DÉCEMBRE 2019 -
JANVIER 2020

Noël contre les « fêtes de fin d’année »…

par François-Joseph HENRY

Que les pouvoirs publics s'abstiennent de mentionner spécifiquement Noël, notamment dans leurs communications de fin d'année, à la limite cela s'explique prioritairement par l'existence d'une loi qui les oblige à cette neutralité. C'est une chose. Mais lorsque des marques privées, des groupes, commerces, enseignes connues, etc., suppriment la mention Noël, ne parlent plus que de « fêtes de fin d'année », ils n'y sont contraints par aucune loi spéciale.
C'est de leur propre initiative qu'ils suppriment Noël et par conséquent la dimension religieuse et christique de cet évènement. La question est : pourquoi ?
Nous avons l’habitude d’y répondre par une explication strictement politique, anticléricale, athéiste, maçonnique, républicaine, etc. Il est incontestable que cette explication est crédible et d’ailleurs confirmée par une interminable litanie d’exemples concrets qui en témoignent. Les propos, citations et extraits de textes signés de responsables politiques de ces cent-cinquante dernières années, ou de penseurs, activistes ou philosophes ayant inspirés la classe politique, ne manquent pas et confirment que la volonté d’effacer le christianisme, en plus de n’être pas dissimulée, a longtemps été revendiquée. Il existe une autre explication, qui ne retire rien de sa vérité à la précédente mais qui ne doit pas être occultée, entre autres parce que la connaissance de son existence permet de préciser une vue d’ensemble de la situation, condition nécessaire à la définition ensuite de solutions plus précises et plus efficaces. La pensée antimoderne fait de la dénonciation du libéralisme et du consumérisme un élément central de sa critique — à juste titre — ; pourtant une proportion importante des personnes acquises à cette pensée cesse subitement de voir l’immédiate influence de ce consumérisme dès que l’élément politique s’ajoute, et en s’ajoutant éclipse tout le reste.
Or il n’est pas pertinent de voir les ravages de la société de consommation toute l’année, pour subitement n’en plus rien faire à l’approche de Noël où tout deviendrait purement politique, au moment pourtant où justement le consumérisme est poussé à son paroxysme.
Nous voudrions à tout prix que la disparition de la mention Noël et son remplacement par l’expression « Fêtes de fin d’année » s’explique uniquement par le combat antichrétien mené par les élites politiques de ce pays. Sans nier que ces élites sont effectivement à la manœuvre, il faut aussi comprendre que toutes les personnes qui travaillent dans les milieux économiques et commerciaux, dont le métier est de vendre des choses ou des services, n’ont pas nécessairement de liens même lointains avec les loges maçonniques qui leur fourniraient des feuilles de route avec instructions et consignes antireligieuses. La majorité de ces professionnels, formés et même dressés à ne voir dans l’être humain qu’un acheteur en puissance, sont davantage inspirés par le désir carriériste de faire fructifier des courbes de vente, d’augmenter des recettes, d’enrichir une entreprise de qui ils attendent des avancements et des primes.
Pour ces raisons notamment, le passage à la nouvelle année a été érigé en évènement, impliquant mécaniquement un accroissement de la consommation. Le projet libéral de consumérisme total est de faire de chaque évènement un motif d’accroissement de la consommation et de chaque sous-évènement un évènement un part entière.
À quelques jours d’écart, nous avons donc Noël et le passage à la nouvelle année, soit deux évènements qu’il importe aux libéraux d’englober dans un même ensemble festif et consommateur, d’où l’émergence de l’expression « fêtes de fin d’année », qui est une pirouette psychologique, presque subliminale, destinée à maintenir le consommateur dans un état de tension consumériste constant jusqu’au 31 décembre.
La crainte des milieux commerciaux est qu’une fois passé le réveillon de Noël, la population ramène ses habitudes consommatrices à un niveau « normal », disons de tension basse. En conditionnant son esprit à l’idée que l’évènement n’est pas simplement Noël, circonscrit dans le temps, mais bien un ensemble festif qui va jusqu’au 31 décembre, les milieux commerciaux repoussent le moment où elle retombera à un degré plus faible de dépenses.
J.S.

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