Jâai commencé à écrire ce petit billet tout de suite après la victoire totalement méritée de lâéquipe de France de volley aux JO. Il y quelques années, en 1986 (et oui ça ne nous rajeunit pas) jâavais déjà couvert un événement plus que marquant dans lâhistoire du volley français pour le compte dâune revue de volleyball belge qui mâavait contacté étant interprète attitré de lâéquipe de France pour communiquer avec la délégation russe. Jâavais gagné cet honneur dans un concours serré face à des compatriotes de la diaspora russe à Paris, aussi passionnés que moi de volley. Jâétais heureux au-dessus de lâimaginable et je me disais que rien que pour ça valait la peine dâémigrer dans le pays de mon rêve, la France !

Mais revenons aux JO de Tokyo. Avant ce match historique jâai commencé à recevoir des messages de tous les côtés ! Un ami journaliste russe, Kiril Vichinsky, mâa envoyé une blague en demandant mes pronostics : « On va vous déchirer, dit à Paris un émigré à un autre émigré russe, Genia va sâen charger ». En effet Jenia Grebennikov a été à la hauteur. Né à Rennes, donc français comme mon fils né à Paris, il est le meilleur libéro du monde !
Ãa apporte un peu de baume à mon cÅur popovien endolori ! Mon fils était bien sûr pour Ngapeth, Antoine Brizard et Jenia, sans parler des autres.
Ces trois-là à mon humble avis sont les meilleurs joueurs du moment et jâai le droit de le dire puisque Alain Fabiani, le meilleur passeur français, et Laurent Tillie mâont à lâépoque dédicacé un ballon qui est pour moi une sainte relique ! Je suis particulièrement content que Laurent Tillie achève sa carrière en apothéose. Mais mon âme moscovite était du côté de Mikhaïlov et de Kluka, dont le nom signifie bâton de pèlerin et correspond assez bien à son physique !
Ceux qui ont suivi le déroulement rocambolesque des rencontres de Tokyo savent que les Français se sont retrouvés un peu par miracle en finale et en grande partie grâce aux Russes qui ont écrasé les Américains 3-0 et ensuite ont perdu contre la France 0-3 ! Jâai demandé son analyse à un grand expert devant lâéternel et ami intime (49 ans dâamitié sans faille) Ãric Bourdin, prof de russe et traducteur attitré pour les « légionnaires » russes des équipes de foot (Girondins) et de volley de Bordeaux. Il reste ami avec Alexeï Smertine, Vladimir Samsonov, Viktor Kozik (entraineur du JSA du Bordeaux) qui lui ont passé illico des coups de fil et des textos pour le féliciter de la victoire amplement méritée des Français ! Alors son analyse en deux lignes : les Russes ne savent pas jouer contre les Français ! En revanche, les Français le font parfaitement bien. Leur tactique contre les équipes de « costauds » (les équipes physiques comme les Russes ou les Polonais) est simple, sâils (les Russes dans notre cas précis) ne gagnent pas en trois sets, ils sâépuisent mentalement, font beaucoup de fautes, perdent confiance et alors, alors apparait une chance de les battre et les Français arrivent à profiter de cette aubaine avec ingéniosité, débrouillardise et talent !

Et comme jâai toujours dit, la France est la bête noire des Russes, adorée, vénérée, mais une bête tout de même, en sport en tout cas !
La fin du match a été pour les Russes à lâimage de ce que je viens de décrire, dâune tristesse et humiliation affligeantes.
Lâentraineur finlandais de lâéquipe russe sâappelle Tuomas Sammelvuo. Après lâattaque foirée du meilleur des Russes, Maxime Mikhaïlov, il a demandé lâimage de la balle qui était au moins trente centimètres hors de la ligne du terrain. Tous les myopes-louches qui étaient dans la salle ou scotchés à leurs postes lâont vu !
à ce moment, Ngapeth a eu un sourire mi-condescendant mi-compréhensif !

Lâentraineur russe faisait pitié, câétait un geste de désespoir, un zeste dâhumiliation en sus, comme si on en avait besoin ! Déjà sans drapeau, sans hymne, parents pauvres du sport mondial qui est devenu depuis longtemps un outil géopolitique à lâimage de toutes les sanctions de lâOccident pour mater la Russie qui a lâinsolence de défendre sa souveraineté !
Je me demande si en 1986 lâentraineur russe (Gennady Parshin) que tous les joueurs appelaient derrière son dos Otto Scartceni à cause dâune cicatrice sur la joue, aurait osé faire la même chose ? à lâépoque, les caméras nâexistaient pas. Tout dépendait des juges haut-perchés exposés à lâerreur humaine !
Et voilà que jâécris ce petit billet en regardant en même temps Don Giovanni au festival de Salzbourg 2021. Câest moderne, jâai lâhabitude. Et je ne parle pas des costumes qui se sont trompés dâépoque, des femmes et des hommes à poil et des enfants sortant à lâimproviste, des imprimantes qui descendent du ciel et des caniches quâon fait promener à travers la scène !
Remarquez que je ne change pas de chaine, vieille andouille que je suis, intrigué de voir si le metteur en scène très tendance a rajouté encore quelque chose.
Si jâavais été à Paris ce lundi je serais allé au Trocadéro vers 18 heures pour saluer les bleus ! Ils le méritent.
V.T.
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