Si lâheure est à lâunité, les questions doivent toutefois être posées quant à la gestion de la pandémie. Des confessions dâAgnès Buzyn au journal Le Monde à lâaffaire de la chloroquine, Roland Lombardi revient ainsi sur les couacs, les mensonges et les défaillances dâun exécutif qui nâa pas su anticiper la crise, et qui peine encore aujourdâhui à adopter une ligne claire.

Nous ne reviendrons pas ici sur la gestion catastrophique, depuis un mois, de la pandémie du Covid-19 par notre gouvernement. Nous ne reviendrons pas davantage sur lâarrogance et le manque total dâanticipation de lâéquipe dâ « amateurs » (et fiers de lâêtre !) qui nous gouverne.
Une condescendance et une légèreté criminelle qui ont eu pour conséquence la minimisation dâune épidémie qui annonçait pourtant une crise sanitaire sans précédent. Nous avons ainsi eu droit à une série inouïe dâincohérences irresponsables, dâhésitations et de cafouillages marqués par des déclarations de ministres en décalage avec la réalité.
Rappelons que pour voir enfin sâappliquer des mesures concrètes, jusquâau lundi 16 mars et à la déclaration présidentielle sur le confinement, il ne sâest presque rien passé... !
Jusquâà cette date (soit plus dâun mois après lâalerte chinoise !), il y a eu, il est vrai, quelques interdictions de certains rassemblements, mais paradoxalement le maintien, en pleine crise, des matchs de football avec des équipes italiennes.
Aucune annulation des vols provenant de Chine, toujours pas de fermeture des frontières et aucun contrôle sanitaire dans les aéroports !
Puis des appels à la « distanciation » sociale et à la prise de conscience des Français alors que les élections municipales étaient maintenues le dimanche 15 mars !
Ne parlons pas non plus du manque fatal de lits en soins intensifs (3 lits d'hôpitaux pour 1.000 habitants contre 6 en Allemagne, dâoù peut-être le nombre de décès beaucoup moins élevé outre-Rhin) à cause dâun système hospitalier cassé par des décennies de réorganisation technocratique de la santé publique.

Nâévoquons pas non plus le manque impardonnable de gel hydro-alcoolique, de respirateurs artificiels, de tests de dépistage (réservés principalement à des personnalités publiques alors que lâAllemagne effectue sur lâensemble de sa population 500 000 tests par semaine !) et bien sûr la pénurie de masques de protection pour les soignants, la police et la population. Masques qui un jour « ne servent à rien », puis redeviennent, le lendemain, indispensables et de nouveau inutiles le surlendemain, ce qui amènera, lors dâun point presse, le professeur Salomon, directeur général de la Santé, à inviter solennellement les particuliers à ramener leur éventuel surplus de masques dans les services hospitaliers !
Devant tant dâincohérence, on croit rêver !
Illustration, malheureusement, du fait que notre pays était en train de se « tiers-mondiser »! Si on ajoute à cela, les nombreux couacs gouvernementaux, les injonctions contradictoires, les opérations de communication foireuses et les déclarations ubuesques de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, les Français ont de quoi sâinquiéter...
De Buzyn
à la chloroquine : des défaillances qui relèvent
du scandale
dâÃtat
Au final, la seule mesure, certes efficace mais prise dans lâurgence et la précipitation par nos responsables, a donc été lâassignation à résidence de tout un peuple !
Ce fameux confinement qui, dans la droite ligne de ce gouvernement, toujours aussi fort avec les faibles mais lamentablement faible avec les forts, ne concerne bien évidemment pas les « racailles »â des quartiers sensibles. Pour Laurent Nuñez, le secrétaire dâÃtat du ministère de lâIntérieur, ces zones « ne sont pas une priorité », la police ayant reçu lâordre de ne pas y intervenir pour ne pas créer de problèmes â¦

Et puis il y a les récentes déclarations, dans les colonnes du Monde, de lâancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, sur ses avertissements non entendus par ses collègues â¦
Des plaintes de médecins contre le Premier ministre et lâex-ministre ont ainsi été déposées, auxquelles vont sâajouter des commissions dâenquêtes parlementaires qui ne manqueront pas dâêtre diligentées par lâopposition... Car les manquements graves, comme les mensonges à répétition (sur le nombre de morts, les tests, les masques...) et les défaillances de lâexécutif font malheureusement partie dâune liste non exhaustive qui relève du scandale dâÃtat !
Il y a enfin lâaffaire de la Chloroquineâ¦
Cette molécule, utilisée depuis près de 70 ans contre le paludisme - dont les effets secondaires sont parfaitement identifiés et maîtrisés -, associé à un antibiotique, serait efficace pour venir à moindre coût à bout du Covid-19. Câest ce quâaffirme depuis plus dâun mois lâinfectiologue et professeur de microbiologie Didier Raoult, fondateur de lâInstitut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille. Le traitement intéresse en effet de nombreux pays dâAsie ainsi que lâInde, le Maroc, le Sénégal, lâArabie saoudite, Israël et même les Ãtats-Unis, où Trump essaie de l'imposer à son propre establishment...
La Russie, quant à elle, vient d'annoncer qu'elle adoptait comme traitement thérapeutique de base contre le virus, un autre antipaludéen...
Mais voilà , en France, au plus haut sommet de lâÃtat, le protocole de soins du savant marseillais (qui préconisait également un dépistage massif et généralisé plutôt quâun confinement général) a été loin de faire lâunanimité.
Nous avons ainsi assisté à une véritable levée de boucliers de la part de la haute fonction publique et des conseillers scientifiques dâEmmanuel Macron. Devant les hésitations, les tergiversations et la polémique grandissante, le professeur Raoult a fini par claquer la porte du Conseil scientifique le mardi 24 mars.

Dans le même temps, il était la victime dâune campagne de diffamation relayée par certains médias mainstream et les instances médicales parisiennes, ainsi que dâattaques sur sa personne (il a été menacé de mort !).

Ce que nous savons pourtant tous désormais, câest que le savant de 68 ans est loin dâêtre un « charlatan » ou un « fou furieux » comme on voulu le faire croire certains de ses détracteurs, dâailleurs souvent proches du pouvoir. Iconoclaste, aux allures de druide gaulois «réfractaire», tout droit sorti dâun album du regretté Uderzo, Didier Raoult est connu pour ne pas mâcher ses mots ! Sorte de « Dr House » cynique et hautain, il est surtout, quoi quâon en pense, lâun des plus grands infectiologues de la planète, une sommité mondiale dans son domaine. Une véritable « star ».
Cloîtrés chez eux et légitimement paniqués, des centaines de milliers de Français ont rejoint les dizaines de groupes créés sur Facebook pour défendre et soutenir lâexpert marseillais, véritable catalyseur de leurs espoirs. Des pétitions ont même vu le jour. Des médecins et des élus, notamment du Sud, traités par le protocole de Raoult, sont montés au créneau pour convaincre Matignon et l'Ãlysée. Philippe Douste-Blazy, docteur en médecine, ancien ministre de la Santé et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, a lancé un appel solennel au président afin quâil permette « à tous les médecins français, quâils soient hospitaliers ou libéraux, de prescrire, sâils le souhaitent, en leur âme et conscience, [de lâhydroxychloroquine] aux malades atteints de Covid-19, sachant que plus tôt le traitement sera donné, plus il sera efficace ».
Pourtant, à lâheure où sont écrites ces lignes (le 28 mars), nos responsables politiques auront eu bien du mal à trancher de façon claire quant à son utilisation ...
Alors que les urgences sont de plus en plus saturées et que le nombre de morts grandit chaque jour, le gouvernement démontre, ainsi, une fois de plus, toute son impéritie.

En temps de « guerre », comme le dit si bien notre président, ne faut-il pourtant pas faire preuve de réactivité, de pragmatisme et surtout dâefficacité ?
Avec le scandale de la Chloroquine, nous assistons une nouvelle fois à une gestion erratique et à dâimpardonnables cafouillages. En effet, le traitement de Raoult a été dâabord fortement critiqué par les autorités françaises alors quâaucun autre remède nâétait proposé. Puis, dans le cadre du programme Discovery, chargé de tester tous les remèdes potentiels contre le COVID-19, le délai accordé à lâétude de la molécule du professeur a été timidement réduit de 6 à 2 semaines. Ensuite, le 25 mars, le lendemain de son départ avec fracas du Conseil scientifique, Emmanuel Macron (sur les conseils de son épouse, Brigitte !!!) lâa rappelé!

Ainsi, le 26 mars, un décret était publié au Journal officiel (JO), autorisant la prescription de chloroquine aux malades du Covid-19 dans les établissements de santé. Or, nouveau rebondissement 24h plus tard, le gouvernement décide finalement de rectifier son texte !
Au final, dâaprès le nouveau décret, si l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ritonavir peuvent toujours être prescrits par les établissements
de santé recevant des personnes infectées au coronavirus, cette médication ne pourra désormais se faire quâ« après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut conseil de la santé publique et, en particulier, de l'indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d'une défaillance d'organe» !
Lâombre dâun puissant laboratoire américain ?
La France est-elle la victime dâune bureaucratie sclérosée par de hauts fonctionnaires hors sol ? Y a-t-il un mépris de la part de certains experts parisiens envers leurs collègues de province ? Existe-t-il un conflit dâego ou de personnes ? Il est vrai que les rapports confinent à la détestation entre lâirrévérencieux microbiologiste marseillais, Agnès Buzyn et son mari Yves Lévy, longtemps aux commandes du ministère de la Santé et de lâInserm, lâInstitut national de la santé et de la recherche médicale, lâestablishment médical par excellence qui avait retiré son label à lâIHU de Marseille...
Ou alors, plus grave, sommes-nous les victimes de conflits dâintérêts ou de pressions sur l'Ãlysée venant des puissants groupes et laboratoires pharmaceutiques qui voient dâun mauvais Åil lâutilisation dâun traitement peu onéreux pouvant faire de lâombre à un futur vaccin, plus cher et donc plus lucratif ?...

Sur ce point, lâancien haut fonctionnaire et essayiste, Eric Verhaeghe, a évoqué dans une récente enquête [1], la main dâun puissant et influent laboratoire américain, Gilead Sciences, qui Åuvrerait en coulisse afin de promouvoir le Remdesivir, un antiviral actuellement testé dans le cadre de l'essai clinique Discovery...
Gilead, inscrit officiellement comme lobbyiste à lâAssemblée Nationale, aurait dépensé sur les 7 dernières années près de 65 millions $ pour asseoir son influence en France, tant auprès des praticiens que des institutions...
Didier Raoult et son IHU Méditerranée, dont le budget annuel est dâà peine 75 millions â¬, ne ferait donc clairement pas le poids face aux 100 milliards $ de capitalisation boursière, aux 22 milliards $ de chiffre dâaffaires et aux 5 milliards $ de résultat net du géant pharmaceutique américain.
Macron, pas vraiment un chef de guerre
Si les principales qualités dâun bon chef sont sa résistance aux pressions, sa faculté à bien sâentourer, une forte capacité décisionnelle et enfin, son courage et son audace à bousculer, surtout en temps de crise, les pesanteurs administratives, force est de constater que notre président a pour lâinstant tout faux !
Récemment, Emmanuel Macron a déclaré quâ« on se souviendra de ceux qui nâont pas été à la hauteur »... Pense-t-il ne pas figurer sur la liste ?
On dit que le ridicule ne tue pas. Câest pourtant bel et bien ce quâil est en train de faire ... Ainsi, aujourdâhui plus que jamais, lâexécutif semble naviguer à vue. Les Français ont légitimement de moins en moins confiance en lui, réalisant que le Covid-19 est peut-être finalement moins dangereux que ses actions erratiques !
Rassurons-nous. Dans le passé déjà , les responsables français ont toujours eu une guerre de retard comme au tout début de la Grande Guerre ou encore lors du fameux désastre de juin 1940.
Toutefois, la France a toujours surmonté les drames et les épreuves. Parfois avec des leaders providentiels mais souvent grâce aux « derniers maillons de la chaîne ». Ainsi, malgré le manque flagrant de moyens et de stratégie claire, câest de lâabnégation de nos soignants et de la qualité de nos scientifiques que viendra sûrement notre salut.
R.L.
RÃFÃRENCE
1. https://lecourrierdesstrateges.fr/2020/03/28/laffaire-didier-raoult-est-elle-une-nouvelle-affaire-black-rock/?fbclid=IwAR33UpguCKftaNg7qwiQgBhh_Dt86iYadKsfRzV6n3mgrY5iqxwGmHNGGHo
Partager cette page