AVRIL-MAI 2019

L’Islamisme en Ukraine : les deux enfants terribles de l’atlantisme alliés contre la Russie

par François LEJEUNE

L’Euromaïdan, en 2014, a fait surgir un certain nombre de crises en Ukraine. La montée du nationalisme ukrainien et les forces centrifuges des régions russophones ont fracturé le pays de manière durable. La rébellion russophone séparatiste à l’Est n’a pu être maîtrisée et l’armée ukrainienne s’est retrouvée humiliée à plusieurs reprises. 
La Crimée quasiment sans résistance est passée dans la fédération de Russie avec une population largement satisfaite. Seule la population musulmane tatare de Crimée très minoritaire était d’un avis différent. 
L’état ukrainien soutenu par les États Unis et l’Europe était déterminé à utiliser tous les leviers anti russes à disposition. 
Sur ce fond de décomposition étatique, l’état ukrainien a joué une nouvelle carte anti russe : l’islamisme.
En effet, si l’Ukraine était devenue une terre de refuge pour les dissidents politiques tchétchènes et daghestanais, jamais l’état n’avait encouragé autant l’islamisme combattant contre la Russie et les rebelles pro- russes. 
Accouplés aux bataillons d’ultranationaliste ukrainiens, les islamistes tchétchènes tatars et azéris combattent les rebellent populations du Donbass. Ce drame se joue dans la plus parfaite hypocrisie américaine et européenne. 
Dans le paysage religieux ukrainien, les musulmans ukrainiens représentent environ 1  % de la population ukrainienne et sont en majorité des Tatars de Crimée vivant dans la péninsule de Crimée.
Les Tatars de Crimée forment une population d'origine turque vivant à l'origine dans la péninsule de Crimée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands tentèrent d'embrigader les Tatars, mais bien que seule une minorité eût accepté la collaboration active, toute la population tatare de Crimée fut victime de la répression stalinienne. Ils furent accusés d'être des collaborateurs du Troisième Reich et déportés en masse en Asie centrale (Ouzbékistan). En 1967, un décret supprima les accusations portées contre les Tatars de Crimée déportés, mais le gouvernement soviétique ne prit aucune mesure concrète pour faciliter leur réinstallation en Crimée, ni pour réparer les pertes humaines et les confiscations. Les retours ne furent qu'individuels. Le retour massif a commencé avec la dislocation de l'URSS à partir de 1989. Beaucoup de problèmes ethniques sont apparus entre les Russes de Crimée rattachée à l’Ukraine par la fin de l’URSS, et cette population tatare de Crimée peu sécularisé et musulmane. 
Depuis 1991, la défense des intérêts des Tatars est prise en charge par une organisation, le Mejlis (assemblée) des Tatars de Crimée qui, le 30 juin de cette même année, déclara la souveraineté des Tatars de Crimée et adopta un hymne national, ainsi qu'un drapeau, le Qırımtatar bayrağı ou Kök bayraq. Depuis 1998, l'organisation envoie des candidats et des députés au parlement ukrainien (Rada), dont son leader, Mustafa Abdülcemil Qırımoğlu. Elle est soutenue financièrement par la Turquie. Cette dernière met de l’huile sur le feu en appelant à la revanche contre la Russie. 
Radicalement anti russe et contre l’église orthodoxe russe, les tatars firent monter la pression. La Crimée a vu une montée de l’islamisme avec cette population tatare qui reste largement exclue de la vie politique et sociale de la presqu’ile. 
Dans les jeux de pouvoir ukrainiens, les Tatars de Crimée ont largement été utilisé contre les Russes de Crimée et leurs soutiens politiques à l’intérieur et à l’extérieur. 
Les nationalistes ukrainiens ont toujours pu compter sur les leaders Tatars de Crimée pour les soutenir aux élections. Pendant la révolution de 2013, plusieurs activistes tatars de Crimée étaient présents contre le régime de Yanukovych. Ils furent rejoints par des diasporas de pays musulmans turcophones présentes en Ukraine soutenus religieusement par l’Arabie Saoudite et la Turquie. Des islamistes étaient aux cotés des nationalistes ukrainiens avec des drapeaux de leurs populations. 
Mais les têtes pensantes restent liées aux intérêts américains. On peut citer notamment Mustafa Nayyem, le journaliste pro américain anti russe de l’Euromaïdan. 
Lors de la période entre l’Euromaïdan et la réunification Crimée-Russie, des heurts inter religieux eurent lieux entre les musulmans tatars criméens d’un côté et les Russes de l’autre. La peur d’une guerre civile anti musulmane fut une des raisons que Vladimir Poutine invoquât pour annexer la Crimée et déployer une force militaire et policière massive. 
Le 17 avril 2014, l'une des figures politiques des tatars, Moustafa Djemilev, fut interdit par Vladimir Poutine d'entrer sur le territoire de la Crimée. Cet homme ancien député dans les rangs nationalistes ukrainiens, appelait clairement à la guerre sainte contre la Russie.
D’autres activistes tatars de Crimée renforcés par des islamistes tentèrent de commettre des attentats en Crimée. Il s’en suivit une répression massive et un exode des élites religieuses de la Crimée vers l’Ukraine. 
Ces exilés firent causes communes avec les nationalistes ukrainiens. Ils furent ralliés par des islamistes venant d’ex URSS chassés par les régimes alliés de Moscou (notamment d’Ouzbekistan).
Lors de la rebellions du Donbass, l’Ukraine essaya de monter des pays musulmans contre la Russie. Néanmoins à part les alliés traditionnels des américains il y eu peu d’effets concrets. 
En 2015, le nationaliste ukrainien Dmitri Korchinski a fait une déclaration choc en proposant d’offrir aux combattants de Daesh l’asile à Kiev, et demandant aux services de sécurité de chercher des alliés parmi les terroristes pour lutter contre la Russie. Cette déclaration jugée fantaisiste n’a pas été prise au sérieux, alors que les plus terribles spéculations concernant une alliance étaient écartées par nos biens pensants. 
En 2016, une unité paramilitaire spéciale formée de volontaires tatars de Crimée est constituée en Ukraine pour combattre les séparatistes pro-russes à l'est du pays. Le bataillon serait soutenu par la Turquie .
Néanmoins, la fantaisie si peu « Charlie » devient réalité 
Un article du New York Times avait révélé que les Tchétchènes islamistes étaient sous le commandement du parti fasciste ukrainien Secteur Droit et étaient là pour « combattre les Russes » parce que, disent-ils « nous aimons combattre les Russes » et « nous ne cesserons jamais de combattre les Russes ».
Alors que la présence de mercenaires tchétchènes pro russe était attesté par tout les camps, la présence d’islamiste de Daesh ou de Al Nostra était pudiquement cachée par les ukrainiens. 
Certains nationalistes notamment Français et Anglais soutenant le camp ukrainien criaient à la propagande russe. Malheureusement pour eux, les informations officielles vantaient les coopérations entre les islamistes et les patriotes ukrainiens. L’exemple le plus flagrant est le bataillon Tchétchène Dudayev . Le bataillon Dudayev est nommé en hommage au général tchétchène indépendantiste Djokhar Doudaïev.
C’est une unité paramilitaire spéciale formée de volontaires islamistes tchétchènes. Leurs chefs ont été au contact des ultranationalistes ukrainiens lorsque ces derniers se battaient en Tchétchénie du côté des rebelles islamistes. Ces ukrainiens pendant cette guerre se déguisaient même en islamistes avec un bandeau vert et égorgeaient les tchétchènes loyalistes et les soldats russes en mimant les islamistes. Ces islamistes tchétchènes, une fois la guerre en Tchétchénie gagnée par la Russie sont venus voir leurs vieilles connaissances en Ukraine pour lutter contre les Russes et pro russes. L’état ukrainien alla jusqu’à organiser une commémoration de la république islamique tchétchène rebelle en plein Kiev afin de montrer sa volonté de lutter contre la Russie par tous les moyens. 
Les muftis et imans ukrainiens installés par le pouvoir post soviétiques furent terrifiés par la présence de ce type d’individus. Ils les craignaient d’autant plus que leurs autorités devenaient contestées par ces radicaux. 
Stanislas Byshok, auteur de « Néonazis & Euromaïdan, de la démocratie à la dictature », explique l’importance du néonazisme en Ukraine actuellement et son entreprise de nettoyage ethnique du Donbass. Cette haine devient compatible avec l’islamiste des combattants de Daesh. 
Voilà quel genre de soldats l’Ukraine « démocratique » utilise dans sa guerre civile contre la population du Donbass : des néo-nazis adorateurs des collaborateurs des Nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale, et des terroristes islamistes issus de Daech…
Très récemment, les services secrets ukrainiens et les forces du ministre de l’intérieur ont effectué des pressions et des arrestations sur des éléments « incontrôlables » de ces bataillons. La seule ONG à s’en inquiéter est l’ « Open democraty » liée à Georges Soros . 
À la lumière de cette information, il convient aussi de s’interroger sur le futur de ces combattants, une fois la guerre finie ils seront inutiles. Les choses inutiles disparaissent très vite en Ukraine … 

F.L.

Bibliographie :

https://www.rt.com/op-ed/447536-isis-chechen-islamists-ukraine/

http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2019/01/l-etat-islamique-en-ukraine-un-cadeau-de-noel-des-occidentaux.html

'We like partisan warfare.' Chechens fighting in Ukraine – on both sides 24 Jul 2015 the Gardian Shaun Walker.
 
The permitted and the forbidden: Ukraine’s security services turn their eyes to “banned” Islamic literature Open democraty Tetiana Kozak April 2018.

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