FÉVRIER 2018

Non, la France n’est pas de retour !

par Christian VANNESTE

Les Français ont pu entendre la traduction du discours de « leur » Président à Davos. Soyons honnêtes, c’était moitié-moitié, comme le sentiment qui se dégage de ce nouvel épisode de la mise en scène présidentielle. Narcisse était manifestement très content de sa prestation et de son numéro de « globish ». Jupiter était l’objet de l’admiration de tous ceux que leur réussite fait converger vers ce foyer enneigé du mondialisme et qui reconnaissaient l’un des leurs. 
Les Français étaient partagés. D’un côté, ils pouvaient, pour certains, ressentir quelque fierté d’avoir un représentant jeune, brillant, et parlant si bien le sabir atlantique, avec peut-être la promesse d’un décollage économique grâce à l’afflux des entreprises et des capitaux que la séduction française attirera. De l’autre, et pour beaucoup, ils ne pouvaient que s’interroger sur le décalage entre ces images portées comme d’habitude par des médias enthousiastes, et la morne réalité des autres informations.
Après avoir reçu fastueusement à Versailles 150 grands patrons à l’échelle mondiale, M. Macron se rendait au sommet des Maîtres du Monde. Pendant ce temps, les gardiens de prison, agressés quotidiennement, mal rémunérés, se faisaient menacer par l’Administration pénitentiaire de sanctions pécuniaires pour faits de grève illicite. On a compris que l’énarque et ancien banquier s’intéresse davantage à la super-classe mondiale, avec laquelle il se sent plus à l’aise, qu’aux gens dont les emplois modestes montrent qu’ils n’ont pas réussi. Mais peut-être oublie-t-il que le Chef de l’Etat a pour rôle d’assurer le bon fonctionnement de celui-ci, et notamment ses missions régaliennes ?
Jupiter a choisi de déléguer les sujets difficiles, pour ne pas dire les problèmes insolubles au gouvernement qui va s’y user, tandis qu’il maîtrisera l’agenda de sa mise en valeur médiatique. Versailles, Davos, et bientôt Washington sont les étapes d’une histoire personnelle qui doit aller de succès en succès, ponctuée de quelques courts moments bien protégés de tout risque, à Calais ou chez les paysans. Mais à y regarder de plus près, le spectacle laisse à désirer. « France is back » est le slogan repris en chœur par les médias. La traduction apparente serait que la France est de retour, mais au-delà du langage orwellien, on pourrait aussi entendre : la France a capitulé. On connaît la phrase de François Ier après Pavie : « tout est perdu fors l’honneur ». Ce roi était celui qui avait légalisé l’usage du français par « l’Ordonnance de Villers-Cotterêts ». On pourrait à propos de Davos, résumer l’allocution présidentielle par une formule : « rien n’est perdu, sauf le français » ! Or, cette perte n’est pas anodine. Mme Merkel, de même que le représentant chinois ont vanté le libre-échange, dont ils sont les gagnants. Les Américains ont, avant l’arrivée de leur Président, annoncé la guerre économique. Le « retour » de la France, dont le rétablissement économique demeure bien poussif, a consisté à faire allégeance au mondialisme en parlant sa langue, et en quémandant ainsi la récompense de l’abandon de ce qui lui restait d’essentiel : sa culture. Ce n’était nullement nécessaire. Comme l’écrit Claude Hagège dans « Contre la Pensée unique », « la langue française est la substance même de la nation française ». Sa destruction, son remplacement sont l’objectif « d’un travail de sape des élites vassalisées ». Il est clair que leur candidat est devenu Président de la République. En conclusion, Hagège précisait : « il ne s’agit pas d’extermination physique mais d’asservissement intellectuel, politique et économique ».
M. Macron se porte bien d’après les sondages. La troisième qualité nécessaire au « Prince », selon Machiavel, ne lui fait pas défaut : la chance ! La plupart des rivaux à l’intérieur comme à l’extérieur sont éliminés ou affaiblis. L’opposition française est convalescente. Les autres chefs d’Etat ou de gouvernement sont en difficulté. La plupart ont commis des erreurs. Lui n’en a pas eu le temps. Son élection est récente et la prochaine n’est pas en vue. Il hérite d’abord des institutions de la Ve République qui assurent le pouvoir à l’exécutif et lui donnent une majorité parlementaire soumise la plupart du temps, parce qu’elle a intérêt à l’être. Il bénéficie ensuite de la médiocrité de son prédécesseur après qui il n’est guère difficile de briller avec un peu de talent. Il arrive enfin au moment même où le contexte économique international se met au beau fixe, sans qu’il y soit pour quelque chose. Mais, à y regarder de plus près, derrière le décor du village Potemkine de Davos, les coulisses sont moins reluisantes. Le chômage a reculé presque partout en Europe. En France, il stagne avec à peine une baisse de 0,1% en décembre et nous laisse à un taux de 9,2 % tandis qu’il est de 3,6 % en Allemagne et de 7,3 % dans l’Union Européenne, malgré les 16 % des Espagnols qui l’ont fait baisser de 3 points en 2017. Les annonces de suppressions d’emplois par des groupes aussi importants que PSA ou Carrefour n’améliorent guère les perspectives. Notre commerce extérieur est toujours au rouge vif : en Novembre, le déficit se situait à 5,7 Milliards d’Euros et portait le cumul à 60 Milliards sur 11 mois. La politique budgétaire n’est pas à la mesure des ambitions affichées : elle additionne des cadeaux ciblés et une poursuite du matraquage fiscal plus qu’une maîtrise des dépenses publiques.
M. Macron est revenu auprès des siens à Davos et leur a parlé leur langue. Ce n’était pas la France qui était de retour.

C.V.

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