheminements possibles tout en suscitant une guidance dans les réalisations effectuées. Il favorise lâintégration des antagonismes afin de mieux comprendre les faits et leurs conséquences pour lâélaboration de réponses efficaces. Il est indissociable de lâapprenance11 qui devrait pouvoir être intégrée dans les pratiques dâenseignement et non simplement distillée.
La conceptualisation de lâÅuvre à entreprendre dans un contexte de production scientifique est considérée comme un outil tout en étant une étape de la scientificité. Cela signifie que la conceptualisation permet la délimitation et la définition vérifiable de lâobjet dâétude tout en donnant le cadre conceptuel de lâanalyse développée. Le pragmatisme de James12 nâest pas très loin. Dans le cas présent, lâintervenant agit objectivement13 sur la construction de son argumentation tout en reconnaissant la part incompressible de subjectivité présente dans toute perception des réalités due au prisme et à la perspective de lecture des faits. La proaction interne à la conceptualisation catalyse les finalités avec la progressivité indispensable aux particularités abordées.

La transdisciplinarité associée à lâhumanisme essentiellement géographique pour le cas présent est un outil paradigmatique, car elle invite tout actant à modifier ses pratiques pour accepter un décentrement propice à une appropriations des réalités moins déformées que par les outils institutionnels. Lâinfluence de Kuhn14 est très présente. Cependant, pour la transdisciplinarité, il reste un cheminement semé dâhabitudes, de certitudes, dâinerties et de facilités pour laquelle lâaccès au statut de paradigme novateur est encore long.
Un outil paradigmatique doit permettre de sâextraire des normalités qui ne donnent pas accès aux réalités avec intégrité et équité. Il doit favoriser la responsabilisation des intervenants sociétaux et des producteurs de savoirs pour inciter et inviter les concitoyens à Åuvrer pour après-demain et non pour demain matin.
Il imbrique de manière trajective les constituants dâun phénomène pour rendre explicite le monde de faits et pour participer à la construction de solutions pérennes aux maux auxquels nos sociétés doivent et devront répondre. En outre, un tel outil ouvre les frontières des disciplines pour créer des passerelles fonctionnelles et démontrer la somme des interdépendances entre les actants initiateurs de nos interfaces évolutives.
Lâacceptation et la mise en Åuvre dâun outil paradigmatique qui met sur un pied dâégalité tous les domaines scientifiques ainsi que tous les participants à la construction de savoirs collectifs frôle lâutopie. Toutefois, il est envisageable que les réalités partagées par nos sociétés et les obligations de conscientiser lâimpact de nos démissions conduisent les acteurs institutionnels à lâintégration de la transdisciplinarité liée à lâhumanisme, au minimum géographique, pour améliorer lâefficience de nos actions au sein des multiples territoires où nous évoluons et auxquels nous appartenons.
Conclusion
La transdisciplinarité alimentée par lâhumanisme soutenu par la praxéologie et la pensée critique, lesquelles font appel à la subjectivité objectivée de tout individu propose des perspectives de lectures du monde des faits expurgées des croyances, des convictions, des dogmes et de lâhégémonie dâune méthode. Cette orientation expose et rend explicite les outils, les moyens, les biais, les contextes dâappropriation des phénomènes et des évènements présentés par lâanalyste. Ce dernier dépasse lâexposition, la compilation et le commentaire de texte trop présents et pourtant source exclusive de légitimité. En se donnant la peine de comprendre la méthode transdisciplinaire pour que lâobjet dâétude ne soit pas tronqué, les observateurs se dotent dâun outil performant où lâhumanisme trouve toutes ses dimensions.
Il est vrai que dans les contextes scientifiques actuels où le quantitativisme est déifié, ou les méthodes institutionnelles sont les seules reconnues, où lâintolérance à la différence et à la diversité fait que toute émergence est tancée, où les décideurs nâacceptent quâune réalité en adéquation avec leurs convictions et leurs croyances, une telle démarche transdisciplinaire et humaniste ne peut faire que bondir les critiques.
Néanmoins, la prise en compte en toute scientificité des contextes, des acteurs, des dynamiques et des supports permet sâimmerger au cÅur des phénomènes et de rendre préhensiles les réalités en toute intégrité et impartialité. Décrire les faits en détails est une démarche pour ainsi dire journalistique, laquelle trouve sa place en tant quâaxe dâapproche des actants. Ainsi, une méthodologie reproductible est exploitable pour lâétude, la compréhension, lâexplication et la diffusion de savoirs au service de lâhumanité.
Il demeure énormément de chemin à parcourir pour que la transdisciplinarité et lâhumanisme soient mis en Åuvre avec les leviers internes présentés. Toutefois, lâemprise des faits sur nos sociétés, lâimpact croissant des phénomènes naturels dans nos territoires, les obligations de réponses viables et non plus seulement économiques et spéculatives ou encore la nécessaire prise en considération de la multitude à laquelle nous appartenons sont autant dâappels à faire en sorte que la transdisciplinarité et lâhumanisme soient intégrés dans les pratiques méthodologiques, tout en se préservant dâen faire un dogme source dâerrance, dâoù lâimpérative conscientisation critique qui accompagne cette démarche.
Y. B-P.
NOTES ET RÃFÃRENCES
1. Revue Méthode n°19 https://fr.calameo.com/read/0011275143890914ff108
2. Revue Méthode n°17 https://fr.calameo.com/read/00112751417a78848aefa
3. Brun-Picard Yannick, 2015, Vers une théorisation de lâinterface de conflictualité, in, Dynamiques des guerres civiles en Afrique, Bado Arsène Brice, LâHarmattan, pp.39-66.
4. Brun-Picard Yannick, 2019, Transdisciplinarité, Mettre en pratique dans les réalités éducatives, LâHarmattan : https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=64808
5. Brun-Picard Yannick, 2020, Voyage en géographie, Enseigner et éduquer à une pratique humaniste, LâHarmattan : https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=65563
6. Littré, Dictionnaire de la langue française, 7 volumes. P. 5550
7. Nicolescu Basarab, 1996, La transdisciplinarité, Monaco, Ãditions du Rocher.
8. Bailly Antoine, Scariati Renato, 1990, LâHumanisme en Géographie, Anthropos.
9. Brun-Picard, 2020, p.33 et p.144
10. Ferrier Jean-Paul, 2010, Géographie des interfaces, Versailles, Quae.
11. Brun-Picard, 2020, pp.110-116.
12. James William, 2011, Le pragmatisme, Flammarion Champs classiques.
13. Popper Karl, 2009, La connaissance objective, Flammarion Champs classiques.
14. Kuhn Thomas, 1972, La structure des révolutions scientifiques, Flammarion.
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