MAI - JUIN 2018

Le Monastère de Yuriev

par Daniela ASARO ROMANOFF

Novgorod, comme tant d’autres villes russes, accueille beaucoup d’autres lieux sacrés.
Dans le sud de la ville, sur la rive gauche du fleuve Volkhov, près du lac Ilmen, se trouve le Monastère de Yuriev (Monastère de Saint Georges). Les chroniques de l’époque rapportent que le Monastère fut fondé en 1119 par Vsevolod Mstislavich, prince de Novgorod. Mais, selon une légende, le Monastère aurait été fondé au onzième siècle par Iaroslav le Sage. Nous avons déjà parlé de Iaroslav le Sage, précédemment. Rappelons que Iaroslav naquit à Kiev en 978 après J.-C. et y mourut en 1054. Au cours de son règne il s’efforça d’offrir une bonne qualité de vie non seulement aux populations des territoires qu’il gouvernait, mais aussi à celles de la République de Novgorod, car les habitants de cette ville l’avaient énormément aidé dans la guerre qu’il dut combattre pour redonner stabilité, équilibre et prospérité à son pays. Iaroslav est connu pour avoir promulgué le premier code de lois de la région ; de plus étant extrêmement pieux, il fonda un grand nombre d’Églises et de Monastères. 
Il est très probable que le Monastère de Yuriev ait été fondé par Vsevolod Mstislavich en 1119, comme nous l’ont transmis les chroniques. Vsevolod, que l’Église Orthodoxe Russe vénère comme Saint, naquit à Novgorod en 1088. Son grand-père maternel était le Roi de Suède Ingold Ier. Il gouverna la République de Novgorod, en respectant toujours la forme de gouvernement choisie par les habitants, de 1117 al 1136.
Vsevolod, selon les écrits de l’époque, était aussi « Égumène » ; le mot « Égumène » équivaut au mot occidental de « Prieur ». Au XIIIème siècle, à partir de 1230, le titre d’Archimandrite fut attribué à l’Égumène du Monastère de Yuriev. La parole Archimandrite est assez proche de la définition occidentale du mot « Évêque », mais étant donné la diversité des religions, on ne peut à proprement parler d’équivalence de titres et de charges. Les Archimandrites du Monastère de Yuriev furent souvent dénommés Archimandrites de la ville de Novgorod.
Pour les studieux, le Monastère de Yuriev représente une source importante d’informations pour tout ce qui concerne la République de Novogord pendant la période du Moyen-Âge. Une partie des premières chroniques a été écrite entièrement dans le Monastère.
L’Église de Saint Georges se trouve dans un complexe monastique. C’est l’une des plus grandes de Novgorod et de ses alentours. On peut voir encore à l’intérieur des fresques médiévales bien conservées. L’Église fut restaurée en 1902. Le personnage le plus important représenté par les fresques est sans aucun doute celle du Christ Pantocrator. Il y a également un petit portrait de Vsevolod Mstislavich. L’Église de l’Exaltation de la Sainte Croix appartient aussi au complexe monastique de Yuriev. Cette Église a été construite au XVIIIème siècle.
Cinq des six églises du Monastère furent détruites en 1928, pendant le régime soviétique. Le Monastère fut fermé en 1929. Pendant la deuxième guerre mondiale, les édifices du Monastère furent occupés par les troupes allemandes et furent gravement endommagés. Le Monastère de Yuriev fut restitué à l’Église Orthodoxe Russe en 1991, et depuis, grâce à diverses restaurations, on est en train d’essayer de faire renaitre le merveilleux site de prière. L’esprit chrétien n’a jamais abandonné ce lieu sacré, considéré comme don du Seigneur ; il s’est maintenu vivant grâce aux prières d’une multitude de personnes. 
Depuis 1993, le Monastère de Yuriev est devenu Patrimoine de l’Humanité. Rappelons qu’avant 1917, il y avait plus de 6.000 Monastères en Russie. Actuellement il y en a presque deux mille, mais dans beaucoup d’autres lieux de culte sont en cours des travaux de restauration. 
La Sainte Russie a repris possession de son identité et de sa dignité. La grande spiritualité et la religiosité ressentie profondément pendant des siècles ont trouvé leur demeure idéale dans ces Terres.
Récemment, j’ai rencontré dans un autobus une dame qui m’a demandé des renseignements et en me saluant – elle parlait un italien excellent – elle m’a dit être russe et avec grande joie a ajouté : « Nous, les russes, nous avons toujours été profondément religieux ; étant de nature des personnes réfléchies, la foi est étroitement liée à notre existence, je vous dirai même plus, nous existons en vertu de notre foi » 
En Terre Russe, ce n’est pas seulement dans les Monastères que l’on vivait la spiritualité, mais elle imprégnait la société sous tous ses aspects, dans toutes ses expressions. C’est pourquoi nous ne devons pas nous étonner si un grand « condottiere », un homme politique agit avec autant d’honnêteté et d’amour pour sa Patrie, au point d’être proclamé Saint par l’Église Orthodoxe Russe.
Alexandre Nevsky est un géant de la Foi et de l’Histoire russe. Si l’on analyse sa vie, nous n’avons pas de difficulté à comprendre les magnifiques résultats de l’équation prière = action, interprétée par cet homme. Par conséquent dans ce chapitre, nous ne pouvons pas ne pas tenir compte d’un personnage aussi exceptionnel, auquel le peuple russe, dans sa piété, dédia tant d’Églises et de Monastères. 
Alexandre passa les toutes premières années de sa vie à Pereyaslav, où il était né le 30 mai 1120. Pereyaslav était une petite ville tranquille qui s’étendait sur les rives d’un lac, entourée de prairies et de bois. Sur une colline, non loin de la ville, il y avait un Monastère, où se rendait souvent sa famille très pieuse, emmenant avec elle le petit Alexandre, fils du Prince Iaroslav, mais surtout fils de Dieu.
Quand son père fut élu Prince de Novgorod, Alexandre avait trois ans. Comme nous l’avons déjà dit, en Terre Russe, la religiosité était inhérente même en ceux qui avait charge de gouverner. Trois fois par semaine, le Conseil des Boyards se réunissait dans la Cathédrale de Sainte Sophie.
Dans la République de Novgorod, qui avait choisi d’être gouvernée par les Princes de Vladimir et Kiev, il y avait d’énormes tensions.
Le Prince Iaroslav voulut que son fils l’accompagnât à toutes les réunions. Dès sa plus tendre enfance le petit Alexandre assista à de violentes discussions et comprit que de graves menaces planaient sur son Pays et que par conséquent lui aussi avait des devoirs bien précis envers ses citoyens.
Sa spiritualité se renforça et en même temps que les éléments fondamentaux de l’Éducation, que l’on enseignait à tous les enfants, comme nous l’avons précisé dans une autre partie de ce chapitre, il commença à étudier L’Ancien et le Nouveau Testament.
Iaroslav commença à s’absenter de plus en plus souvent de Novgorod. A neuf ans, Alexandre resta en ville avec son frère ainé Théodore. Les deux garçons étaient surveillés par des personnes de confiance, mais la solitude et l’éloignement du père, qui, lassé de tout ce qui se passait à Novgorod, préféra aller vivre ailleurs, furent de lourds fardeaux à supporter.
Le frère majeur Théodore mourut prématurément, et lorsque son père succéda, en 1236, au Prince de Kiev, devenant le gouverneur de tous les territoires russes, une tâche ardue incomba au tout jeune Alexandre. Il dut s’occuper d’une mission très difficile et toute particulière : la République de Novgorod. Il fut fidèle à sa mission pendant seize ans.
En 1238, l’invasion mongole, au Nord de la Russie, fut miraculeusement arrêtée et les hordes de barbares retournèrent dans la steppe. 
C’est donc à peine adolescent qu’Alexandre se trouva à faire face à de lourdes responsabilités ; il accepta la volonté de Dieu et promit d’offrir sa vie pour le bien commun.
Il comprit tout de suite qu’il devait combattre les séparatismes et donner force aux liens avec le pouvoir central. L’hégémonie économique des Boyards, propriétaires d’immenses territoires, était opprimante ; elle créait d’énormes richesses pour quelques-uns et tant de pauvreté pour beaucoup.
Alexandre abolit de nombreux privilèges des Boyards, comme par exemple, la taxe tout à fait injustifiée, qu’ils exigeaient pour le commerce des fourrures.
Ce qui l’intéressait particulièrement était de défendre non seulement le patrimoine matériel de son pays, mais surtout celui spirituel.
On se souvient encore maintenant de son nom pour sa grande religiosité et pour ses fameuses résistances victorieuses sur les envahisseurs Suédois et sur les chevaliers Teutoniques et Lithuaniens.
Lorsqu’il devint prince de toute la Terre russe il s’efforça avec bon sens d’instaurer un modus vivendi avec les chefs Mongols. La première victoire, reportée contre les Suédois, sur les rives de la Neva, lui valut le titre de Nevsky.
Avant d’affronter la bataille, qui le livra à l’histoire, Alexandre, qui n’avait pas encore vingt ans, pria longuement dans l’Église de Sainte Sophie, afin que le Seigneur lui donnât le don de la sagesse.
A la mort de son père Iaroslav, qui fut empoisonné, Alexandre, comme nous l’avons déjà dit, devint Prince de toutes les terres de Russie : Vladimir, Kiev et Novgorod. 
En 1253, il repoussa, à Pskov, une nouvelle attaque des chevaliers Teutoniques, sans aucun doute ses ennemis les plus perfides et les plus insidieux.
Alexandre passa toute sa vie au service de son peuple et de l’Église russe.
Au retour d’un voyage à Saraï, pour consolider l’alliance avec les Mongoles, il mourut, le 14 novembre 1263, dans le Monastère de la ville de Gorodets.
Dans l’éloge funèbre, son Père spirituel, le métropolite Cyrille, prononça la phrase suivante : « Il n’y aura pas de plus grand Prince que toi, mon fils, en Terre de Russie ».
Un fait extraordinaire survint le 23 novembre. Lorsque le corps d’Alexandre fut déposé dans la Crypte du Monastère de la Nativité, à Vladimir, le Métropolite Cyrille et son collaborateur Sebastian prirent la main d’Alexandre, un rituel qui assurait l’absolution plénière. Le Saint Prince, comme s’il eût été vivant, serra la main de son Père spirituel.
Alexandre Nevsky fut canonisé par l’Église Orthodoxe Russe en 1547. 
Pierre le Grand décida de faire transférer ses Reliques dans la nouvelle capitale, Saint Petersbourg, où elles se trouvent encore maintenant dans le Monastère qui porte son nom. Le Monastère fut fondé par Pierre Ier en 1710, précisément pour accueillir les Reliques du Saint.
Citons maintenant deux courtes prières russes, avec lesquelles les croyants s’adressent à Saint Alexandre Nevsky.
Le Kontakion (en grec : κοντάκιον) est une forme d’hymne exécuté dans les Églises orthodoxes orientales. Le vocabulaire dérive du mot grec kontax (κόνταξ) et peut être interprété comme la quintessence, ce qui dans la prière a une importance fondamentale. Le terme attire l’attention sur la manière dont il faut lire les mots sur un parchemin. Le Kontakion a été utilisé à l’origine pour décrire une forme poétique byzantine précoce, dont les origines remontent certainement au VIème siècle après J.-C.. 

Nous vous honorons comme l’étoile spirituelle la plus radieuse,
Qui monte de l’est et descend à l’ouest.
Comme le peuple russe s’enrichit avec vos bonnes œuvres et vos miracles.
Illuminez maintenant celui qui vous évoque avec foi, ô Bienheureux Alexandre.
Aujourd’hui tandis que nous célébrons votre sommeil, nous vous demandons de supplier le Seigneur afin qu’Il puisse fortifier ses serviteurs, qui sont dans la souffrance et puisse sauver tous les chrétiens.

Le Troparion (aussi tropaire, au pluriel tropaires) est un type de chant dans la musique byzantine, dans l'Église orthodoxe et dans les autres églises chrétiennes orientales. Il s'agit d'un court hymne, d'une strophe, ou d'une partie d'une série de strophes ; ceci peut avoir, de plus, la connotation d'un hymne intercalé entre les versets d'un Psaume. 

Christ se révèle, ô Bienheureux Alexandre,
À travers un nouvel ouvrier et ses glorieuses merveilles ; vous êtes un homme et un prince bien apprécié de Dieu et un trésor divin de la terre russe.
Aujourd’hui nous sommes réunis dans la foi et dans l’amour.
Pour glorifier le Seigneur en vous évoquant avec joie. Il Vous a donné la grâce de faire des guérisons, intercédez donc pour moi afin que le Seigneur renforce ses fils souffrants et sauvent les chrétiens.

D.A.-R.

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