OCTOBRE 2018

Julien, le petit écologiste…

par Jean-Marc TRUCHET

Bonjour, je suis Julien, le petit écologiste. Voilà ce qui m’amène…

Figurez-vous que j’ai construit ma maison dans la commune de Fleury les Pâquerettes, une agglomération qui compte environ 25 000 habitants et que tous les jours ouvrables je dois prendre ma voiture pour me rendre à mon travail ce qui fait tout de même 50 kms aller et retour. Cela ne paraît rien mais à la fin du mois, ce trajet représente près de 1 000 kms et c’est pas écolo du tout sans compter que je ne suis évidemment pas le seul sur la route.

Pour tout dire, j’envisage de m’acheter une voiture électrique d’autant qu’avec les deux aides cumulées, soit celle de l’État et celle de la région, cela fait 10 000 Euros d’économisés ! Ce n’est pas rien. Ce qui me motive aussi pour cette acquisition c’est que la municipalité vient de céder des terrains pour installer des éoliennes. Suivant le dernier bulletin municipal, il y aurait dix machines dernier modèle pour une puissance totale de 25 MW ce qui fait, si je ne me trompe pas, 25 000 kW.

J’en déduis comme le dit notre maire que ces éoliennes pourraient alimenter tous les habitants de la commune.

Personnellement, je trouve que c’est une bien bonne chose car nous pourrons enfin disposer d’énergie électrique vraiment écologique, qui ne pollue rien. D’ailleurs, je n’ai jamais eu confiance dans les centrales nucléaires c’est pourquoi notre association a toujours lutté pour la disparition de celles-ci au plus vite.

En tout cas, comme nous sommes quatre à la maison, cela fera enfin une consommation d’électricité vraiment verte et renouvelable pour tout le monde ! 

Mon voisin Adrien n’est pas de cet avis. Selon lui, je suis comme beaucoup de gens qui expriment d’abord leurs sentiments, je ne réfléchis pas jusqu’au bout des choses et je finis par raconter n’importe quoi. Tout cela sentirait très fort l’argent ce qui nous coûterait cher et n’aurait rien d’écologique. Quant à la voiture électrique, il m’a aussi rappelé que les aides de l’État c’était nos impôts que tout le monde paie pour une minorité qui peuvent acheter ces véhicules.

Bon d’accord, moi je le laisse dire, chacun peut bien penser ce qu’il veut mais franchement, je ne vois pas où est le problème avec les éoliennes ! D’ailleurs, si le gouvernement veut arrêter des centrales nucléaires quand il y aura assez d’éoliennes, j’estime que l’on ne peut pas être contre. En plus, ceux qui prennent les décisions sont tout de même entourés de spécialistes qui ont étudié ces choses ! Ce qui m’étonne d’ailleurs c’est que cela ne soit pas déjà fait car justement, utiliser la force du vent pour produire de l’électricité, c’est bien le b a ba…

Une fois de plus, il n’est pas difficile de deviner quels sont les lobbies qui sont derrière le nucléaire ! On nous a bien expliqué cela dans de nombreux médias !..

Tiens, dans la boite à lettres, je récupère un prospectus qu’a dû déposer mon voisin Adrien et qu’est-ce que je lis ?.. Il vient de créer une association contre ce projet. Il ne manquait plus que cela ! Il organise même une conférence la semaine prochaine. Alors là, j’y vais avec des copains et ils vont nous entendre, d’autant que cette installation va rapporter pas mal d’argent à la commune qui en a bien besoin, justement en cette période où les subventions baissent un peu pour tout.  

*

Deux semaines plus tard…


Ah !.. Il y avait du monde et moi qui pensais qu’il y aurait une majorité pour soutenir ce projet, eh bien, j’ai dû déchanter, c’est même le contraire… J’ai pris plein de notes qu’il faut que j’étudie car il y aurait peut-être certains points qui m’auraient échappé...

Cela m’étonne pourtant car suivant mon copain Bernard qui est le président de notre association, on nous a pourtant bien expliqué les avantages de ces énergies renouvelables, a priori tout de même évidents !

Bref… Adrien a dit que parler de puissance installée n’avait pas de réel intérêt car la production d’énergie électrique dépend directement des conditions aérologiques. Il ne faut donc tenir compte que de la production annuelle d’électricité car la puissance installée c’était de la poudre aux yeux. Quant aux 25 000 kW, si l’on divise par le nombre d’habitants de la commune, en théorie cela fait 1 kW chacun mais sur lequel on ne peut pas compter à tous moments, loin de là.  

Ça, je ne peux pas dire le contraire car j’ai pu le vérifier sur le site Internet même d’EDF où il est indiqué que les éoliennes fonctionnent 80 % du temps à puissance variable. Par conséquent, les arguments du maire ne sont alors que partiels.

Ensuite, selon les statistiques officielles communiquées par Réseau de Transport d’Électricité (RTE), fin 2016 la France disposait de 11 600 MW éoliens installés mais qui n’ont produit que 20.70 millions de MW/h d’énergie électrique. Autrement dit, si l’on divise cette production par la puissance installée, c’est comme si les éoliennes n’avaient tourné que 20 %, de leur temps à pleine puissance et rien de plus, ce qui est très peu et ne fait jamais que 1/5 de l’année.

Bon !.. Effectivement, sur ce point mon voisin Adrien a raison. Si je comprends bien, cela voudrait également dire qu’il faut diviser par 5 cette puissance éolienne installée en France ce qui donne 11 600 MW : 5 = 2 320 MW en équivalent annuel pleine puissance.

C’est vraiment pas beaucoup et ça change tout !..

Je dois reconnaître que tout à coup je suis devenu perplexe…

Mais alors, il en serait de même pour notre affaire de Fleury les Pâquerettes … Si on divise par 5 comme dit Adrien, les 25 000 kW ne seraient en réalité que 5 000 kW pour trouver la production électrique réelle de ces machines ! Ce n’est donc pas la même chose que présenté dans les prospectus du maire qui devrait tout de même savoir de quoi il parle. C’est quand même fondamental !

Si je calcule bien, puisque nous sommes quatre à la maison cela donne :

5 000 kW : 25 000 habitants = 0.20 kW, soit 200 W par habitant c’est-à-dire pour un foyer de quatre personnes comme le nôtre, tout juste 0.80 kW, soit 800 W au plus, de quoi alimenter l’éclairage, le réfrigérateur, le congélateur et un ordinateur. Il n’est donc pas question de la machine à laver le linge ou du lave-vaisselle et encore moins du four de la cuisine. Eh bien, je ne suis pas près de recharger les batteries de ma voiture électrique !..

Dur, dur… Qu’est-ce qu’il a également dit le Adrien ?.. Ah, oui… Que l’énergie éolienne n’avait rien d’écolo et que c’était une affaire déguisée d’argent car on fait ainsi travailler plusieurs grands lobbies comme celui du pétrole, de la chimie, du ciment, de la métallurgie, du transport, etc. Il est vrai que j’ai appris pas mal de choses et que je n’avais pas pensé à tout cela mais je ne dois pas être le seul !..

Il a commencé par les pales en expliquant qu’elles sont fabriquées à partir de matériaux composites à base de fibres de verre, de fibres de carbone, de mousses et de résines synthétiques avec leurs durcisseurs et que d’une manière ou d’une autre à l’origine tout ceci utilisait du pétrole puis faisait fonctionner l’industrie de la chimie. Que cela représentait des dizaines de milliers de tonnes de matériaux dont on ne saura pas quoi faire dans 20 ou 30 ans, peut-être moins car on n’arrive pas à connaître la durée de vie de ces matériels.

Que c’était la même chose pour les peintures que l’on oublie.

Que si l’on pouvait recycler les mats en acier qui représentaient aussi des dizaines de milliers de tonnes partagées entre eux et les massifs en béton armé, ces derniers resteront toutefois dans le sol lorsque ces éoliennes arriveront au bout de leur vie.

C’est vrai que je ne peux pas lui donner tort…

Après, il a enchaîné concernant les contrats signés qui selon lui sont des affaires à risque car ils sont évidemment à l’avantage de l’exploitant, en particulier à travers des baux emphytéotiques mais il n’y aurait pas que cela.

Quant à ce qui est de la déconstruction et de l’élimination des déchets qui en seront issus, ils ont toutes les chances de rester à la charge du propriétaire du terrain sur lequel sont installées ces machines, autrement dit, en ce qui nous concerne, de la commune et donc du contribuable que je suis au même titre que les autres.

Alors là, je me suis levé et j’ai dit qu’il fallait tout de même faire quelque chose... Même si les éoliennes n’étaient pas l’idéal, j’ai évidemment parlé des panneaux solaires photovoltaïques d’autant qu’à Fleury les Pâquerettes, beaucoup de gens en ont installés ce qui fait un complément à l’énergie électrique éolienne.

Certains disent même avoir gagné de l’argent !

Bref, j’ai fait rire Adrien qui m’a répondu qu’il fallait également relativiser car c’était encore moins performant que mes moulins à vent !

En reprenant le même calcul qu’il avait fait à partir des statistiques de RTE pour 2016, il nous a montré que ce n’était pas par 5 qu’il fallait diviser la puissance installée mais par environ 7 pour arriver à la production électrique annuelle réelle et encore à condition que les panneaux restent propres ce qui est une autre affaire. Ensuite, il nous a aussi expliqué comment les cellules puis les panneaux étaient fabriqués ce qui n’a rien d’écologique du tout, d’autant que 30 à 40 % du lingot de silicium d’origine qui est fondu dans un four chauffé au fuel, au gaz ou à l’électricité retournent à l’état de déchet après découpage des cellules mais qu’avant cela des fusions il y en avait plusieurs.

Enfin, il nous a dit que les cellules vieillissaient si bien que suivant leur qualité, au bout de 20 ans elles peuvent avoir perdu entre 20 et 30 % de leur capacité de production si bien qu’à terme, pour éliminer les panneaux, il faudra faire appel à une société spécialisée ce qui ne sera pas forcément gratuit. Quant au recyclage, personne ne dit quelle est la quantité d’énergie consommée et que pour les pales d’éoliennes, il n’existe rien de satisfaisant à ce jour. 

Pour terminer, il nous a fait un petit calcul tout simple tenant compte de l’amortissement financier durant 20 années d’une installation moyenne de panneaux photovoltaïques, par exemple 3 kW de puissance efficace maximale. Pour cela, il a considéré la taxe que chacun paie pour les énergies renouvelables, la fameuse CSPE, les aides de l’Etat qui sont en réalité nos impôts, l’argent que l’on doit investir y compris l’emprunt bancaire pour l’installation, les frais de déconstruction et ce que nous économiserons réellement par rapport à ce que nous pourrions consommer comme électricité directement vendue par EDF depuis son réseau.

Pour finir, il a ajouté qu’en cas d’incident durant la vie de l’installation, le dépannage coûte généralement très cher sans aborder le risque incendie car plusieurs maisons ont déjà brûlé à cause d’installations défectueuses ou d’incidents au niveau des panneaux photovoltaïques.

Effectivement, on comprend tout de suite que pour être rentable, il faut produire beaucoup d’électricité par ses propres moyens. Quant à revendre de l’électricité à EDF avec réel bénéfice durant ces 20 années, c’est encore autre chose… 

Franchement, il faut reconnaître que ce qu’a dit Adrien jette le trouble et laisse à réfléchir, d’autant plus qu’il cite bien ses sources que nous pouvons tous vérifier.

Je comprends maintenant pourquoi il y a autant de contestation et même d’associations contre des installations un peu partout de ces moulins à vent qui parfois défigurent certains paysages !

J’ai même lu qu’un président de régions commençait à se poser des questions à ce sujet...

Pour finir, je me demande si quelque part, on ne se ferait pas un peu avoir car sous couvert d’écologie et de réchauffement climatique ça sent vraiment très fort l’argent du contribuable et les lobbies mais après tout, ce n’est peut-être pas une surprise…

J’ai bien fait d’aller à cette réunion car l’on en sait jamais assez et il est important de connaître les arguments des uns et des autres avant de se faire une opinion. Encore une fois, faut-il réfléchir jusqu’au bout des choses et accepter de remettre en cause ses propres certitudes ce qui n’est pas évident pour beaucoup de personnes qui ne veulent pas se poser les vraies questions et qui continuent ainsi dans leurs illusions.

Grâce aux éoliennes, j’avoue que lorsque le maire nous dit que cette installation allait rapporter beaucoup d’argent à la commune, à vrai dire cela m’a surpris car c’était manifestement son principal argument mais de ces moulins à vent qu’en fera-t-on après ?

De toute manière, comme beaucoup d’autres élus à tous niveaux et pas qu’à Fleury les Pâquerettes, dans 10 ou 20 ans ils ont toutes les chances de ne plus être au pouvoir pour assumer leurs responsabilités en cas de problème.    

Ne se ferait-on pas un peu manipuler ?.. Je me pose la question…

Quelle époque ! Je me demande également si nous allons pouvoir nous en sortir un jour car en réfléchissant bien on constate que depuis la mine jusqu’à la déconstruction de ces fameuses énergies renouvelables, le passage par les puits de pétrole paraît incontournable !..

Écolo et non écolo, nous vivons tous sur la même planète et il n’y aura pas de plan B si nous continuons à prélever comme nous le faisons dans nos ressources naturelles puis à détruire notre environnement.

Il nous faut donc trouver des solutions vraiment naturelles qui n’assureraient pas que la croissance des indices boursiers. Cela existe pourtant mais n’est pas gagné dans notre modèle de société. Toutefois, en s’y mettant tous, chacun à son petit niveau, nous pouvons y arriver, déjà en commençant par éviter de gaspiller malgré toutes les incitations pour cela !.. 


J-M. T.

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