« Je pense que ce sont les Etats-Unis qui ont semé la pagaille. Ils se servent des contradictions, des bras-de-fer, ils interviennent et exacerbent des conflits »
Mikhaïl Gorbatchev,
Moscou, 11 02 2016
Le spectaculaire recul européen du président ukrainien Viktor Ianoukovitch a été, pour Washington, le prétexte de son renversement en vue du contrôle dâun Ãtat stratégique de lâEurasie post-communiste. Selon lâaffirmation du 24 mai 2016 du chef de la diplomatie russe, S. Lavrov, ce putsch concrétise le « point culminant » de lâoffensive géopolitique américaine et, surtout â selon moi â, son vieux rêve obsessionnel de la Guerre froide : le reflux de la puissance russe dans son espace historique.

Contrairement à la propagande médiatique visant à formater lâopinion publique internationale, Ianoukovitch n'a jamais remis en cause le rapprochement poursuivi sous sa présidence de l'Ukraine avec l'UE. Il a plutôt cherché à rééquilibrer sa position entre l'Europe et la Russie, jusque-là tournée vers le « rêve européen ».
Dans ce but, il a voulu renégocié â de façon maladroite â lâAccord dâassociation et de libre-échange programmé le 23 11 2013 entre lâUE et lâUkraine, car guère adapté à la situation désastreuse de son économie, tout en occultant ses liens étroits avec la Russie â qui contrôlait alors le tiers de son capital.
Suite à une prise de conscience tardive et aux alléchantes propositions russes du 17 12 2013 â prêt de 15 milliards de dollars et réduction d'un tiers du prix du gaz â ce brusque revirement a achevé de décrédibiliser le « corrompu » Ianoukovitch, dont Poutine a dâailleurs regretté la faiblesse. Ainsi est née la « révolution » du Maïdan.
Nous allons donc nous interroger sur la nature de cette « révolution » sanctionnée par l'éviction de V. Ianoukovitch, au lendemain de lâaccord (pourtant) consensuel du 21 février 2014 entre les acteurs en conflit et dont le respect aurait pu, en définitive, éviter la sanglante guerre civile en cours dans le Sud-est â en dépit des trêves successives, débouchant sur le double accord de Minsk des 5 septembre 2014 et 12 février 2015. En 2016, le processus de Minsk a débouché sur un « conflit gelé », ancré dans une trêve fragile et dont lâenjeu final est lâoctroi, via une réforme constitutionnelle décentralisatrice, dâune forme dâautonomie aux régions rebelles du Donbass
Un putsch nationaliste fascisant, aiguillé par lâOccident
C'est sur la base de la violation de lâaccord du 21 février, à la suite d'une douteuse « situation insurrectionnelle » â selon le terme de Jacques Sapir â organisée par des forces obscures sous bienveillance occidentale, que sera construit le samedi 22 février 2014 le coup d'Etat contre Ianoukovitch. A ce jour, lâONU â à lâinstar du Conseil de lâEurope â dénonce le retard anormal de la justice sur les dérives meurtrières à Kiev et Odessa de ce putsch nationaliste, nourri de lâidéologie de Bandera1 et précipité par les forces fascisantes â voire « carrément nazies », selon J.M. Chauvier. Pour V. Poutine, les auteurs et le scénario de ce putsch sont parfaitement connus aujourdâhui : on sait « combien ils ont été payés, comment ils ont été préparés, sur quels territoires, dans quels pays, (et) qui étaient leurs instructeurs »2. Ce putsch sera, après une courte transition politique, la condition permissive du couronnement présidentiel de P. Porochenko le 25 mai 2014, candidat pro-européen le plus apte à défendre les intérêts de lâadministration américaine, du grand capital et des oligarques rentiers de lâOuest ukrainien contre le « danger communiste ». Le rêve européen, sous verrou américain.

A terme, cette inflexion pro-européenne de lâUkraine sera le catalyseur de son rapprochement avec lâOTAN, véritable relais de la diplomatie américaine, comme lâavait anticipé Zbigniew Brzezinski : « Lâélargissement de lâEurope et de lâOTAN serviront les objectifs aussi bien à court terme quâà plus long terme de la politique américaine »3. Dans cette optique, sous pression américaine, Porochenko construira sa popularité â et sa stratégie â contre la « menace russe ». Le 14 septembre 2015, il confirme que la « menace numéro un est la Russie »4 et, par ce biais, justifie son appel à lâOTAN. Structurellement imprégnée depuis la Guerre froide, par la doctrine Brzezinski5 prônant le reflux de la puissance russe, lâadministration américaine peut avancer ses pions â et ses bases â sur lâEchiquier eurasien.
Lâobjectif de Washington en Ukraine est dâempêcher le retour de lâinfluence russe en Europe et, surtout, de sâopposer à ses velléités de domination â qui, de facto, remettraient en cause son leadership hérité de la lutte anti-communiste. Ce principe de veille stratégique sur le continent européen a été souligné par H. Kissinger comme un élément clé de la politique américaine : « Depuis que lâAmérique sâest engagée dans la Première Guerre mondiale, en 1917, sa politique repose sur lâidée quâil est de son intérêt géopolitique dâempêcher toute puissance potentiellement hostile de dominer lâEurope »6. Cette préoccupation stratégique, au cÅur de lâanalyse de Brzezinski, justifie le maintien dâune atmosphère de Guerre froide réactivant â via une stratégie de désinformation â le mythe de « lâennemi russe » en Ukraine. Elle explique le soutien américain à lâextension vers lâEst de lâespace néo-libéral européen et son intégration au bloc otanien, contre les intérêts russes. Au final, elle explique la détermination du commandant des forces alliées en Europe, Philip Breedlove, exprimée devant le Congrès américain en février 2016, à « contenir » la Russie et si besoin, à la « vaincre ». Inquiétant.
Elargie à lâancienne zone soviétique, lâEurope reste donc la chasse gardée de la puissance américaine et la pierre angulaire de sa stratégie anti-russe. Avec, en point de mire, le contrôle de lâUkraine â via un putsch « révolutionnaire ».
Une « révolution » anti-communiste, détournée contre Moscou
Lâélimination politique dâun dirigeant pro-russe démocratiquement élu mais gênant, dans la mesure où il rejetait dâune part, la logique ultralibérale de lâAccord dâassociation et dâautre part, lâemprise excessive de l'austérité européenne sous contrôle du FMI, a été lâobjectif fédérateur de la coalition anti-Ianoukovitch. A la base très hétérogène et formée dâopposants nationalistes â issus, en partie, de courants néo-nazis â, cette étrange coalition « révolutionnaire » a été in fine, soutenue puis aiguillée par les puissances occidentales sous impulsion américaine. « Washington a activement soutenu le Maïdan » a déploré Vladimir Poutine, le 16 octobre 20147 â hypothèse confirmée par lâaveu du 31 01 2015 de Barak Obama sur la chaine CNN. Progressivement, poussée par une force irrésistible, cette curieuse « révolution » national-libérale de lâEuromaïdan sâest radicalisée, avec une chasse aux « ennemis » â russes et communistes â et des dérives politiques débouchant, à partir du 15 avril 2014, sur une terrible répression dans lâEst â avec, le 2 mai 2014, le honteux massacre dâOdessa. Une conséquence ultime de cette évolution a été lâémergence de lois de « décommunisation », conduisant à lâinterdiction du Parti communiste ukrainien le 24 juillet 2015 et, par ricochet, à la sacralisation des vieux héros nationalistes collaborationnistes liés à la Waffen SS. Troublante révision de lâhistoire ukrainienne, favorisant la renaissance dâidéologies nazies portées par de redoutables groupes para-militaires. Choquant.

Tendanciellement, la « révolution » kiévienne sâinscrit dans le prolongement des « révolutions colorées » de nature néo-libérale, ciblant lâespace post-soviétique dans les années 2000 et visant à installer des dirigeants pro-occidentaux proches de Washington, donc facilement manipulables. La généralisation inconsciente de ce type de stratégie « révolutionnaire » au Moyen-Orient a été dénoncée le 20 décembre 2015 par Jeffrey Sachs, conseiller spécial du secrétariat général de lâONU : « (â¦) les Etats-Unis doivent cesser les opérations secrètes de la CIA visant à renverser ou à déstabiliser les gouvernements dans différents points du globe. »8 Le déroulement du scénario ukrainien donne l'impression d'une mécanique politique parfaitement huilée, sous l'Åil avisé de l'ambassade américaine â superviseur de la progression « révolutionnaire ».
Le rôle des organisations gouvernementales et non gouvernementales étrangères, ainsi que lâingérence surprenante des dirigeants occidentaux (J. Kerry et C. Ashton) ont été, une fois de plus, décisifs â avec les obscurs snipers du Maïdan â dans la construction du « point critique » provoquant la déstabilisation du pouvoir et la réussite finale de cette mise en scène révolutionnaire. Il ne fait plus aucun doute aujourdâhui que ces snipers sont liés à lâopposition radicale anti-Ianoukovitch et ont été intégrés â avec les milices brunes â dans la stratégie de déstabilisation du régime pro-russe. Avec, aussi, une pression « démocratique » anti-russe impulsée par le duo NEID-USAID9 â vecteur de toutes les « révolutions » post-soviétiques â via un soutien dollarisé à lâopposition ukrainienne et à la propagande occidentale, pour renforcer la « société civile ». En forte hausse, ce soutien est désormais intégré dans le budget américain en vue de financer la stratégie de « dissuasion » de la Russie sur lâespace eurasien â dépenses quadruplées dans le projet budgétaire de 2017 â, dans le cadre dâun nouveau type de guerre hybride centrée sur lâinformation. Au final, par le soft power, il sâagit dâéradiquer les valeurs soviétiques et la menace communiste symbolisée par le « dictateur » Poutine resté, selon la propagande occidentale, un « homo-soviéticus » aspirant à restaurer lâEmpire. Délirant.
Catalysée par le scénario ukrainien, la « dramaturgie médiatique occidentale »10 a fini par imposer le cliché dâune Russie prédatrice et impérialiste, ultime ennemi ressurgi de son passé communiste.
Lâoffensive politique de lâOTAN, en périphérie russe
Dans ce cadre de montée des tensions américano-russes, le retour de la Crimée dans le giron russe peut sâexpliquer comme une tentative de Moscou de garder un avant-poste stratégique face à lâavancée provocante de lâOTAN dans lâespace post-soviétique, sa proche périphérie définie comme son glacis sécuritaire. Autrement dit, la Crimée peut être considérée comme un « coup stratégique » réalisé par V. Poutine sur lâEchiquier eurasien pour y préserver ses positions et défendre ses intérêts nationaux, menacés par lâinflexion anti-russe de la diplomatie européenne. Ce coup gagnant a été rendu possible par lâextrême maladresse occidentale à lâorigine du putsch nationaliste, offrant lâopportunité au président russe â via le référendum du 16 mars 2014 â de reprendre la Crimée et, par ce biais, effacer « lâerreur historique » de Khrouchtchev en 1954.

Pour Poutine, il ne fait aucun doute que lâOTAN sous verrou américain reste fidèle à son vieil objectif de la Guerre froide de renforcer sa supériorité militaire pour infléchir lâéquilibre stratégique en Eurasie. Dans le but de justifier cet objectif et « donner sens » à son existence, lâOTAN sâest trouvé en Ukraine un « ennemi » a affirmé S. Lavrov11, le 14 avril 2016. Pour certains Etats de l'ancien bloc soviétique, l'OTAN serait devenue, selon H.C. d'Encausse, « (â¦) une alliance destinée à les protéger de la Russie, suspectée d'ambitions néo-impériales »12. Cela explique, sans doute, l'extension considérable des installations de l'Alliance dans la périphérie européenne de la Russie qui serait, selon Washington, justifiée par son « ingérence » en Ukraine. Pourtant, lâavertissement du Kremlin, lancé le 23 septembre 2015 par son porte-parole Dmitri Peskov est clair : « Toute avancée de l'Alliance vers nos frontières nous contraindra à adopter des contre-mesures pour assurer notre sécurité nationale »13. La Russie, sur la défensive.
Le 20 mai 2015, cette forme de paranoïa anti-russe, médiatiquement entretenue par la désinformation â information partielle ou mensongère â, a été illustrée par le discours alarmiste du chef du Conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien, Alexandre Tourtchinov : « La menace pour le monde qui émane aujourdâhui de la Russie demande une réaction adéquate et des actions fortes »14. Cette demande semble avoir été entendue puisque, le 23 juin 2015, le ministre de la défense américain, A. Carter, a confirmé lâinstallation « temporaire » dâarmes lourdes en Europe centrale et orientale, en réponse aux « provocations russes »15 â en violation de lâActe fondateur OTAN-Russie, signé le 27 mai 1997. Début février 2016, Carter a annoncé la multiplication par 4 de lâaide américaine à ses alliés européens en 2017, suite à « lâagression russe en Europe de lâEst ». Pour H. Kissinger, lâOTAN garde sa fonction historique anti-russe, centrée sur la protection de lâEurope : une « police dâassurance contre un nouvel impérialisme russe »16. Aujourdâhui, les dépenses militaires de lâOTAN (800 milliards de dollars) sont 11 fois plus élevées que celles de la Russie (70 milliards de dollars) et, pour cette raison, créent une dangereuse asymétrie. Cette pression psychologique surréaliste contre la Russie a, de facto, réactivé son instinct de survie structuré sous le soviétisme contre lâaxe OTAN-USA. En dépit de la récession économique â sanctionnée par le recul de 3,8 % du PIB en 2015 â, Poutine a confirmé pour 2016 la poursuite de lâeffort militaire « défensif » de la Russie, via une hausse de son budget. Les vieux réflexes, de retour.
L'Occident est allé trop loin dans son unilatéralisme stratégique et surtout, en flirtant avec les valeurs extrêmes portées par les « révolutionnaires » du Maïdan, il a franchi la ligne rouge â provoquant la réaction russe, en Crimée.
Le pivot ukrainien, au cÅur de la Guerre tiède

La crise kiévienne reflète une sorte de partie dâéchecs entre américains et russes, à travers lâopposition néo-idéologique entre axes euro-atlantique et eurasien, dont lâUkraine serait une pièce décisive â le « pivot » â, justifiant le renforcement est-européen de lâOTAN pour « résister à la pression de la Russie » selon lâaveu, début mars 2016, du secrétaire général de lâAlliance, Jens Stoltenberg. Un peu plus tard, le 17 mars 2016, A. Carter définira la Russie comme la première « menace globale » pour les Etats-Unis.
Cette crise géopolitique a enfermé lâéconomie ukrainienne dans une terrible dépression socialement destructrice, marquée en 2015 par un effondrement de 12 % du PIB et une inflation de 43 %. Cela explique le discours théâtral et opportuniste du président ukrainien, véritable hymne à lâeuro-atlantisme porté par le libéralisme dollarisé, contre lâoption eurasienne et étatiste portée par la Russie : « Nous avons besoin, comme de lâair, de lâunité transatlantique. (â¦) Câest une lutte de civilisation et pas un conflit intérieur, comme essaie de le présenter lâagresseur »17. Avec le retour, inattendu, dâun anti-communisme primaire secrété par un libéralisme fascisant. Sidérant.
Au final, cette crise traduit la renaissance de la bipolarité géopolitique dans le cadre dâune Guerre tiède, forme atténuée de la Guerre froide recentrée en zone post-soviétique sur le contrôle des espaces stratégiques â dont le pivot ukrainien.
Au prix, sans doute, dâune étrange « révolution »18.
J.G.
1Stepan Bandera (1909-1959) : dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), et un des fondateurs de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en Ukraine occidentale. Il a contribué à la création de la Légion ukrainienne sous commandement de la Wehrmacht pour lutter contre lâarmée rouge et la menace « judéo-bolchevique ». Son idéologie fasciste est reprise aujourdâhui par les ultranationalistes ukrainiens.
2« Poutine joue carte sur table à la TV américaine », 28 09 2015 â Sputnik.
3Brzezinski Z. (2000, p.255) : « Le Grand échiquier â L'Amérique et le reste du monde », éd. Hachette (1° éd. : Bayard, 1997).
4« Porochenko nomme les deux principales menaces pour lâUkraine », 14 09 2015 â Sputnik.
5Vaïsse J. (2016) : « Zbigniew Brzezinski - Stratège de l'empire », éd. Odile Jacob.
6Kissinger H. (2004, p.43) : « La Nouvelle Puissance Américaine », éd. Fayard.
7« Russie-USA : la discorde, lourde de conséquences », V. Poutine, 16 10 2014 â RIA Novosti.
8« Soucieux dâimposer la ââdémocratieââ, les USA ont déstabilisé le Proche-Orient », J. Sachs, 20 12 2015 â Sputnik.
9La déstabilisation politique des régimes pro-russes sâappuie sur des relais dâapparence démocratiques comme les structures américaines gouvernementales (USAID) ou non gouvernementales (NED). National Endowment for Democracy (NED) est une fondation privée, à gros budget, largement financée par le Congrès des Etats-Unis et irriguant une multitude dâONG pour promouvoir la démocratie dans le monde. United States Agency for International Development (USAID) reçoit sa direction politique du Département dâÃtat et vise à promouvoir le cadre démocratique et équilibré du développement dans le monde. Elle intervient pour promouvoir les objectifs â et les valeurs â de la politique étrangère américaine. Une forme de « quatrième pouvoir », catalyseur des « révolutions colorées ».
10Richard H. (2015) : « Au-delà des clichés », Manière de voir- Le Monde diplomatique, janv 2014/fev 2015.
11« Moscou ne se laissera pas entraîner dans un conflit avec lâOTAN », S. Lavrov, 14 04 2016 â Sputnik.
12Carrère d'Encausse H. (2011, p.308) : « La Russie entre deux mondes », éd. Fayard Pluriel.
13« Ukraine : les insurgés ââlibéreront le Donbassââ si Kiev adhère à lâOTAN », 23 09 2015 â Sputnik.
14« Kiev cherche à renforcer la pression internationale sur Moscou », 21 05 2015 â Sputnik.
15« Les Etats-Unis confirment lâinstallation ââtemporaireââ dâarmes lourdes dans sept pays européens », 23 06 2015 â Le Monde.fr.
16Kissinger H. (2004, p.67). Op. cit.
17« A New York, le dernier one-man-show de Porochenko », 27 09 2015 â Sputnik.
18Geronimo J. (2015) : « Ukraine : une bombe géopolitique au cÅur de la Guerre tiède », Préface J. Sapir, éd. Sigest.
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