JUILLET - AOÛT 2018

Se passer du peuple ou le futur pouvoir d’un seul homme

par Marianne CHEREMETIEFF

La Cinquième République a connu en 60 ans une évolution inverse de celle du Second Empire, évolution encore accélérée depuis 18 ans par l’adoption du quinquennat et ses conséquences (j'étais absolument contre).

La Constitution de 1958 a embarrassé les politiciens, étant « à la fois parlementaire et présidentielle » (C de Gaulle). Car à l’origine, le régime est bien fondé sur une dyarchie de l’exécutif : d’un côté, un président de la République au pouvoir fort qui recouvre un droit de dissolution tombé en désuétude depuis la crise du 16 mai 1877 et incarne la continuité de l’État et l’unité de la Nation – d’où dans l’esprit du général de Gaulle la nécessité de son élection au suffrage universel.
De l’autre un gouvernement responsable devant l’Assemblée Nationale. Les REPRÉSENTANTS DU PEUPLE.

Les mandats de l’Assemblée et du Président n’étant pas alignés, les cohabitations des années 1980 et 1990 sont d’ailleurs venues rappeler qu’en dépit de la présidentialisation du régime depuis 1958, ce dernier était aussi bien parlementaire que présidentiel !

C'est cela le problème depuis l’adoption du quinquennat en 2000 – une machine de guerre contre la cohabitation – et la pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy et plus encore d’Emmanuel Macron, il est permis de se demander ce qu’il reste du caractère libéral des institutions, de la constitution de 58 et du pouvoir du Peuple !

Les commentateurs DE PRESSE n’en ont cure, empressés plutôt à saluer la dimension jupitérienne du pouvoir présidentiel, la droite gaulliste qui ne réfléchit plus QUE LE BOUT DE LEUR NEZ salue sans doute ce qu’elle croit être un retour au bonapartisme du général tandis que la gauche de gouvernement, à supposer qu’elle existe encore, semble avoir oublié que toute son histoire depuis le XIXe siècle – Mitterrand excepté ! – est celle d’une défiance à l’égard d’un exécutif fort.

Or Macron, bien davantage que Sarkozy, précipite l’évolution des institutions de la Cinquième République en sens inverse de celle suivie par le régime de Napoléon III. Qui ne voit en effet que son Premier Ministre n’est qu’un simple « collaborateur » à la tête d’un gouvernement de « commis d'office », responsable pour la forme devant une Chambre des députés où le parti du Président, peuplé de députés qui lui doivent tout, à la majorité absolue ?

Le retour au Second Empire à ses débuts ou peu s’en faut.

Je préfère penser au second empire plutôt qu'à un NOUVEL EMPIRE celui d'un seul homme qui se passerait de l'approbation du peuple !!

Pour bien signifier le peu de cas qu’il fait de son gouvernement, le Président envisage d’ailleurs non seulement de venir régulièrement s’exprimer devant le dit Congrès mais encore de répondre lui-même aux questions de ses membres – c’est l’un des éléments du projet de réforme constitutionnelle -. Il est douteux, en revanche, qu’il se lance dans l’aventure référendaire ! Elle serait pourtant dans la logique de sa pratique du pouvoir, comme il aurait été dans la logique du pouvoir libéralisé de Napoléon III d’y renoncer.

Mais alors en cas de contestation du Président plébiscitaire qui a peur du référendum, sondages oblige, vers quoi les Français pourront-ils se tourner ? RIEN ! Allons-nous vers une TOTALITARISME dans ce cas ? Qui se pose la question ?

Entre la France et lui, Macron, restaurateur de la monarchie nouvelle manière diront certains, je n'en crois rien !! J’appellerai cela une volonté d'aller vers un régime autocratique qui ne dira pas son nom.

L’écroulement du vieux monde politique l’a aidé à faire place nette. Il n’y a plus de dyarchie de l’exécutif, plus de pouvoir parlementaire, un monopole décisionnel de MACRON ET pourquoi pas dans un second quinquennat s'il n'y a personne en face vers un état administratif, plus d’opposition et pas d’appel au peuple !!

Mais tout le monde s'en TAPE non !

M.C.

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