En février 2020, Grégor Puppinck, directeur de lâEuropean Center for law and Justice, publie sur le site de cette ONG1, un rapport extrêmement bien documenté sur les liens entre les ONG en général, et le réseau Soros en particulier, et la CEDH. Ce rapport fut présenté comme explosif par le journal Le Figaro, et ce en raison de la précision des liens personnels établis entre le parcours des juges, lâimplication des ONG dans la procédure dâexamen des affaires et lâactivisme de la Cour ces dernières années contre les valeurs traditionnelles et la religion, pour le lobby LGBT, pour les migrants ou encore pour le néoféminisme. Des journaux français ont cité ce rapport, de manière plus ou moins détaillée ; la revue Valeurs actuelles en a fait la Une (N°4343 du 20 au 26 février 2020). Grégor Puppinck a eu la gentillesse de donner lâautorisation de présenter des extraits de ce rapport aux lecteurs de la revue « Méthode ».
Plusieurs études ont déjà été consacrées à la description et à lâanalyse des modes dâintervention des organisations non-gouvernementales (ONG) auprès des juridictions et des quasi-juridictions internationales2, en particulier auprès de la Cour européenne des droits de lâhomme (CEDH)3. Ces études se sont concentrées sur lâanalyse de lâaction des ONG comme requérants, représentants ou tiers intervenants4, ainsi que sur leur contribution au suivi de lâexécution des arrêts. Elles ont révélé la variété, lâinfluence et lâutilité de lâaction des ONG.
La présente étude entend aborder cette même question mais sous un angle complémentaire : celui des relations entretenues entre les ONG et les juges. En effet, ces relations ne se limitent pas aux voies formelles dâactions des ONG auprès de la Cour ; elles sont aussi beaucoup plus profondes et informelles puisque la Cour est composée, dans une proportion significative, dâanciens collaborateurs dâONG.
La lecture des curriculum vitae5 des juges ayant siégé durant les dix dernières années (entre le 1er janvier 2009 et le 1er octobre 2019) permet dâidentifier sept ONG étant à la fois actives à la Cour et comptant parmi leurs anciens collaborateurs au moins une personne ayant siégé comme juge permanent de la CEDH depuis 2009. Sur les cent juges permanents ayant siégé durant cette période, il apparaît que 22 ont eu des liens forts, avant leur élection comme juge, avec lâune ou plusieurs de ces sept organisations, que ce soit comme dirigeants, bénéficiaires de leurs financements ou comme participants notables et réguliers à leurs activités. En outre, en prenant également en compte des liens plus indirects, dâautres juges pourraient être ajoutés à cette liste.
Cette étude entend aller cependant plus loin, puisquâelle vise à examiner les interactions entre ONG et juges après lâentrée en fonction de ceux-ci. Lâexamen des 185 affaires dans lesquelles ces sept ONG ont agi de façon visible durant ces dix dernières années a en effet permis de constater quâà de nombreuses reprises, des juges ont siégé dans des affaires introduites ou soutenues par lâONG avec laquelle ils avaient collaboré. Les liens entre juges et ONG sont donc plus complexes et profonds quâil nâapparaît ordinairement. Cette étude a pour objet de mettre en lumière cette réalité significative, de sâinterroger sur ses causes et de prendre la mesure des difficultés quâelle pose.
Au-delà , le but de cette étude est de contribuer au bon fonctionnement du système européen de protection des droits de lâhomme, en particulier à son indépendance, qui doit être garantie à lâégard du pouvoir non seulement des Ãtats, mais aussi de celui, non négligeable, des grandes ONG.
LâECLJ est elle-même lâune des ONG les plus actives auprès de la Cour depuis plus de vingt ans.
I. Les liens professionnels passés entre ONG et juges
EXPOSÃ FACTUEL DES LIENS
Il a été possible dâidentifier sept ONG qui, étant actives à la Cour, comptent parmi leurs anciens collaborateurs au moins une personne ayant siégé comme juge permanent de la CEDH depuis 2009. Il sâagit (par ordre alphabétique) de A.I.R.E. Centre (Centre sur les droits individuels en Europe), Amnesty International, la Commission Internationale des Juristes (CIJ), le réseau des comités et fondations Helsinki6, Human Rights Watch (HRW)7, Interights (Centre international pour la protection judiciaire des droits de lâhomme), et lâOpen Society Foundation (OSF) et ses diverses branches, en particulier lâOpen Society Justice Initiative (OSJI).
Les collaborations entre ONG et futurs juges existent à différents degrés, allant de la fondation et direction dâONG, à la participation significative à leurs activités8. Il nây a pas lieu de porter un jugement sur ces engagements qui relèvent de la liberté individuelle, mais de les constater dès lors que ces ONG sont actives à la Cour. Ce tableau est probablement incomplet car documenté principalement par les informations présentées dans le cadre de la procédure de sélection des juges, et accessibles sur le site de lâAssemblée parlementaire du Conseil de lâEurope (APCE). Ce tableau ne mentionne pas les personnes ayant participé, même de façon régulière, à des réunions et conférences organisées par ces ONG, ni les adhésions personnelles à celles-ci. Enfin, certains juges ont collaboré à dâautres ONG, mais ils ne sont pas mentionnés ici car celles-ci ne sont pas actives à la Cour de Strasbourg. Cette étude ne porte pas non plus sur les juges ad hoc. Enfin, les diverses appartenances dâordre politique, religieux ou autres sont naturellement ignorées. Les noms des intéressés ne sont mentionnés que par nécessité.
Concernant lâA.I.R.E. Centre, le juge Eicke a été membre de son Conseil dâadministration de 2000 à 2008.
Concernant Amnesty International (AI), trois juges ont collaboré à divers degrés avec cette ONG. Le juge Pinto de Albuquerque a été membre du comité de direction dâAmnesty International de 2008 à 20129. Le juge Å ikuta fut également en lien avec Amnesty International10. Quant au juge Felici, il a participé à la section protection des droits de lâhomme dâAmnesty International de 1993 à 1995.
Concernant les Comités Helsinki, sept juges ont collaboré à divers degrés avec les branches nationales de ce réseau. Le juge Grozev a fondé le comité bulgare et la juge Kalaydjieva a été membre de celui-ci. Dâautres juges ont organisé ou animé divers programmes et groupes de travail. Il sâagit des juges Garlicki, Shukking, Å ikuta. Le juge KarakaÅ fut membre de lâAssemblée des citoyens dâHelsinki11. Le juge Yudkviska a collaboré dans une moindre mesure : elle a suivi des formations du Comité Helsinki et lâa représenté en justice.
Concernant la Commission Internationale des Juristes (CIJ), cinq juges y ont exercé des fonctions.
⢠La juge Motoc fut membre du conseil de la Commission jusquâen 2013.
⢠La juge Schukking y fut experte en 2014 et en 2016.
⢠La juge Ziemele a fondé en 1995 la section lettonne de la CIJ dont elle est membre depuis.
⢠Le juge Cabral-Barreto a été membre du groupe « Droit et justice » de la section portugaise de la CIJ12.
⢠Le juge Kucsko-Stadlmayer a été membre de la CIJ Autriche depuis 2000.
Concernant Human Rights Watch, le juge Pavli a été chercheur dans cette organisation de 2001 à 2003.
Concernant Interights, le juge Eicke a été membre de son conseil dâadministration de 2004 à 2015.
Concernant lâOpen Society Foundation (OSF), 12 juges ont collaboré à divers degrés avec cette organisation :
⢠Le juge Garlicki a été membre dâun programme « individu contre Ãtat » de la Central European University depuis 1997, et a participé à plusieurs programmes dâenseignement en coopération avec lâOpen Society Institute de Budapest et la Central European University de Budapest, université fondée et financée par lâOSF13.
⢠Le juge Grozev a été membre du Conseil dâadministration de lâOpen Society Institute de Bulgarie de 2001 à 2004 ainsi que de la direction centrale de lâOpen Society Justice Initiative (OSJI, New York), de 2011 à 2015.
Le juge KÅ«ris a été membre du conseil dâadministration de lâOpen Society Foundation de Lituanie de 1993 à 1995, membre du conseil de coordination de 1994 à 1998, expert du programme dâédition de 1999 à 2003 et membre dâun autre conseil de 1999 à 2003. Il y fut donc actif de 1993 à 2003.
La juge Laffranque a été membre entre 2000 et 2004 du conseil exécutif du Centre dâétudes politiques â PRAXIS, organisation fondée en 2000 et financée depuis par lâOpen Society Institut14.
⢠Le juge MijoviÄ a été membre du Conseil exécutif de lâOpen Society Foundation de Bosnie-Herzégovine de 2001 à 2004, ainsi que membre de lâéquipe dâun projet de lâOSF de Bosnie en 2001.
⢠Le juge Mits a enseigné à partir de 1999 à lâÃcole supérieure de droit de Riga15, dont il est devenu vice-recteur, ainsi quâau Centre de formation judiciaire de Lettonie, tous deux fondés et cofinancés par lâOpen Society de Lettonie.
⢠Le juge Pavli, ancien élève de la Central European University, a été avocat au sein de lâOpen Society Justice Initiative de 2003 à 2015 puis directeur des programmes de lâOSF pour lâAlbanie de 2016 à 2017.
⢠Le juge Sajó a été membre de la direction centrale de lâOpen Society Justice Initiative (OSJI, New-York) de 2001 à 2007, ainsi que professeur de 1992 à 2008 à la Central European University à Budapest.
⢠Le juge Å ikuta a été membre des comités dâexperts de lâOpen Society Foundation de Slovaquie de 2000 à 2003. Il nâa pas été rémunéré pour cette fonction.
⢠La juge TurkoviÄ a été membre du Conseil dâadministration de lâOpen Society Institute de Croatie de 2005 à 2006 et membre de lâéquipe de recherche de cette même organisation de 1994 à 1998.
⢠Le juge VuÄiniÄ a écrit différents articles pour lâOpen Society Institute et a contribué à la rédaction de ses rapports en 2005 et en 2008 ; membre du comité directeur de deux ONG financées par lâOSF.
⢠La juge Ineta Ziemele enseigne, depuis 2001, à lâÃcole supérieure de droit de Riga, fondée et cofinancée par lâOpen Society de Lettonie.
Dâautres juges ont aussi collaboré de façon moins formelle16, par conséquent nous ne les intégrerons pas dans le reste de lâétude.
Ce phénomène nâest pas limité aux membres de la Cour. Ainsi, Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de lâhomme du Conseil de lâEurope de 2012 à 2018, a également été directeur des programmes de lâOpen Society de Lettonie jusquâà 2012. En 2009, il expliquait que lâOpen Society souhaite créer un homme nouveau â lâhomo sorosensus [en référence à Soros] â lâhomme de la société ouverte, par opposition à lâhomo sovieticus17. Dans le cadre de ses fonctions, il a condamné plusieurs initiatives du gouvernement hongrois, notamment le projet de loi dit « anti-Soros »18.
DE MULTIPLES CAUSES
Il convient de rappeler, à toutes fins utiles, que la Cour compte autant de juges que dâÃtats parties à la Convention. Lorsquâun siège est à pourvoir, le gouvernement concerné établit et soumet une liste de trois candidats à lâAPCE qui en élit un, pour un mandat de 9 ans non renouvelable. LâAPCE a le pouvoir de refuser la liste dans son ensemble19.
Lâélection à la CEDH de juristes issus dâONG a de multiples causes. Lâune dâentre elles est à rechercher dans le fait que, dans certains pays, câest principalement au sein des ONG que lâon peut identifier des juristes à la fois expérimentés en matière de droits de lâhomme et ayant une certaine indépendance à lâégard du gouvernement. Cela est accru par lâimportance de la présence et de lâinfluence de certaines ONG dans de « petits » pays. Les juges qui, antérieurement à leur nomination, ont été salariés ou responsables officiels dâONG viennent pour la plupart dâAlbanie, de Bosnie-Herzégovine, de Bulgarie, de Croatie, de Hongrie, de Lettonie et de Roumanie. à titre dâexemple, en Albanie, pays pauvre et marqué par la corruption20, deux des trois candidats à la fonction de juge en 2018 étaient des dirigeants de lâOpen Society Foundation et lâun dâentre eux a été élu21.
Or, lâOpen Society Foundation a investi dans ce pays plus de 131 millions de dollars depuis 199222. De même, les deux derniers juges élus au titre de la Lettonie sont collaborateurs de lâÃcole supérieure de droit de Riga, fondée par la Fondation Soros de Lettonie, laquelle a investi plus de 90 millions de dollars dans ce pays entre 1992 et 201423. Les deux derniers juges bulgares sont aussi issus dâONG soutenues par lâOSF24. Ainsi, dans de tels petits pays, lâOSF et ses fondations sont devenues incontournables pour toute personne engagée au plan social et médiatique. Elles sont des employeurs et des financeurs majeurs. à titre dâexemple, lâOSF dépense actuellement plus de 90 millions dâeuros par an en Europe, principalement en Europe de lâEst et dans les Balkans25.
La présence dâanciens collaborateurs dâONG au sein de la Cour a été renforcée par lâadoption de « Lignes directrices concernant la sélection des candidats pour le poste de juge à la Cour européenne des droits de lâhomme » qui prévoient lâintervention dâONG à tous les stades de la phase nationale de la procédure26. Celles-ci sont autorisées « soit à inviter des personnes appropriées à postuler, soit à désigner elles-mêmes de telles personnes »27. Lâorgane national chargé de soumettre une liste de candidats au gouvernement peut également comporter des représentants dâONG28. Enfin, les ONG interviennent encore, de façon informelle, en faisant du lobbying auprès des députés membres de lâAPCE afin de les convaincre dâélire leur candidat.
La forte proportion de juges issus dâONG résulte aussi du fait que les gouvernements peuvent présenter comme candidats à la Cour des juristes sans expérience de la magistrature. Ainsi, 51 des 100 juges quâa comptés la Cour depuis dix ans ne sont pas magistrats de profession. On observe également que parmi les 22 juges ayant des liens avec ces ONG, 14 ne sont pas magistrats professionnels.
II. Les interactions avec les ONG pendant le mandat des juges
LâACTION DE CES ONG AUPRÃS DE LA COUR
Le système international de protection des droits de lâhomme a été institué après la Seconde Guerre mondiale pour juguler le pouvoir des Ãtats. Il a engendré un nouvel ordre politique, une gouvernance globalisée faite de réseaux dâinfluences et de soft law. Les ONG sont devenues les principaux acteurs sur ce terrain normatif globalisé des droits de lâhomme, à tel point que certaines dâentre elles sont à présent plus puissantes politiquement que des Ãtats et disposent de ressources supérieures au budget de fonctionnement dâorganismes publics de protection des droits de lâhomme, y compris à celui de la CEDH. Certaines de ces ONG, tels que les Comités Helsinki et Amnesty International, ont accompli un travail remarquable, en particulier à lâépoque du « rideau de fer », et poursuivent cette action en de nombreux domaines. Il faut néanmoins observer quâelles ont, par la suite, défendu une interprétation des droits de lâhomme plus controversée et marquée idéologiquement.
Les sept ONG dont sont issus des juges agissent auprès de la Cour dans des affaires importantes susceptibles de poser un précédent jurisprudentiel, et ayant trait le plus souvent à la liberté dâexpression, au droit dâasile, aux droits LGBT, aux conditions de détention, et aux droits des minorités. Elles agissent notamment par le biais de recours contentieux stratégiques (strategic litigations), câest-à -dire en employant les recours judiciaires comme moyens pour atteindre un objectif plus global de nature politique29.
à la CEDH, il sâagit, à partir dâun cas concret, dâobtenir la condamnation de pratiques ou de législations nationales contraires aux intérêts ou aux valeurs de lâorganisation. Bien que nâayant, en théorie, quâune portée limitée au cas de lâespèce, la jurisprudence de la CEDH fait autorité au sein des 47 Ãtats membres, et inspire de nombreuses instances au-delà de lâEurope. Cette action stratégique a été particulièrement performante pour promouvoir les droits des personnes LGBT en Europe, ainsi quâen matière de GPA.
LâOpen Society Foundation (OSF) sâest imposée comme la plus riche et influente organisation en la matière. Par sa politique de fondation et de financement dâautres organisations, elle sâest placée au sommet dâun important réseau dâONG.
Or, les objectifs et lâaction de lâOSF suscitent autant dâenthousiasme que dâinquiétudes et dâinterrogations. Outre ses actions de nature géopolitique, lâOSF milite et finance des initiatives en faveur, par exemple, de la liberté dâexpression, de lâéducation des Roms, ainsi que de la libéralisation de la drogue30, de la prostitution31, de lâavortement, des comportements LGBT, ou encore des droits des réfugiés et des minorités. Au sein du réseau de lâOSF, lâOpen Society Justice Initiative sâest spécialisée dans le contentieux stratégique. Cette organisation, comme quelques autres, est capable dâagir simultanément auprès de toutes les instances internationales où sâélabore le droit, et de mettre ainsi en Åuvre des stratégies globales dâaffirmation de nouvelles normes internationales.
Depuis 2009, on recense au moins 185 affaires ayant donné lieu à la publication dâune décision de la CEDH dans laquelle lâune au moins des sept ONG dont sont issues des juges a visiblement agi. Dans 72 dâentre elles, lâune au moins de ces ONG a visiblement agi comme requérante32, ou comme représentant légal du requérant33. Sur cette même période, ces ONG ont en outre été autorisées à intervenir comme tierce partie dans plus de 120 affaires ayant donné lieu à la publication dâun jugement34. Il arrive fréquemment quâen raison de lâimportance stratégique dâune affaire, plusieurs de ces ONG sâassocient pour intervenir ensemble35, témoignant ainsi de leur proximité doctrinale.
Le mode dâaction privilégié des ONG auprès de la Cour est la tierce intervention, également appelée amicus curiae (ami de la cour). Cette procédure est une pratique importée de la Common law par laquelle une personne physique ou morale soumet à lâattention de la Cour des éléments dâappréciation sur une affaire dans laquelle elle nâest pas partie à la procédure initiale. Lâauteur de la tierce intervention devient alors une « tierce partie » dans lâaffaire. Cette procédure est très bénéfique, même si la neutralité et lâextériorité des intervenants ne sont souvent que de façade. En effet, la CEDH doit souvent juger des questions complexes, importantes et ayant de fortes conséquences sociales. La Cour est alors placée au-dessus des autorités nationales, même législatives. Les ONG intervenantes ont alors tout à la fois un rôle dâexpert, de corps intermédiaire, mais aussi de lobby. Outre les éléments dâinformation factuelle, tant sociologiques que juridiques, les ONG peuvent aussi présenter à la Cour une pluralité dâapproches idéologiques ou philosophiques de la question en cause, à condition que des ONG de diverses tendances interviennent. Elles permettent ainsi dâenrichir la procédure et les débats. En intervenant dans une affaire, lâobjectif des ONG est dâéclairer la Cour et ce faisant de la convaincre dâadopter sa propre position, et ainsi de contribuer à lâélaboration de sa jurisprudence, et à travers elle, à celle du droit européen. Lâinfluence des tierces interventions est variable. Elle peut être nulle mais aussi très significative, la Cour pouvant adopter le raisonnement dâune ONG, et même la citer.
Fin de la première partie.
Suite et fin de lâarticle dans le prochain numéro de « Méthode ».
G.P.
NOTES ET RÃFÃRENCES
1. https://eclj.org/?lng=fr
2. Voir en particulier : Heidi N. Haddad, âThe Hidden Hands of Justice: NGOs, Human Rights, and International Courtsâ, Cambridge University Press, 2018 ; Luisa Vierucci, âNGOs before international courts and tribunalsâ, in NGOs in international law : efficiency in flexibility ? / edited by Pierre-Marie Dupuy, Luisa Vierucci. â Cheltenham; Northampton, Mass. : Edward Elgar, 2008, p. 155-180.
3. Voir en particulier Rachel A. Cichowski, âCivil society and the European Court of Human Rightsâ, in The European Court of Human Rights between law and politics / edited by Jonas Christoffersen and Mikael Rask Madsen. â Oxford ; New York : Oxford University Press, 2011, p. [77] â 97 ; Laura Van Den Eynde, âThe ECtHRâs enigmatic relationship with civil society organisationsâ, in Human rights as a basis for reevaluating and reconstructing the law : acts of the 4th ACCA Conference held in Louvain-la-Neuve on May 29th, 2015 / Arnaud Hoc, Stéphanie Wattier et Geoffrey Willems (eds.). â Bruxelles : Bruylant, 2016. p. [199]-211 ; Julie Ringelheim, « Le rôle des ONG dans le contentieux international des droits de lâhommeâ, Journal européen des droits de lâhomme, n° 2 (oct. 2018), p. 71-125 ; Antoni Nowicki Marek, « Le rôle des organisations non gouvernementales dans les procédures devant la Cour EDH », in La réforme de la Convention européenne des droits de lâhomme : un travail continu : une compilation des publications et documents pertinents pour la réforme actuelle de la CEDH / préparée par le Comité directeur pour les droits de lâhomme (CDDH). â Strasbourg : Editions du Conseil de lâEurope, 2009, p. 187-190.
4. Laurence Burgorgue-Larsen, « Les interventions éclairées devant la Cour européenne des droits de lâhomme ou le rôle stratégique des amici curiae »., in La conscience des droits : mélanges en lâhonneur de Jean-Paul Costa / [ouvrage coordonné par Patrick Titiun et réalisé avec lâassistance de Patricia Dumaine]. â Paris : Dalloz, 2011, p. [67] â 82 ; Nicole Bürli, Third-party interventions before the European Court of Human Rights : amicus curiae, member-State and third-party interventions, Intersentia, 2017 ; Emmanuel Decaux (ed.) La tierce intervention devant la Cour européenne des droits de lâhomme et en droit comparé : Actes du colloque organisé à lâUniversité Panthéon-Assas (Paris II), Bruxelles : Bruylant : Nemesis, 2009 ; Françoise Elens-Passos, « La tierce intervention dans la procédure devant la Cour européenne des droits de lâhomme », in Regards croisés sur la protection nationale et internationale des droits de lâhomme, Liber amicorum Guido Raimondi / Linos-Alexandre Sicilianos ⦠[et al.] (eds.). â Tilburg: Wolf Legal Publishers (WLP), 2019, p. 255-275 ; F. Lonardo. âIl ruolo dellâamicus curiae negli organismi giurisdizionali internazionaliâ, Roma, Biblioteca della Rivista di studi politici internazionali (Nuova Serie), n° 3, 2009.
5. Tels que publiés sur le site de lâAssemblée parlementaire du Conseil de lâEurope (APCE).
6. La Fondation Helsinki pour les droits de lâhomme (Pologne) (HFHR), le Monitor Helsinki grec, le Comité Helsinki roumain (Association pour la défense des droits de lâhomme en Roumanie â le Comité Helsinki (APADOR-CH)), le Comité Helsinki hongrois, le Comité Helsinki bulgare, le Comité Helsinki norvégien, le Comité Helsinki pour les droits de lâhomme de la République de Macédoine, le Comité Helsinki pour les droits de lâhomme en Moldavie⦠Ces ONG du réseau Helsinki étaient réunies sous lâégide de la Fédération internationale Helsinki pour les droits de lâhomme jusquâen 2007, date de sa dissolution. Voir la Human Rights House Foundation qui rassemble certains de ces comités et fondations : https://humanrightshouse.org/ (consulté le 01/02/2020) ou encore la Civic Solidarity Platform qui compte parmi ses nombreux membres les comités Helsinki, la Fondation Helsinki pour les droits de lâhomme (Pologne) : https://www.civicsolidarity.org/members (consulté le 01/02/2020).
7. à lâorigine en 1978, cette ONG portait le nom de Helsinki Watch. En 1988, Helsinki Watch et ses affiliés sont devenus Human Rights Watch. https://www.hrw.org/our-history (consulté le 01/02/2020).
8. Lâensemble des informations concernant les juges a été principalement trouvé dans les CV mis en ligne par lâAssemblée parlementaire du Conseil de lâEurope (APCE) lors de lâélection des juges, ou par de simples recherches sur internet.
9. Il faut souligner que M. Pinto de Albuquerque est le seul juge, à notre connaissance, à sâêtre explicitement engagé à cesser immédiatement ses fonctions au sein de lâONG en cas dâélection à la Cour, montrant en cela quâil avait conscience du risque de conflit dâintérêt (cf. son CV sur le site dâAPCE).
10. Voir ses propos dans son CV sur le site de lâAPCE.
11. Ce réseau dâindividus, de mouvements et dâorganisations nâa jamais appartenu à lâancienne Fédération internationale Helsinki pour les droits de lâhomme. En revanche, le choix de la bannière « Helsinki » et la participation de ses branches nationales à des initiatives communes à celles des Comités Helsinki nous conduisent à associer lâAssemblée des citoyens dâHelsinki aux Comités Helsinki.
12. Le CV de ce juge, sur le site de lâAPCE, ne précise pas les dates de cette fonction.
13. La Central European University a été dotée de 880 millions de dollars : https://www.chronicle.com/article/For-President-of-Central/65338/ (consulté le 01/02/2020).
14. http://www.praxis.ee/en/organisation/think-tank/ (consulté le 01/02/2020).
15. LâOSF a fondé et cofinance lâÃcole supérieure de droit de Riga avec les gouvernements de Suède et de Lettonie.
16. Le juge BoÅ¡njak a été membre dâune équipe du Peace Institute (Institute for Contemporary Social and Political Studies) en 2005 sur un projet co-financé par lâOpen Society Institute. Le Peace Institute est financé et partenaire de lâOSF. Il a participé comme intervenant à une conférence, tenue le 26 mai 2006, du Peace Institute. Le juge Harutyunyan a donné des cours en 2007 et 2008 à la Central European University et à des instituts de lâOpen Society Foundation. La juge Zdravka Kalaydjieva a fondé et a été membre de lâONG « Bulgarian Lawyers for Human Rights » de 1993 à 2008 (puis de 2015 à aujourdâhui). Cette ONG est financée notamment par lâOpen Society Institute de New York et de Sofia. Elle a également assuré des cours dans le cadre dâune formation destinée aux praticiens du droit des anciennes républiques soviétiques dâAsie centrale, organisée par lâOpen Society Institute, à Bichkek au Kirghizistan en 1999. Le juge Kovler a enseigné en 1997 et en 1998 au sein de la Fondation Soros du Kirghizistan. Le juge ZupanÄiÄ a donné des conférences à la Central European University à Budapest en 1997.
17. Nils Muižnieks, Creating the âOpen Society Manâ (and Woman!), Open Society News, Fall 2009, p. 6 : âMany of us (that is veteran staff, board members, and/or grantees of the various branches of the Open Society Institute) assumed that within two decades we could help create a new âopen society man.â This ânew manââhomo sorosensusâwould replace homo sovieticus, whose remains would slowly decompose on the ash heap of history (located in a dark alley behind the gleaming main streets of the new, ânormalâ open societies we would build).â https://www.opensocietyfoundations.org/publications/open-society-news-eastern-europe-where-do-open-societies-stand-20-years-later#publications_download (consulté le 01/02/2020).
18. « Hongrie. Le Conseil de lâEurope critique la loi « anti-Soros » », Ouest France, 15 février 2018 : https://www.ouest-france.fr/europe/hongrie/hongrie-le-conseil-de-l-europe-critique-la-loi-anti-soros-5567285 (consulté le 01/02/2020).
19. Pour rappel, le processus de sélection des juges de la Cour comprend deux phases : une première nationale consistant en la sélection de trois candidats proposés par lе Gouvernement, et une seconde consistant en lâélection des juges par lâAssemblée parlementaire du Conseil de lâEurope (APCE). Un Panel consultatif dâexperts sur les candidats à lâélection de juges intervient entre les deux phases pour porter une appréciation sur la qualité des candidats.
20. AFP, La justice albanaise malade de la corruption, 18 juillet 2016, https://www.lepoint.fr/monde/la-justice-albanaise-malade-de-la-corruption-18-07-2016-2055240_24.php (consulté le 01/02/2020).
21. à deux reprises avant cette élection, la liste des candidats fut rejetée par lâAPCE « étant donné que la procédure de sélection nationale nâest pas en conformité avec les normes requises par lâAssemblée et le Comité des Ministres », APCE, Rapport dâactivité, Doc. 14150 Add. II, 06 octobre 2016.
22. https://www.opensocietyfoundations.org/newsroom/open-society-foundations-albania (consulté le 01/02/2020)
23. Anciennement elle sâappelait la Fondation Soros de Lettonie, le changement de nom date de 2014 : https://www.fondsdots.lv/en/foundation-dots/open-society-/ (consulté le 01/02/2020).
24. Les juge Grozev et Kalaydjieva furent membres ou financés par lâOpen Society
25. https://www.opensocietyfoundations.org/what-we-do/regions/europe (consulté le 01/02/2020).
26. Comité des ministres, 1138 Réunion, 28-29 mars 2012, Lignes directrices du Comité des ministres concernant la sélection des candidats au poste de juge à la Cour européenne des droits de lâhomme https://www.coe.int/t/dgi/brighton-conference/Documents/Guidelines-explan-selection-candidates-judges_fr.pdf, § 41 (consulté le 01/02/2020).
27. Comité des ministres, Lignes directrices, préc., § 44.
28. Comité des ministres, Lignes directrices, préc., § 48.
29. Extrait du rapport Strategic Litigation de 2018 de la Fédération Helsinki pour les droits de lâhomme (Pologne), p. 3 : âStrategic litigation as a method of obtaining ground-breaking decisions with a view to changing laws and practices could in no way do without the use of such a measure as the ECtHR applicationâ. Voir également le rapport de lâOSJI « Global Human Rights Litigiation Report », avril 2018 : https://www.justiceinitiative.org/uploads/4e9483ab-a36f-4b2d-9e6f-bb80ec1dcc8d/litigation-global-report-20180428.pdf (consulté le 01/02/2020).
30. Voir par exemple : âWhy We Need Drug Policy Reformâ, avril 2019, https://www.opensocietyfoundations.org/explainers/why-we-need-drug-policy-reform (consulté le 01/02/2020)
31. Voir par exemple : âUnderstanding Sex Work in an Open Societyâ, avril 2019, https://www.opensocietyfoundations.org/explainers/understanding-sex-work-open-society (consulté le 01/02/2020) ; âTen Reasons to Decriminalize Sex Workâ, avril 2015, https://www.opensocietyfoundations.org/publications/ten-reasons-decriminalize-sex-work (consulté le 01/02/2020).
32. Au titre de lâarticle 34 de la Convention. Câest par exemple le cas dans lâaffaire CEDH, âComité Helsinki arménienâ c. Arménie, n° 59109/08, 31 mars 2015.
33. Au titre de lâarticle 36 du règlement de la Cour.
34. LâECLJ est intervenu en tierce intervention dans 36 affaires depuis 2009.
35. Dans lâaffaire CEDH, M.S.S. c. Belgique et Grèce [GC], n° 30696/09, 21 janvier 2011, relative à la pratique de lâasile en Grèce, AIRE Centre, Amnesty International et Greek Helsinki Monitor sont intervenus.
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