AOÛT-SEPTEMBRE 2019

Anna Akhmatova. Poète dans le tourbillon (2nde partie)

par Graham HARRISON

Ce n’est pas le nombre de ses amants qui a rendu célèbre Anna Akhmatova mais le fait qu’elle avait su maîtriser la forme poétique et s’était consacrée à sa Muse à l’heure la plus désastreuse que vivait la nation russe. Pendant ses années d’écolière à Tsarskoye Selo elle s’occupait déjà à traduire ses vers favoris du français : sa vie de jeune femme s’était exprimée tout naturellement dans la poésie.
La première étape de la révolution russe se termine avec la mort de Lénine en 1924. A partir de ce moment la « terreur » qui avait fait partie de la stratégie de Lénine (pour supprimer ceux qui résistaient aux projets, aux méthodes et à l’idéologie des révolutionnaires) régna en permanence sur la totalité du territoire au moyen d’une machine : le parti communiste triomphant sous le contrôle de Staline. Les théoriciens communistes de cette époque s’opposaient à Anna et à sa « préoccupation de soi » : ils demandaient que la littérature, comme tous les arts, soient une motivation pour le peuple à s’appliquer plutôt aux tâches politiques et sociales. (On remarque que les arts graphiques et la peinture de cette époque « entre les deux guerres » se distinguent – pas seulement en Russie – dans le genre de l’affiche et de la publicité.) Les artistes devaient souvent se soumettre pour vivre. En tout cas Anna appartenait à la classe bourgeoise des propriétaires de l’ancien régime – laquelle il fallait éliminer. A partir de 1929 il devenait absolument impossible que les poèmes d’Anna Akhmatova soient publiés dans le nouvel état communiste. Elle composait ses poèmes dans sa tête – tout signe d’écriture étant compromettant. Par contre elle avait trouvé une vocation : elle allait traduire en russe les œuvres de poètes étrangers. La nouvelle Union soviétique avait incorporé des nations multiples avec leurs langues diverses. Anna était bien placée pour apprendre d’autres langues : elle traduisait du polonais, du serbe, du roumain, de l’ukraïnien, du lituanien, du letton, du tatar, de l’ossétien, du georgien, de l’arménien, du bulgare, du tchèque ; sans parler du français, de l’italien, du chinois et du coréen classique. Elle lisait Shakespeare – bien entendu – en anglais.
À cette époque, surtout après 1921, il y avait un grand exode des russes qui cherchaient une nouvelle vie en Europe de l’ouest et aux États Unis. On avait essayé de persuader Anna de partir : sa renommée comme poète de premier rang, disait-on, lui garantirait le succès dont le nouveau régime soviétique allait la priver. Anna refusa catégoriquement d’abandonner son pays. Le monde naturel se montrait radieux et joyeux ; il y avait dans le peuple une confiance profonde : la Russie, en dépit de sa misère, pourrait embrasser un avenir si longtemps souhaité. Elle dédia ce poème à Natalia Rykova [1] :

On a tout trahi, pillé, liquidé.
L’aile de la mort nous a touché.
La famine avale tout espoir.
D’où vient donc cette lumière ?

Le jour, on sent le parfum des cerises
de quelque jardin inconnu là-bas ;
la nuit, des nouvelles constellations
éclairent, ce juillet, les cieux profonds :
Et une merveille, déjà proche,
surprend les maisons laides, délabrées ;
personne, personne n’en est conscient
et on l’attend depuis un bon cent ans.

Все расхищено, предано, продано,
Черной смерти мелькало крыло,
Все голодной тоскою изглодано,
Отчего же нам стало светло?

Днем дыханьями веет вишневыми
Небывалый под городом лес,
Ночью блещет созвездьями новыми
Глубь прозрачных июльских небес, -

И так близко подходит чудесное
К развалившимся грязным домам…
Никому, никому неизвестное,
Но от века желанное нам.

Elle nourrit l'espoir d’un avenir béni : c’est une idée de longue date qui caractérise la Russie et s’inscrit surtout dans le mouvement des « slavophiles » au milieu du XIXème siècle. Les slavophiles tenaient les peuples “occidentaux” pour fatigués, rongés par le scepticisme, tandis que la Russie avait une vocation unique au monde qu’elle devait poursuivre. Cette profonde confiance en la Russie trouve son expression classique dans la parole du poète Tchiouttchev (1803-1873)[2] :

La Russie, on ne la comprend pas
à partir d’idées exogènes.
La mère patrie se montre en une seule espèce :
elle fait appel à notre foi.

Умом Россию не понять,
Аршином общим не измерить.
У ней особенная стать,
В Россию можно только верить.

On peut vérifier, en quelque sorte, l’influence de cette idée même dans le monde politique de nos jours ; et quant au début du vingtième siècle il va sans dire qu’une forte confiance en l’avenir devait alimenter l’élan de la révolution russe et les efforts surhumains qu’elle demandait. On se rappelle la prière de Max Volochine (1920) qui exprime son espoir en une Russie future « qui un jour s’élèvera en justice, en sortant du sang des batailles, … de la haine, des crimes, des frénésies. » [Из крови пролитой в боях, … из ненавидящей любви, из преступлений, исступлений, возникнет праведная Русь.] L’esprit d’Anna Akhmatova se concentre donc autour de cette foi profonde en sa patrie ; son patriotisme et son besoin de retrouver le fils (Lev) qu’elle avait à peu près “perdu” lui ont donné un motif plus ample pour vivre.
Comment diffère la vie d’Akhmatova de celle de Marina Tsvetaïeva [3], contemporaine et poète de rang égal ?
L’une va accomplir sa destinée jusqu’à soixante-seize ans, et l’autre va se donner la mort à l’âge de quarante-huit ans (en 1941). Elles auront la même expérience d’être évacuées, pendant la guerre, dans la petite ville de Yelabuga (sur le fleuve Kama, république Tatarstan), lieu où Tsvetaïeva se pendra.
Comme l’exprime Korney Tchoukovsky en 1988 : « Anna Akhmatova est la dernière et la seule poète de l’orthodoxie. Elle possède quelque chose de l’esprit russe très ancien, très vieux. Même s’il n’y avait pas dans son œuvre une seule mention de Dieu, on savait bien qu’elle était profondément croyante. »[4]
En 1934, quand sa liaison avec Pounine s’inclinait lentement à son terme, Anna écrit ces lignes à son amant :

Ma maison en ruines – j’y lève un verre ;
je porte un toast à ma vie dissolue ;
et à notre isolement réciproque.
Je bois à toi
et aux lèvres menteuses qui m’ont trahie
et à tes yeux froids et fatals :
Je bois aux cruautés de ce monde grossier
Et parce que Dieu n’est pas venu m’en sauver.

Я пью за разоренный дом,
За злую жизнь мою,
За одиночество вдвоем,
И за тебя я пью, --
За ложь меня предавших губ,
За мертвый холод глаз,
За то, что мир жесток и груб,
За то, что бог не спас.

Seule la croyante Akhmatova aurait pu écrire cette dernière ligne.
Le prochain « tremblement de terre » s’annonça en 1939 : ce fut le pacte Nazi-soviétique et, peu après, l’invasion de la Pologne par l’armée allemande. Tout d’un coup la situation d’Anna s’améliora : en 1940 elle fut admise dans l’Union des écrivains soviétiques de Leningrad. En février elle signa un contrat pour une série de ses poèmes : elle se verra publiée après quinze ans de proscription. Quoique « son grand talent » comme écrit le romancier Fadeïev [5] (alors secrétaire de l’Union des écrivains de l’USSR) « manifeste une certaine incongruité avec notre ère », la « bourgeoise » de l’ancien régime était devenue (pour bien peu de temps) un joyau du renouveau. Signe de l’importance d’Akhmatova : le conseil du parti communiste de Leningrad ordonne qu’elle soit évacuée à Moscou. Elle était devenue un trésor qu’il fallait éloigner de la cité menacée alors par les allemands.[6] Beaucoup d’intellectuels et d’artistes durent prendre la route de l’est.[7]
Un des poèmes qui ont vu le jour à cette époque traite d’un point délicat entre elle et Pounine ; il se fâche violemment à lire ces lignes dans la revue Leningrad :

Je t’ai caché mon cœur
en le jetant dans le Néva.
Les ailes rognées, j’habite ici
en qualité de femme au foyer.
La nuit j’écoute des crissements,
traces de vie des hôtes d’autrefois :
les tilleuls du Cheremetïev
ou le chuchotement des divinités du lieu.
Comme un fil d’eau qui s’approche, soucieux,
murmurant, insinuant à mon oreille ses caresses
tièdes et fatales, il insiste
tout le long de la nuit:
« Tu cherchais un abri ; tu sais,
ton abri, où se trouve-t-il ? »

От тебя я сердце скрыла,
Словно бросила в Неву…
Прирученной и бескрылой
Я в дому твоем живу.
Только… ночью слышу скрипы.
Что там – в сумраках чужих?
Шереметьевские липы…
Перекличка домовых…
Осторожно подступает,
Как журчание воды,
К уху жарко приникает
Черный шепоток беды –
И бормочет, словно дело
Ей всю ночь возиться тут:
«Ты уюта захотела,
Знаешь, где он – твой уют?»

Le palais Cheremetïev [8] évoque la Russie de son enfance ; c’est aussi le lieu où, à partir de 1925, elle trouve un « abri » dans l’appartement des Pounine. Elle doit quand-même payer un loyer au locataire, c’est à dire à Pounine lui-même. De tels palais, confisqués par le gouvernement révolutionnaire, furent divisés en petites (souvent très étroites) unités pour héberger la population. Anna se sentait liée à cet endroit et à ses mémoires ; il lui rappelait, surtout dans ses heures d’insomnie, le malheur et la déception. En fin de compte elle ne trouvait « d’abri » qu’en sa Muse et en elle-même.
Staline meurt en février 1953. La même année Pounine meurt dans un camp de travail pénitentiaire, ayant passé 18 ans périodiquement en prison ou en gulag. Pourquoi le gouvernement communiste, sous Staline et Jdanov, a-t-il si sévèrement persécuté Anna Akhmatova et Nikolaï Pounine ? Peut-être Staline et ses lieutenants avaient-ils peur de l’influence qu’exerçaient en général les artistes et les intellectuels. Les confidents de l’esprit ne tiennent pas à obéir à ceux qui veulent l’obliger. (On sait que Staline était fasciné, par exemple, par le musicien Chostakovitch.) Les artistes appartenaient à un autre monde au sein duquel l’état n’avait aucune prise.
Pounine mort, Anna (elle avait 64 ans) écrit :

Ton cœur ne va plus tressaillir
aux triomphes, aux plaintes de ma voix.
Tout est fini : ma chanson se perdra
dans la nuit dépourvue de toi.

И сердце то уже не отзовется
На голос мой, ликуя и скорбя.
Все кончено… И песнь моя несется
В пустую ночь, где больше нет тебя

(1953)

Donc elle doit poursuivre le chemin de sa vie (elle le nomme son « destin », судьба) sans l’homme qui, en dépit de tout, lui avait été ami, collègue, amant et « mari » -- c’est ainsi qu’elle le considérait. (Anna Ahrens, la femme de Pounine, avec laquelle Anna Akhmatova avait partagé le ménage, et qui en avait souffert des tourments cruels, est décédée en 1943).
Il fut un temps où Anna se considérait membre d’un cercle de quatre poètes ; les autres : Pasternak, Mandelstam et Tsvetaïeva. Mandelstam est mort dans le goulag en 1938 ; Tsvetaïeva est morte en 1941. Pasternak meurt en 1960. Dix jours plus tard Anna écrit :

À Boris Pasternak

Une voix unique se tut hier.
Le rossignol du bois s’est envolé
et s’est transmué en épi vivifiant
ou (selon son mot) en « pluie fine ».
Toutes les fleurs du monde ont salué
ce décès ; puis, soudainement,
un silence s’étend sur notre planète
qui porte le nom modeste de « la Terre ».

Умолк вчера неповторимый голос,
И нас покинул собеседник рощ.
Он превратился в жизнь дающий колос
Или в тончайший, им воспетый дождь.
И все цветы, что только есть на свете,
Навстречу этой смерти расцвели.
Но сразу стало тихо на планете,
Носящей имя скромное … Земли.

On doit admirer le courage, la ténacité de cette femme qui, ayant tant perdu, se trouve dépourvue à plusieurs reprises de ses proches, et affronte de nouveau la vie, sa vie. Comme elle avait l’habitude de dire : « La vie, il faut la vivre. »

Une fois, sur la route qu’avaient pris
Dimitri Donskoi [9] et son armée,
où le vent répand la piste de l’ennemi
et la lune se montre jaunâtre, cornue,
je marchais comme dans des profondeurs marines.
Et là, les églantines exhalaient un tel parfum
comme si elles parlaient en paroles, en une langue ;
et je m’apprêtais à affronter
la neuvième vague de mon destin.

По той дороге, где Донской
Вел рать великую когда-то,
Где ветер помнит супостата,
Где месяц желтый и рогатый, --
Я шла, как в глубине морской…
Шиповник так благоухал,
Что даже превратился в слово,
И встретить я была готова
Моей судьбы девятый вал.

(1956)

On retrouve le thème de la « neuvième vague » de temps en temps dans les écrits d’Akhmatova. Dans un de ses derniers poèmes (« Vers nocturnes », 1963) elle parle du « neuvième vague fatale ». Elle connaissait peut-être le psaume 41 de l’Ancien testament où le poète s’adresse à Dieu en ces mots : « Toutes tes eaux, tous tes orages m’ont englouti. » Sans doute elle connaissait et admirait la toile célèbre « La neuvième vague » (1850) du peintre russo-arménien Aïvazovsky [10].
Anna s’inquiétait de plus en plus pour son fils Lev (Lyova). Leurs relations étaient compliquées suite aux longues années où elle l’avait négligé. (Il avait grandi au foyer de sa grand’mère paternelle.)
Il avait tendance à idolâtrer son père Nikolaï Gumilev (fusillé par les bolcheviques en 1921), dont il partageait les idées anticommunistes. Comme Nikolaï Pounine il devait passer beaucoup d’années en prison et dans les camps. Après avoir surmonté des obstacles immenses, surtout la persécution politique à cause de son père et de sa mère, il devînt chercheur académique en histoire socio-politique de l’Asie centrale et de « l’eurasie ». Il est mort en 1992 à l’âge de 90 ans.
L’amour reste comme un trait fort dans la vie d’Akhmatova. Elle avait un besoin profond de se trouver amoureuse. Elle fut attirée par Isaïe Berlin [11], diplomate et académicien anglais (né en Russie) qui est venu la voir plusieurs fois pendant son stage à l’ambassade britannique à Moscou en 1945.
Elle lui consacre des poésies. Lui aussi (il avait trente-six ans) est fortement touché par Anna. Plus tard il exerce son influence pour que l’université d’Oxford lui accorde le doctorat ès lettres honoris causa.
La remise du diplôme eut lieu en 1965. À cette époque Berlin avait un couple heureux. (Comme prévu, Anna fit semblant de ne pas voir son épouse.)

Allons, rêvons

Ces adieux sombres,
cette séparation permanente,
on les sent également.
Tu pleures, pourquoi ?
Donne-moi ta main
et la promesse de me visiter
en rêves.

Ce monde, toi et moi,
cela fait sombrer tous nos désirs ;
on ne se retrouvera jamais.
Mais de temps en temps,
à minuit, à travers les astres,
tu m’enverras
un bon souvenir ?

Во сне

Черную и прочную разлуку
Я несу с тобою наравне.
Что ж ты плачешь?
Дай мне лучше руку,
Обещай опять прийти во сне.
Мне с тобою как горе с горою…
Мне с тобой на свете встречи нет.
Только б ты полночною порою
Через звезды мне прислал привет.

Ce poème peut être adressé à Isaïe Berlin. Mais on pourrait également y voir Boris Anrep, qui, lui aussi, reste dans le cœur d’Anna pendant des décennies. Après tant d’années Anna souhaite le revoir à Paris lorsqu’elle rentre en Russie suite à la remise du doctorat en 1965. C’est un désastre. Ils sont devenus vieux tous les deux : il se sent gêné – la jeune femme élégante de ses souvenirs n’est plus là – et elle ne retrouvera non plus le bel esprit sportif mais, en revanche, un drôle de vieux avec un embonpoint d’artiste retraité.
Rentrée en Russie, elle souffre d’une crise cardiaque (ce n’est pas la première) et elle est hospitalisée. Au bout de trois mois on l’accompagne à un sanatorium à Domodyedovo. S’apercevant du milieu aisé (auquel elle n’est pas du tout habituée), elle murmure, ironisant : « L’année dernière à Marienbad » — titre du film célèbre d’Alain Resnais (1961). Finalement elle meurt le 5 mars, en 1966.

Là où se produisent les rêves
sans besoin de personne
nous avons partagé un monde
qui contenait une force
comme l’arrivée du printemps.

А там, где сочиняют сны,
Обоим – разных не хватило,
Мы видели один, но сила
Была в нем, как приход весны.

(1965)

G.H.

NOTES

[1] Natalya Rykova, fille d’Alexei Ivanovitch Rykov, tête nominale du gouvernement bolchevique 1924-29.

[2] Fyodor Ivanovitch Tyouttchev (1803- 1873) poète, diplomate.

[3] Marina Ivanovna Tsvetaïeva (1892-1941) poète.

[4] Jessie Davies, « Anne of all the Russias » (1988) p.85.

[5] Aleksei Alexandrovich Fadeïev (1901-1956) romancier.

[6] Pour des raisons similaires – afin de rassembler toutes les forces de la patrie contre l’ennemi – Staline, à cette époque, se montrait plus conciliant envers l’église orthodoxe russe.

[7] Pasternak et Tsvetaïeva y inclus.

[8] Palais Cheremetïev (érigé 1740) sur le canal Fontanka St.Pétersbourg/Leningrad. On le nommait “Fontannyi Dom”.

[9] Dmitri Ivanovitch (1350-1389), fils du tsar Ivan II., Dmitri “du Don”. Il réussit finalement à débarrasser la Russie du joug Tatar. Il trouve la mort sur le champ de bataille contre la Horde dorée et est considéré et vénéré comme saint par l’église orthodoxe russe.

[10] Ivan Konstantinovitch Aïvazovsky (1817-1900) maïtre russo-arménien de peintures de marines, né et décédé à Théodosia, Crimée.

[11] Sir Isaiah (Isaïe) Berlin (1909-1997), né à Riga (Empire russe, actuelle Lettonie). Elevé en rang de chevalier en 1957. Philosophe, historien des idées. Décédé à Oxford, Royaume-Uni.

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