AVRIL - MAI 2020

De Largentière à Moscou et retour à Largentière

par Jean-Marc TRUCHET

Il s’agit ici, relatée dans tous ses détails en quatre parties, l’aventure parfaitement réelle d’un habitant de Largentière, petite cité fortifiée au passé minier, située en Ardèche du sud.
Après des études à Macon d’où il sortira bachelier puis un engagement de quatre années dans l’Armée française à partir du 9 novembre 1891, Abel Deroch revint à Largentière où il travailla comme contremaître dans un important moulinage1. Toutefois, par suite de mauvaises affaires familiales, il fut mis en relation par l’intermédiaire de l’un de ses cousins avec un industriel français installé à Moscou, Llev Davidovitch Katoare (Léon Catoire), lequel cherchait justement un contremaître très compétent pour son usine de Kotly, à l’époque un village situé au Sud de la capitale russe.
C’est ainsi qu’en 1901, sans parler un mot de russe, partit pour Moscou Abel Deroch.
A cette époque en pleine expansion, la communauté française dont en particulier celle œuvrant dans l’industrie, devint suffisamment importante et influente, y compris à la Cour du tzar Nicolas II, pour gérer quasiment la vie économique de la capitale.
Dans ce cadre, ce récit pourrait parfaitement s’inscrire au milieu d’autres épopées vécues par de nombreux Français ayant décidé de s’installer en Russie, soit fuyant la révolution de 1789 et ses dramatiques suites, soit désireux d’y tenter leur chance.
Quoi qu’il en soit, après quelques années, Abel fut parfaitement intégré dans sa nouvelle fonction comme à la vie moscovite. Ayant pris femme française ardéchoise en mai 1902, il y fonda une famille et devint même le directeur de l’usine qui employait environ 600 ouvrières à la réalisation du fil de soie naturelle.
Cependant, en octobre ou novembre 1917, suivant que l’on considère le calendrier grégorien ou le calendrier julien alors en vigueur dans l’empire russe, survint la révolution menée par les bolchéviks, un événement qui bouleversa la vie du pays et qui conduisit la grande majorité des étrangers à revenir par tous moyens en Europe de l’ouest dont largement en France.
C’est ainsi que 20 années après son arrivée à Moscou alors qu’il pensait s’y installer définitivement, à l’automne 1918 Abel Deroch et sa famille après un périple des plus risqués, revint à Largentière où il retrouva des amis puis ultérieurement à Paris par suite d’un nouvel emploi pour quelques années avant de prendre sa retraite.
Au-delà de cette aventure personnelle ici résumée, ce récit est également très riche d’enseignement car l’on y découvre de nombreux éléments concernant la vie de la société moscovite et régionale, qu’elle soit industrielle ou simplement quotidienne pour les habitants fortunés ou non.
En France, on a trop souvent pour habitude de raisonner à travers des sentiments, voire des idéologies qui ne sont généralement étayés que par l’information reçue des médias, ou des gouvernements si ce n’est par l’éducation scolaire ce qui s’avère souvent non dénué d’intérêts aussi divers que variés.
Ainsi, pour une majorité se forme un mode de pensée comme de connaissances souvent très éloignées de la réalité mais assurément convaincant pour les individus concernés.
A travers ce récit, on découvre alors, non seulement l’importance des investissements de la France en Russie dès le milieu du XIXè siècle mais également ce que l’on pourrait appeler la modernité.
En particulier, que ce soit dans la construction d’immeubles, pour les liaisons téléphoniques, le transport, le cinéma, la photographie, l’activité d’import/export, etc. Certainement, ne faut-il pas étendre cela aux campagnes de l’empire mais à cette époque en était-il autrement en France, voire dans d’autres pays d’Europe, généralement comme largement à base agricole ?
Sait-on par exemple, qu’en Alsace-Lorraine allemande en 1915 on y trouvait déjà des cabines téléphoniques mais que parallèlement en France, dès cette époque des soldats du front, grâce aux trains pouvaient se rendre en moins de 36 h en permission du côté de Bordeaux, ceci en laissant la priorité aux convois de munitions et autres matériels de guerre ?
Pour finir, si à l’évidence des réformes s’imposaient, la révolution d’octobre/novembre 1917 et la terreur qui s’ensuivit, comme celle de France après 1789, se traduiront par des bains de sang et leurs suites par un important recul à la fois social, culturel et économique qui mettra ces pays en durable grande faiblesse.
In fine, pour revenir à la Russie, il est évidemment désormais judicieux d’étudier puis de comparer sa situation passée et actuelle avec son retour comme grande puissance mondiale, désormais totalement incontournable ce que l’actualité quotidienne ne manque pas de souligner.
Il n’est donc pas interdit d’estimer que la France pourrait alors et à nouveau y jouer un très grand rôle pour le bien des deux nations et même largement au-delà.
Désormais, sur des bases aujourd’hui des plus solides, peut-être pourrait-on alors estimer qu’il s’agit là d’un juste retour des choses et d’une Histoire, laquelle à l’échelle des temps fut momentanément interrompue par suite d’intérêts qui n’étaient à l’évidence pas ceux des deux peuples ?

Largentière cite fortifiée et minière

Largentière, petite ville fortifiée d’Ardèche du Sud, trouve le début de son développement vers le XIIè siècle. Calée au fond du relief local le long d’un torrent, la Ligne, elle comptait au dernier recensement en 2016, 1660 habitants mais environ 2 800 à la fin du XIXè siècle. Que s’est-il donc passé depuis ?
Sans trop entrer dans les détails, il y eut en premier l’exploitation industrielle du ver à soie vers les années 1820 dans de nombreux moulinages avec entre deux la forte dénatalité consécutive à la première guerre mondiale.
Ainsi, la population passa de 2 165 âmes en 1911 à 1 887 en 1921 puis continua ensuite à lentement décroître pour tomber à 1 777 habitants en 1946.
Cette période vit la forte décroissance de l’élevage du ver à soie par suite d’un champignon qui l’infecta, ceci ultérieurement au profit d’un fil synthétique, le nylon dont l’industrie se développa largement autour de Lyon.
Il faudra alors attendre la période située entre 1962 et 1964 pour voir la commune s’étoffer à nouveau sous l’arrivée de nombreux Harkis et de leurs familles qui suivit la fin de la guerre d’Algérie en 1962 et pour lesquels un camp d’accueil fut construit.
Ces nouveaux arrivants trouvèrent à partir de cette année-là du travail à la mine de plomb argentifère4 sachant toutefois qu’en ce lieu l’exploitation de mines d’argent et de plomb apparaît nettement antérieure à cette date. Cette richesse fut d’ailleurs source de rivalité entre les Comtes de Toulouse et les Evêques de Viviers, Barons de Largentière qui exploitèrent ces mines du Xè au XVè siècles5. A cette population s’ajouta l’arrivée d’ouvriers mineurs venus du Nord de la France mais également d’autres issus du Maghreb ce qui conduisit la commune à comptabiliser 2 888 habitants en 1968 puis 2 373 en 19826.
Fondé en 1881, le capital de la société minière française Peňarroya comportait pour moitié des fonds de la famille de Rothschild et pour l’autre d’origine ibérique7.
Largentière et son château des XIIè et XVè siècle construit sur un impressionnant éperon rocheux au-dessus d’un torrent : La Ligne qui enserre une partie de la ville, constituant ainsi un obstacle naturel. On accède à celle-ci par trois ponts de pierres. La disposition de l’habitat ancien est typique des villes et des villages de la partie sud de la France, ceci afin de mieux se protéger des incursions barbares et autres envahisseurs.
Photos. JMT 2020

Depuis cette époque, plusieurs restructurations financières ont évidemment eu lieu qu’il serait ici sans intérêt de développer. C’est en 1961 que cette société acquit la certitude de rentabiliser ses investissements et décide alors d’exploiter le site de Largentière. Cependant, en difficultés par suite de l’appauvrissement du filon, Peňarroya dut en cesser l’exploitation en 1982 puis procéder à la fermeture définitive en 1984 si bien que depuis ce temps la population de Largentière régulièrement décru pour s’établir au recensement de 2016 à 1 660 habitants, valeur stable par extrapolation pour 20198.
A cela s’ajouta aussi et parallèlement celle de la ligne SNCF de chemin de fer à voie unique reliant la commune à Le Teil où elle rejoint la voie rive droite du Rhône (ex-PLM) via St. Sernin et Vogüe (communes situées au Sud d’Aubenas).
La gare de Largentière avant la fermeture au trafic voyageurs en 1930. D’après une carte postale d’époque.

Toutefois et pour mémoire, dès 1930, le peu de trafic voyageurs entraîna déjà sa fermeture mais c’est Peñarroya qui la réactiva en 1964 pour évacuer la production de la mine de plomb argentifère9 de Largentière.
En ce qui concerne le trafic marchandises, celui-ci cessa ainsi définitivement fin 1982 avec la fermeture de la mine qui, évidemment, était le seul client. La voie unique est alors officiellement déclassée le 1er avril 1988 par la SNCF puis en partie déferrée à partir de 2017.
Locomotive diesel-électrique de type BB 66000 de la SNCF emmenant deux wagons chargés de plomb. Photo. Pierre Julien

Celle-ci étant désormais transformée en voie verte, le trafic est reporté sur des cars et des poids lourds pour les marchandises qui ravitaillent aujourd’hui le bassin d’Aubenas-Largentière, pourtant désormais en plein développement. On peut donc en déduire que cette situation est donc plus écologique que la précédente.
BB 66111 diesel-électrique de la SNCF dans l’emprise de l’ancienne gare de Largentière. 1100 CV sous le grand capot… Photo. Pierre Julien.

Fluorine et galène. Mine de Largentière. Le minerai de Largentière contient entre 2 et 6 kg d’argent métal par tonne de plomb. Photo. JMT 2019.


Largentière aujourd’hui

Sous-préfecture du département de l’Ardèche, l’agglomération vit essentiellement du tourisme que cette cité médiévale attire, ayant su conserver tout l’attrait de ces villes fortifiées anciennes dont celui de son château datant du XII et du XVè siècle.
Cité fortifiée, la mémoire de la période médiévale du pays tient une grande place. Mannequins fort réussis de Madame Josette Mirabel. Photo JMT juillet 2019.

A cela s’ajoute diverses activités ludiques comme les fêtes médiévales 10, l’activité administrative et naturellement, le charme bien connu de la région qui compte de très nombreux sites particulièrement connus en Europe (vallée de l’Ardèche, diverses grottes dont la célèbre grotte Chauvet et sa reproduction fort réussie, Vallon Pont d’Arc, etc.).
L’une des vieilles rues de Largentière, vue depuis l’entrée par le pont des Récollet qui enjambe la Ligne. Dans cette région, de nombreuses villes et villages sont typiques de cette période médiévale. Photo. JMT 2020.


Un peu d’anthroponymie

Dans ce texte, on rencontrera quelques noms dont il est judicieux d’en connaître l’origine, d’autant que fréquemment les plus simples sont loin de signifier ce qu’en première approche l’on est souvent tenté de leur attribuer. Madame Monique Deroch en donne ci-dessous l’origine.
Pour mémoire, beaucoup de noms se sont formés au XIIè siècle. Rivières, montagnes, vallées, plaines, couleurs, etc. ont manifestement inspiré nos ancêtres… Il s’agit aussi de caractéristiques personnelles comme : Legros, Legrand, Petit et Lepetit, etc. avec nécessairement des déformations au cours du temps et des dérives parfois amusantes ou pas du tout… On retrouve d’ailleurs largement cela en langue anglaise dont les racines des mots proviennent pour un grand nombre du français ancien.
Quoi qu’il en soit, l’étude des noms est toujours enrichissante pour qui s’y intéresse.
MIRABEL (Madame) : en espagnol et en catalan, mirar signifie regarder, admirer. Autrement dit, mira bella vista est un lieu agréable à observer. En Ardèche, à la sortie de l’agglomération de Ruoms (environ 25 kms de Largentière par la D 579 en direction de Vallon pour d’Arc) on trouve ce nom vers le pont qui enjambe l’Ardèche à la sortie des défilés. Madame Josette Mirabel était originaire des plateaux situés au-dessus où l’on trouve un belvédère…
PERBOST : vient du mot près et bosc du mot bois. Autrement dit, l’origine du nom de la famille Perbost signifie : près d’un bois (voir chapitre ci-dessous).
Mas du Bosc : signifie donc maison près du bois.
On note qu’aujourd’hui sur divers panneaux routiers locaux et même sur les cartes que bosc est devenu bos, ce qui constitue une regrettable faute et inévitablement, contribue à faire perdre l’origine du nom.
DEROCH : nom d’origine des Cévennes mais les premiers ancêtres trouvés s’écrivaient Deros. Il semble fort probable qu’il y ait un rapport assez étroit avec les rochers dont la région ne manque pas !..
MOUTET : il s’agit d’une variante de Moutte qui signifie ²levée de terre², expression issue du bas latin : « motta ».

Principaux acteurs dans ce récit

Afin de faciliter la compréhension de ce récit et pour en bien comprendre son déroulement comme les différentes implications, sans toutefois tomber dans une étude généalogique ce qui serait hors sujet, il est néanmoins judicieux d’exposer certaines filiations que l’on retrouve au cours des différents chapitres.
Sans cela, comme dans nombre de textes, il arrive parfois un moment où le lecteur peut alors s’égarer au sein des personnages dont il est question d’autant que le centre de cette histoire se déroule sur plus d’un siècle. A cela s’ajoute qu’à cette époque on utilisait souvent les mêmes prénoms pour les enfants que ceux donnés aux ancêtres, tels celui du père, du grand -père ou d’un oncle pour les garçons et ceux de la mère, de la grand-mère ou de la tante pour les filles ce qui ne facilite pas toujours les choses !..
Pourtant, rien de compliqué dans ce qui suit mais il serait dommage de ne pas suivre fidèlement cette passionnante lecture, riche d’enseignements à plus d’un titre. Ainsi, essentiellement trois grands acteurs en partagent le sujet : la famille DEROCH, la branche cadette russifiée de la famille CATOIRE de BIONCOURT et les deux derniers empereurs de Russie.
On retrouvera également quelquefois les familles MOUTET et PERBOST mais par suite d’alliances et suivant les épopées vécues 11.
Au cours de ce récit, l’on ne sera également pas surpris de constater l’importance de ces familles, à la fois par le nombre d’enfants, soit jusqu’à 14 car il faut se souvenir que la mortalité infantile était élevée et que la dynastie se transmettait par les garçons.
Par exemple, pour la France en 1900, on comptait 150 décès pour 1000 naissances mais 3.6 en 2018.

Famille Deroch

Jean-Léon DEROCH (11.04.1822 - 06.05.1870). Epouse : Marthe Catherine REY (08.01.1821 - 08.01.1894) → 14 ENFANTS (limités à ci-dessous).
 ↓
Marie-Clémence DEROCH (02.02.1847-1902). Epouse : Gustave MOUTET (14.02.1839 - 1900) → 4 enfants (limité à ci-dessous).
Marius Achille MOUTET, avocat (1876 - 1968. Voir dans le texte).

Marie-Louise DEROCH (1855 - 1925). Epouse : Marie Paul Denis ARZALIER (25.09.1852 - 09.03.1907)

Jean Léon Marcellin DEROCH (10.10.1845 - 30.03.1917). Epouse : Marie-Victoire Joséphine MARTEL (12.04.1845 - 18.12.1918) → 3 ENFANTS (limité à ci-dessous)
Abel Léon Théodore DEROCH (28.11.1873 - 14.05.1947). Epouse : Baptistine Joséphine GOUY (04.01.1877 - 29.06.1960) → 4 ENFANTS
Marthe Marie DEROCH (09.04.1903 - 07.10.1964). Epouse Nicolas PETROFF (1901 - 1953) → 2 ENFANTS
Georges (1924 - 2019)
Serge (1926 - 2009).

Jean-Léon DEROCH (03.12.1904 - 05.10.1910). Décédé de la diphtérie à l’âge de 6 ans.
Marie-Louise DEROCH (27.01.1907 - 20.05.2001). Sans enfant.
René-Abel DEROCH (30.09.1909 - 31.03.1977). Epouse : Marilia Dos ANJOS de FREITAS (22.03.1908 - 23.09.1996) → 2 ENFANTS
Monique DEROCH (25.05.1941)
Jean DEROCH (25.07.1939)

Famille Catoire de Bioncourt

BRANCHE CADETTE RUSSIFIÉE

Jean-Baptiste-Marie-Auguste Catoire de Bioncourt (14.10.1789 à Moyenvic - 30 mai 1831 Moscou). Epouse : Anne-Julie LEVE (1789 Angleterre - 1873 Moscou) → 4 ENFANTS qui porteront le patronyme IVANOVITCH.
Charles Jean Baptiste Catoire (3/15 (12) avril 1822 - Paris en 1910). Epouse : Cécile DEPRET décédée à Paris en 1910. Sa veuve et ses enfants se fixeront à Paris.
Jules Constantin Catoire (3/15.1823 Moscou - 15/27décembre 1876 à Moscou). Epouse : Marie-Louise URBAIN. Veuve, elle se fixera à Lyon avec ses enfants.
Aimé-Léon Catoire (3/15 janvier 1827 à Moscou - 28.11.1899 à Tarassous près de Moscou). Epouse : Elisabeth Anne Sophie LEVE 1837 - 1913) → 12 ENFANTS dont 2 fils (cités ci-dessous)
Georges Catoire (Moscou 1861 - 1926). Auteur et compositeur. Professeur au conservatoire Tchaïkovski de Moscou depuis 1917.
Léon (Lev Lvovitch) Catoire (1864 à Moscou - 1922 à Paris) marié à Marie PAVLOV (1858 - 1954 à Paris)
Henry-Auguste-Andreï (André) Catoire (22 juin 1829 à Moscou - 24 Septembre 1887 à Assorino près de Moscou). Epouse Marie Sophie DEMONCY → Un ENFANT
Alexandre Andreïevitch, dit Sacha (1865 -1929). Epouse : Gilonne Henriette d’HARCOURT, sans descendance.
Par oukase de 1891 du Tsar Alexandre III, il accède à la noblesse héréditaire russe.
Tombe de Henry Auguste CATOIRE de BIONCOURT et de Marie Sophie DEMONCY
(Doc. de famille)


Empereurs de Russie

(NOMMÉS DANS CET OUVRAGE - DATES SUIVANT LE CALENDRIER GRÉGORIEN)

CATHERINE II (2 mai 1729 - 17/11.1796)
Règne du 28.06.1762 au 28.11.1796
Couronnement le 12.09.1762
PAUL 1er (01.10.1754 - Assassiné le 24 mars 1801)
Règne du 17.11.1796 au 24.03.1801
Couronnement le 05.04.1797
NICOLAS 1er (6 juillet 1796 - 2 mars 1855) 13
Règne du 01.12.1825 au 02.03.1855
Couronnement le 03.11.1826
ALEXANDRE II (29 avril 1818 - Assassiné le 13 mars 1881)
Règne du 03.03.1855 au 13.03.1881
Couronnement le 07.09.1856
ALEXANDRE III (10/03.1845 - 20 octobre 1894)
Règne du 13.03.1881 au 01.11.1894
Couronnement le 27.05.1883
NICOLAS II (6/18 mai 1868 - 17 juillet 1918)
Règne du 01.11.1894 au 15.03.1917
Couronnement le 26.05.1896
5 ENFANTS
Anastasia Nikolaïevna
Alexis Nikolaïevitch
Tatiana Nikolaïevna
Maria Nikolaïevna
Olga Nikolaïevna
Tous assassinés par les bolcheviks le 17 juillet 1918 (sauf Michel Alexandrovitch ) à Ekaterinbourg avec ceux qui avaient choisi de suivre la famille impériale.
NICOLAS II avait trois frères :
Michel Alexandrovitch (Grand-Duc Michel - Voir ci-dessous)
Georges Aleksandrovitch
Alexandre Aleksandrovitch
Michel Alexandrovitch, né le 22 novembre 1878, fut assassiné par les bolcheviks sur ordre de Lénine dès le 12 juin 1918. Il était l’héritier du trône de 1899 à 1904, avant la naissance du tsarévitch Alexis.

Abel Deroch, un ardechois a Moscou

Le hasard ayant encore frappé, il n’en fallut pas plus pour découvrir lors d’une exposition réalisée en juillet 2019 dans le cadre de l’ancien tribunal de la ville 14, une aventure assez peu commune survenue à une famille locale, les Deroch.
Il existe, évidemment, de nombreux récits plus ou moins extraordinaires les uns que le autres mais celui-ci mérite manifestement un oscar dans les relations entre la France et la Russie…
François Deroch (03.11.1653 - 24.02.1722) est cardeur15 de soie et épouse la fille d’un cadicier16 au milieu du XVIIè siècle : Marguerite Rouvière (10.02.1657-1681). Dans la famille, on vit de l’exploitation du ver à soie, à cette époque une industrie largement développée dans la région et jusqu’à Lyon.
Fils de Jean Léon Marcellin DEROCH et de Marie-Victoire Joséphine MARTEL (voir généalogie simplifiée), Abel nait le 28 novembre 1873 dans cette charmante localité de Largentière située dans le sud du département de l’Ardèche, d’une famille de paysans de la localité de Chassiers, petite bourgade proche de Largentière.
Lors de la révolution de 1789, la famille diversifie ses activités et l’arrière-grand-père devint alors marchand de grains et de bois de chauffage. C’est alors qu’Abel part chez sa tante Deroch-Moutet pour suivre des études au Lycée de Mâcon avec ses cousins Moutet d’où il revint bachelier ce qui, à l’époque, n’était déjà pas rien.
Suivant son carnet militaire, on note ensuite un engagement de quatre années dans l’Armée française (voir ce chapitre) qui s’acheva en novembre 1895 avec le grade d’adjudant dans la réserve d’active à l’âge de 22 ans.
Il retourne alors à Largentière puis entre comme contremaître chez Perbost, un grand moulinage de la Sigalière (également écrit Bigalière, un bâtiment aujourd’hui détruit) qui compte plus de 100 ouvrières 17.
Le sergent Abel Deroch au 75è régiment d’infanterie. Doc. MD

Toutefois, son père Jean Léon Marcellin Deroch, n’a manifestement pas les qualités nécessaires pour diriger les affaires familiales et s’avère même très dépensier ce qui entraîne la faillite puis la ruine financière dont Abel essuiera une grande partie des dettes…
C’est alors que son cousin Benoit, beau-frère de Marius Moutet (voir généalogie simplifiée), propriétaire d’une usine de tissage de tapis de laine et de coco à Lyon, le met en relation avec la famille Catoire de Bioncourt, Lorrains mais aussi lyonnais dont la branche cadette est installée à Moscou et naturalisée russe.
Or, l’un de ses membres cherche un contremaître très compétent pour son usine travaillant le cocon du ver à soie près de Moscou. En effet, possédant un grand moulinage dont le directeur et le contremaître étaient Français, ce dernier décéda courant 1901.
Cet ainsi qu’en cette même année il fut remplacé par Abel, lequel ayant assuré l’intérim devint directeur en 1905 et fit alors venir un autre Ardéchois, Mr. Maze qui le remplaça comme contremaître.
Le moulinage du quartier de la Sigalière, désormais occupé par le Syndicat des Eaux du Bassin de l’Ardèche (SEBA). A droite, le terrain de l’ancienne gare SNCF et des voies ferrées pour le train de la mine. Photo. JMT 2020


La famille Catoire, comtes de Bioncourt

Ils constituent une famille noble du Nord de la France depuis le XIIè siècle dont la branche cadette était installée en Lorraine. Fuyant la révolution française mais peut-être aussi pour trouver là un moyen de rebondir, le premier à s’installer à Moscou où il arriva en 1821 fut Jean-Baptiste-Marie-Auguste Catoire de Bioncourt, né en 1789 à Moyenvic, en Lorraine, année de la révolution française. Moscou ne fut pas non plus un hasard puisque durant son enfance puis sa jeunesse, il fréquenta la Russie.

Armoirie de la famille Catoire de Bioncourt. Document internet.
Durant cette même année, il épousa la fille d’un célèbre marchand de vin, Anne-Julie Levé. C’est donc cette famille qui constituera la banche Russe des Catoire de Bioncourt.
Les affaires fleurissant, en 1821, sacrifiant la particule de son nom, de Bioncourt, il prit la nationalité russe et devint alors Ivan Nikolayevich Katuar et sa femme Anna Ivanovna. Quant aux quatre enfants nés de cette union, ils portèrent dorénavant le patronyme de Ivanovitch ce qui signifie ²fils de…² autrement dit dans le présent cas : Yvan (ou Ivan), soit en langue française, Jean.
Prénom très usité que l’on retrouve de nombreuses fois dans la généalogie des familles.
Jean-baptiste Catoire décèdera à Moscou le 30 mai 1831 où sa pierre tombale porte le nom de Catoire de Bioncourt. Quant aux enfants, ils eurent une carrière importante au sein de la communauté française de la capitale. Tous furent décorés par le czar Nicolas II ou des mains du Grand-duc Michel, son frère.
Charles Ivanovitch (1822 - Date de décès non connue). En 1870, il dirige l'affaire familiale. Il fut également Président de 1870 à 1876 de la députation de Moscou créée par la Douma municipale en 1862, chargé de l'inspection générale du commerce et de l'industrie mais également membre de la Chambre de commerce et de la Société des Hypothèques de la Banque Nationale (1873).
Jules-Constantin (Ivanovitch), né à Moscou en 1823, marié à Marie-Louise Urbain. Il décédera en décembre 1876 à Moscou, membre de la banque d’Etat de 1873 à 1876, sa femme et ses enfants retourneront ultérieurement à Lyon.
Aimé Léon (Ivanovitch) né à Moscou en janvier 1827, marié à Elisabeth Anne Sophie Julie Levé qui lui donna 12 enfants dont 4 garçons. Il décédera le 28 novembre 1899 à l’âge de 72 ans dans sa propriété de Tarassoua près de Moscou. Aimé Léon est le père de Léon Lvovitch Katuar (cf. ci-dessous).
A la fin des années 1870, la direction des entreprises Catoire passa de Charles à Léon Ivanovitch. Il était en même temps directeur de la raffinerie sucrière commerciale de Moscou, membre du Conseil de la Banque des Comptes de Moscou, membre des Comités des Comptes et des Prêts et Hypothèques de la Banque d'État de Moscou (1877-1879).
A partir de 1881, il est membre de la Division du Conseil du Commerce et de l'Industrie de Moscou puis de 1877 à 1885, conseiller du Conseil Municipal. Enfin, en 1887 il reçut le titre de Conseiller du Commerce.
C’est sous sa direction que la famille Catoire fit construire dans le bourg Verkhnié Kotly d'après les plans de l'architecte Kreine, une filature de soie, appelée LA FILEUSE ROUGE devenue en 1995 KROUNIT, Société Anonyme située au n° 3 de la rue Nagornaïa. 
Henry-Auguste André (Andreï) Ivanovitch, né à Moscou en juin 1829. En avril 1862 il épousera Marie-Sophie Demoncy, fille d’Alexandre Demoncy et de Sophie Hirsch.
En 1882, il fut nommé chevalier du Saint-Sépulcre puis en 1883 chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand. Le premier de ces brevets porte CATOIRE de BIONCOURT. Il décèdera en septembre 1887 dans sa propriété d’Assorino, près de Moscou. Il était le propriétaire foncier le plus important de la famille et n’eut qu’un fils, Alexandre Andreïevitch (dit Sacha 18), ce dernier n’ayant pas de descendance.
Ceci précisé, c’est en 1825 que Jean-Baptiste Catoire19 s’installe dans la cité commerçante, prenant le titre de marchand de la première guilde, faisant commerce de produits étrangers à concurrence en 1829 d’un chiffre d’affaire de plus de 100 000 Roubles mais il décéda à Moscou en 1831.
Sa veuve, Anna Ivanovna, née Levé, fille d'un important négociant en vins, était née en 1789 en Grande-Bretagne. Suivant un document portant la date du 8 avril 1869, on note que suite au décès de son mari elle prit le titre de marchande de la 1ère guilde, pour la première fois attribué à une femme en Russie. Ce fut elle qui reprit la tête de l'affaire.
Elle s'occupait également d'opérations bancaires. Propriétaire d'une série d'immeubles dont le n° 8 Boulevard Pétrovsky et des n°s 3 à 8 passage Krapivenski, elle reçut en 1860 le titre de citoyenne d'honneur héréditaire.
Manifestement attentive à sa famille mais également femme d’affaires, elle possédait aussi avec ses fils des actions dans les raffineries sucrières Ialgoukovsky, Borovsky, Skomorodaky et Mezenovsky situées dans le district de Podol qui faisaient partie des raffineries de la région de Kiev.
En 1869 les Catoire de Bioncourt créèrent la Société Commerciale Veuve A.I. Catoire et Fils dont les bureaux étaient installés au 8, boulevard Pétrovsky. Il s’agissait de la vente en gros et en détail de vins étrangers, d'indigo, de thé, d'huile, de droguerie et de soieries. Cette société était une succursale de Tresca et Cie à Lyon. Elle constituera une nouvelle page pour cette dynastie qui commencera désormais à investir dans la production industrielle.
Suivant cela, au début de 1870 la société fit l’acquisition d’une briqueterie, toujours dans le bourg de Verkhnié Kotly, laquelle sera utilisée pour la construction de la partie supérieure du GOUM de Moscou (voir ci-dessous) et pour la construction du musée des beaux-arts.
Anna Ivanovna décédera à Moscou en 1873 à l’âge de 94 ans, soit 24 années après son mari. Jean-Baptiste Catoire de Bioncourt est inhumé avec son épouse et ses enfants au cimetière Vesdenskoïé.
Ex-maison CATOIRE, 8, Bd. Pétrovsky à Moscou, proche du musée d’art moderne et de la station de métro Puskinskaïa. Photo FG. 2019 


Une grande famille russe

Originaire de France mais également d’Angleterre par leur mère, Ivanova (Anne-Julia Levé), il s’agissait d’une famille catholique très pratiquante aux nombreux enfants et petits-enfants, tous élevés avec le même goût de l’entreprise. Les alliances futures s’opéreront localement avec des dynasties françaises russifiées.
On observe que depuis 1855, surtout pour la branche masculine, sous leur nom russe, les Katuar furent très impliqués dans différentes œuvres de bienfaisances de l’Eglise, membres des plus influents au sein de la colonie française à Moscou et toujours membres du Conseil des paroisses catholiques de Saint Louis des Français.
Par ailleurs, leur notoriété et leur influence tant au niveau commercial que politique, leur permettait tout accès à la Cour du Tsar Alexandre III puis à celle de Nicolas II 20.

Lev Lvovitch Katuar 21

Petit fils d’Anna Ivanovna, fils de Aimé Léon (Ivanovitch 1827-1899), Léon Catoire de son nom russe Lev Lvovitch Katuar né en 1864 était également un homme d’affaires, poursuivant en cela la vocation de la famille, largement impulsée par son Grand-père Jean-Baptiste et sa femme Ivanovna.
Marié à Marie Pavlov (1858-1954), il eut sept enfants : Vladimir, Léon, Alexandre, Serge, Georges, Dimitri et Boris.
Tous reviendront en France et s’installeront à Paris et à Bourg la Reine sauf Alexandre qui décèdera en Russie en 1920.
Lev Lvovitch était membre du Conseil de la Banque des Comptes de Moscou, directeur de la société A.
ARABAKI & CIE,Président du conseil d'administration des établissements commerciaux HÉRITIERS A.F. DUTFOY à partir de 1912 puis de 1901 à 1918, conseiller à la Douma Municipale de Moscou, membre de la plupart des commissions permanentes et temporaires de la Douma.
Il contribua également au développement de l'enseignement général primaire dans Moscou. Chose remarquable, en 1913 il fut présenté comme candidat et élu au poste de Maire de Moscou mais le conseil des Ministres ne confirma pas cette élection car il était catholique et français.
Il finança également la construction de la ligne de chemin de fer vers Savyolovsky qui fut mise en service durant l’année 1900 puis dès l’année suivante une station sera ouverte, laquelle en son honneur porte le nom de Katuar. Elle est située à 35 kilomètres de Moscou ce qui nécessite environ 55 minutes.
Cette ligne est aujourd’hui électrifiée et assure à Savyolovsky une connexion directe vers Smolensk (Biélorusse).
Comme la grande majorité de la colonie, Léon Lvovitch Katuar vint en France après le déclenchement de la révolution russe en novembre 1917. Il décédera à Paris le 8 août 1922 en gare d'Orsay (8è arrondissement) à l’âge de 58 ans.

Fin de la première partie
(Seconde partie dans le prochain numéro : La présence française à Moscou, l’usine de Kotly et la vie industrielle.)

J-M. T.

NOTES ET RÉFÉRENCES

 Le mot moulinage ne vient pas de moulin mais de mouliner le cocon du ver à soie. Autrement dit, d’en dérouler le fil pour en fabriquer des torses, c’est-à-dire un fil constitué de plusieurs fils élémentaires récupérés depuis des cocons. A cette époque, en Ardèche et alentour, nombreux existaient de grands bâtiments de pierres abritant des moulinages, construits le long des rivières et des torrents pour en exploiter la force motrice. Ils sont désormais abandonnés.
(2) Par Jean-Marc TRUCHET
 LES CARNET DE René CLERGEAU - La Grande Guerre au jour le jour. 1914-1918
 LES CAHIERS DE Paul MENCIER - La Grande Guerre au jour le jour. 1914-1918
(3) La pébrine est une maladie du ver à soie causée par un champignon au nom de microsporidie nosema bombycis.
(4) D’où le nom de Largentière mais qui, jusqu’au XVIIIè siècle, s’appelait Ségalière (L’Argentèira en Occitan).
(5) Lire avec grand intérêt : LARGENTIERE - CITE MINIERE EN VIVARAIS. Brochure réalisée par l’ASSSOCIATION DE SAUVEGARDE DU PRATIMOINE DE LARGENTIERE.
(6) Il s’agit ici des personnes installées et non de travailleurs de passage. Suivant certains Anciens, Largentière durant la période d’exploitation de la mine, compta parfois entre 3 000 et 5 000 habitants.
(7) La Sté. Peñarroya exploite depuis sa création d’autres mines dans le monde dont de charbon, de cuivre, de zinc, de phosphate. Il s’agit de l’un des grands acteurs mondiaux en matière d’exploitation minière non ferreuse dont en Afrique.
(8) Suivant l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques).
(9) Le minerai de plomb s’appelle de la galène. Parmi les Anciens, beaucoup se souviendront certainement des postes à galène qui permettaient d’écouter la radio…
(10) Madame Josette Mirabel† † était professeur de musique et ancienne Présidente de l’ASSOCIATION DE SAUVEGARDE DU PATRIMOINE DE LARGENTIERE. Très investie dans tout de qui concernait l’histoire de la ville, elle participa aussi très activement à la restauration du château dans son aspect d’origine. Chaque semaine, elle faisait également découvrir la musique aux enfants handicapés du centre de Béthanie situé près de la ville.
(11) Malgré tout le soin apporté pour établir cette généalogie familiale simplifiée, suivant les difficultés de transcription constatée au cours du temps, il n’est pas exclu que certaines dates de naissance comme de décès puissent comporter des erreurs. Si tel était la cas, le lecteur voudra bien nous pardonner...
(12) Premier chiffre = calendrier grégorien (Europe de l’ouest). Seconds chiffres = calendrier julien (Russie), soit + 13 jours.
(13) Nicolas 1er mesurait 2.05 m , Alexandre II, 1 m 86 et Alexandre II, 1.90 m.
(14) Exposition réalisée par l’ASSOCIATION DE SAUVEGARDE DU PATRIMOINE DE LARGENTIERE. Différents éléments ici reproduits sont d’ailleurs extraits d’articles et de photographies exposés lors de cette manifestation.
(15) Un cardeur est un ouvrier qui démêle des fibres textiles et les peigne à l'aide d'une carde. On retrouve d’ailleurs cela en matière de laine, en particulier pour les matelas.
(16) Le cadicier est celui qui vend le produit filé pour être tissé.
(17) La construction date de 1777 par Cayron puis en 1822 Perbost acheta ce moulinage . Pour plus de détails, consulter le site internet.
(18) En langue russe, Sacha est le diminutif d’Alexandre.
(19) On trouve à partir de cette date, une autre orthographe du nom Catoire sous la forme de Katuar, voire Catoar.
(20) De la famille des Romanov. Le couronnement d’Alexandre III et lieu le 27 mai 1883. Il régna jusqu’à son décès le 1er novembre 1894. Son successeur fut Nicolas II dont le couronnement eut lieu le 6 mai 1896. Son règne prit fin par son abdication en mars 1917. Avec toute sa famille, il fut assassiné sur ordre de Lénine dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg. Les dates sont celles du calendrier grégorien en vigueur en Europe de l’Ouest.
(21) Né en 1864 à Moscou, décédé à paris en 1922 à l’âge de 58 ans. Lev correspond à Louis.

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