AVRIL-MAI 2019

Un drame effroyable !

par Erwan CASTEL

Ce matin, plus d'une vingtaine de camarades du bataillon sont venus me saluer, m'exprimant leur tristesse d'avoir appris par les médias l'incendie ravageant Notre Dame de Paris et les amis de Donetsk m'ont transmis également par messages leur émotion partagée. Ces témoignages fraternels illustrent autant la notoriété internationale de ce monument symbolique que le sentiment francophile du peuple russe qui ne cesse de me surprendre dans sa connaissance de l'Histoire de France, ce pays d'Europe qui appartient à une destinée civilisationnelle commune. Malheureusement, la réciprocité n'existe pas, bien au contraire !
Depuis hier soir je suis sous le choc devant l'agonie de Notre Dame de Paris. !
Ce vaisseau de pierre vivant qui a traversé quasiment 1000 années d'Histoire (et bien plus si on considère le site sacré celtique des Nautes sur lequel il naviguait) semblait immortel tant il avait survécu à tant de tempêtes de l'Histoire, ses guerres, révolutions, incendies etc.
Ce soir, ce n'est seulement un temple chrétien, un monument historique et un symbole de l'identité française qui brûle, c'est cet objet unique, digne de cette appellation de « patrimoine de l'Humanité », et qui savait faire naître dans les cœurs même les plus impies, ce vertige émotionnel indescriptible créé en des temps immémoriaux par des milliers de tailleurs de pierre, maîtres charpentiers et maîtres verriers du Moyen âge. Ces mains inconnues, en formatant la pierre, le bois et le verre avaient su donner chair au sacré symbolique de l'univers, et nous offrir bien au-delà de la fonction religieuse du lieu, un symbole majeur des regards interrogateurs que nous portons au-delà de notre ciel et de nos vies sur notre errance dans le cosmos...
Du sanctuaire celtique des Nautes à l'héroïne romanesque Esmeralda, en passant par le sanctuaire chrétien millénaire, Notre Dame est beaucoup plus qu'un livre de pierre ouvert sur l'Histoire de France, elle est le miroir de l'âme identitaire d'un peuple mais aussi d'une civilisation européenne. C'est vers elle qu'en 1314 Jacques de Molay tourne son dernier regard le jour de son martyr, et c'est vers elle que converge la joie de la population lors de la libération de Paris en 1945.
Ce drame historique effroyable est également effrayant, car il n'est pas seulement un symbole de l'effondrement de notre présent mais il est aussi, je le crains, le signe des temps à venir...

E.C.

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