FÉVRIER 2018

D’Enduring freedom à Atalanta. La Marine allemande à Djibouti

par Alexandre WATTIN

Après les attentats du 11 septembre 2001, le Bundestag décide, le 16 novembre 2001, de faire participer la Bundeswehr à l'opération Enduring Freedom. En octobre 2002, la Combined Task Force 150 et les Forces spéciales militaires des États-Unis s'établissent au Camp Lemonnier, à Djibouti. Le but de cette opération est l'apport d'aide humanitaire ainsi que des patrouilles dans la Corne de l'Afrique afin de réduire les capacités des groupes terroristes dans la région. 
L'apport d'aide humanitaire doit permettre de prévenir toute implantation de groupes terroristes en profondeur dans la population locale, ou leur réémergence après leur suppression. L'aspect humanitaire inclut la construction d'écoles, de cliniques, de points d'accès à l'eau pour renforcer la confiance des locaux.
Les forces allemandes apportèrent leur soutien en déployant un contingent naval. Pour le soutenir, une base logistique maritime a été mise en place à Djibouti. Après que le gouvernement Djiboutien et allemand aient signé en janvier 2002, un mémorandum sur le statut des troupes allemandes qui seront présentes dans le pays dans le cadre de la lutte anti-terroriste
La construction de cette base a commencé le 27 janvier 2002 et une grande partie du personnel militaire est hébergé au Sheraton de Djibouti. La tâche était la prise en charge logistique et côtière des unités allemandes déployées dans l'opération Enduring Freedom dans la région soit initialement douze navires, divers aéronefs et environ 1300 soldats. 
La Base était subordonnée au commandant du Task Group 150 et comprenait initialement environ 250 soldats de toutes les forces armées.
Jusqu'en 2003, des bâtiments de la marine de la classe Elbe ont été utilisés comme base arrière. Après quoi le soutien logistique a été transféré dans des bâtiments en durs sur la base navale française de Djibouti. Le personnel a été réduit parallèlement à la réduction du contingent contingentaire progressivement à 50 et 2006 à 20 membres de la Bundeswehr. À la suite de cette réduction des effectifs le détachement a été renommé Groupe de liaison et de soutien allemand Djibouti (Deutsche Verbindungs- und Unterstützungsgruppe Djibouti - DEU VbdgUstgGrp DJI ou DVUG) le 1er juillet 2007. 
Les unités à soutenir logistiquement se composaient dès lors principalement d'une frégate, d'un ravitailleur. Dans le domaine opérationnel le DVUG était subordonné au chef du contingent militaire allemand, lui-même conduit par le commandement opérationnel de la Bundeswehr à Potsdam.

LES ACTES DE PIRATERIE MARITIME ÉTAIENT DEVENUS DIFFICILEMENT CONTRÔLABLES

La principale route commerciale entre l'Europe, la péninsule arabique et l'Asie traverse le golfe d'Aden. Dans le même temps, il est l'un des plus vulnérables au piratage au monde. Chaque année, plus de 20 000 navires traversent la zone, transportant environ 90 % du commerce entre l'Afrique, l'Asie et l'Europe
Dès l’année 2008, la médiatisation des assauts spectaculaires sur des navires marchands avait mis en lumière les activités de piraterie maritime au large de la Somalie. L’aggravation de la menace avait amené la communauté internationale à réagir promptement car le recours à des moyens de plus en plus sophistiqués et violents, avaient élargi le rayon d’action des pirates en touchant toutes les activités maritimes. 
L’importance des enjeux de la sécurité des mers avait donc conduit la communauté internationale à réagir. Face à cette menace, de nombreux États dont l’Allemagne était désireux de participer à lutter contre la piraterie maritime. 
Le développement des activités de piraterie à la corne de l’Afrique résulte d’une combinaison de facteurs économiques, politiques et géographiques : pauvreté, trafic maritime dense, instabilité politique. En Somalie, l’ensemble de ces facteurs sont réunis. Le nombre d’attaques étaient en forte augmentation en dépit d’un renforcement des mesures de lutte encontre la piraterie. 
L’augmentation du nombre d’attaques dès 2008 était liée à la détérioration de la situation au niveau du golfe d’Aden et des côtes somaliennes. Les enjeux de la sécurité maritime ont rendus nécessaires un renforcement de la lutte contre la piraterie.
Néanmoins, c’est le détournement du pétrolier Sirius Star qui marquera une escalade de la piraterie maritime. 
En effet, d’’artisanale la piraterie devient organisée, les pirates sont mieux équipés, possèdent de l’armement plus lourd et leur rayon d’action s’était élargi, leurs cibles devenaient plus importantes.
Confronté à cette situation, de nombreuses initiatives internationales ont visées à consolider les outils et moyens de lutte contre la piraterie afin d’accroitre la sécurité maritime qu’elles soient diplomatiques ou juridiques ; telle la résolution de l’organisation maritime internationale, les initiatives de la chambre de commerce internationale et les résolutions de l’ONU. Dès 2007, la présence de navire de guerre au large de la Somalie s’était renforcée constituant une réponse dissuasive aux velléités d’agression et en 2008 l’OTAN s’était engagée à l’accompagnement des navires du Programme Alimentaire mondial acheminant l’aide à destination de la Somalie.
À Bruxelles, les européens décidèrent le 15 septembre 2008 de créer une cellule de coordination de lutte contre la piraterie maritime. Cette cellule baptisée EU NAVCO était chargée d’une part de coordonner les moyens que les États membres devaient mettre en place dans le Golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie maritime et d’autre part d’informer les armateurs européens des éventuels dispositifs déployés.

L'OPÉRATION ATALANTA - L’ALLEMAGNE DANS LA LUTTE CONTRE LA PIRATERIE MARITIME

Le 8 décembre 2008, le Conseil de l’UE décide de lancer une opération militaire à l’appui des résolutions 1814, 1816, 1838, et 1846 du conseil de sécurité de l’ONU. Cette opération baptisé « EUNAVFOR Somalia Atalante » s’inscrit dans le cadre de la PESD et constitue la première opération navale de l’Union Européenne. 
À plusieurs reprises, l’Allemagne a rappelé que la lutte contre la piraterie était l’une de ses priorités. La volonté manifestée par l’Allemagne de lutter contre la menace pirate a conduite le 19 décembre 2008 le Bundestag a décidé que l'Allemagne participera à la mission anti-piraterie de l'Union européenne. L'Allemagne a reconnu l'importance spéciale de Djibouti avec l'ouverture d'une Ambassade au printemps 2010 et Djibouti a ouvert une Ambassade à Berlin en automne 2011.
Dès lors, la Bundesmarine a organisé l’accompagnement et la protection des navires acheminant les opérations de transport du Programme alimentaire mondial, des gens de mer et des navires marchands dans la Corne de l'Afrique et prévient la piraterie au large des côtes de la Somalie. Outre les bâtiments de la marine qui œuvraient en haute mer le DVUG reçu un mandat de soutien supplémentaire, qui a persisté lorsque la participation allemande à l'opération Enduring Freedom a pris fin à l'été 2010. Ce groupe de liaison et de soutien pour les unités allemandes de la Marine assume des tâches logistiques, administratives et prévôtales.
Le personnel affecté à ce détachement avait la responsabilité de gérer la base logistique des navires à Djibouti. Le premier navire de la marine allemande à la mission Atalanta était la frégate Karlsruhe depuis durant plusieurs années diverses frégates, navires ravitailleurs et pétroliers de la Bundeswehr ont été utilisés. 
Depuis août 2016, l'Allemagne ne fournit plus d'unités maritimes pour la mission menée par l'Union européenne. Les deux derniers navires en service étaient la frégate Bavaria et le pétrolier Spessart. Avec le retrait des bâtiments de la marine allemande le commandement des unités maritimes de l'opération Atalanta ont été transférées aux Pays-Bas. 
Cependant l’Allemagne continue à respecter ses engagements en restant présente militairement à Djibouti avec sa composante aéronavale par la présence d’un avion de patrouille P 3C Orion. Actuellement, environ 70 soldats à Djibouti sont responsables de permettre au patrouilleur maritime de commencer des vols de surveillance réguliers.

COMPOSANTE AÉRIENNE

Avec le déploiement du P-3C Orion, avion de patrouille maritime quadrimoteur à hélices à Djibouti, provenant de sa base de Nordholz la marine allemande apporte jusqu’à ce jour une contribution notoire à la lutte contre la piraterie. L’appareil en mission à Djibouti et basé sur la base aérienne 188 des Forces Français de Djibouti provient de L'escadron aéronaval n° 3 « Graf Zeppelin » (MFG3 « GZ ») subordonné en Allemagne au Commandement de l'aéronaval. L'escadron est également équipé d'avions Do 228 LM. 
La zone d'intervention de cet avion couvre une superficie qui est environ une fois et demie celle de l'Europe. En raison de la taille du champ d’observation, l'utilisation de cet avion de reconnaissance en profondeur est indispensable.
Composé d’un équipage de 11 membres, le P-3C Orion et l'avion de reconnaissance idoine. Depuis son engagement opérationnel à Djibouti, l’avion fournit des informations indispensables et précieuses aux commandants des navires impliqués dans l'opération. Couvrir une zone aussi vaste est une mission qu’un navire seul ne peut accomplir sans l’aide de « l’œil » du P 3 C Orion.
Car, pour un navire, les contacts sur le radar ne sont initialement que des points distants de plusieurs miles marins parfois très difficiles à rejoindre dans un délai très court ce qui n’est pas le cas pour l’Orion. 
Aéroport militaire de Djibouti

L’avion a pu démontrer sa capacité à procurer un effet très dissuasif. La meilleure démonstration est l’attaque survenue en avril 2017 du navire marchand MV Alheera par des pirates dans le golfe d'Aden. Au début, une équipe de protection à bord du navire marchand a tenu les pirates à distance. Quand l’Orion est apparu à l'horizon, les pirates ont immédiatement rompu le combat pour se sauver.
Des vols de reconnaissance tout le long de la côte somalienne font également partie des missions assignées à l’équipage de l’Orion. Prendre des photos et des vidéos de bateaux suspects ou des camps à terre. Aussi il n'est donc pas surprenant que l'avion et son équipage effectuent de très nombreuses missions de reconnaissance et d’observation. 
Une charge énorme pour l'homme et le matériel dans les conditions climatiques très difficiles. Depuis l’engagement de la Marine allemande à l’opération Atalanta l’Orion et son équipage, comme élément aéronautique, apportent une contribution de grande valeur reconnue par tous.

IMPACT SUR LA SÉCURISATION DE LA ZONE

La Bundesmarine a permis d’escorter en toute sécurité quelques 400 transports pour le Programme alimentaire mondial et environ 140 pour la Mission de l'Union africaine en Somalie, permettant, entre autres, la livraison de plus de 1,3 million de tonnes d'aide à la Somalie. 

La piraterie dans la Corne de l'Afrique a fortement diminué au cours des cinq dernières années, en partie à cause du succès de l'opération Atalanta. Rien qu'en 2011, 176 attaques sur des navires et 25 enlèvements dans la zone d'opérations ont été comptabilisés. 
Entre 2013 et 2017, il n’y eu pas plus de dix attaques et le nombre a régulièrement diminué. Il est évident que les routes maritimes dans la Corne de l'Afrique sont devenues beaucoup plus sûres, mais le piratage n’est pas éradiqué et peu resurgir à tout moment.
L'utilisation de navires de guerre et les mesures d'autodéfense de la navigation civile permettent aujourd’hui de limiter une éventuelle résurgence ; mais bien que la piraterie soit actuellement réprimée, cela ne signifie pas que les pirates ont disparu.
La présence militaire est toujours nécessaire pour empêcher la piraterie de ressusciter et pour cela le Bundestag a voté le 18 mai 2017 la poursuite de la participation de la Bundeswehr à l'opération Atalanta. Le nouveau mandat est limité au 31 mai 2018 et devrait être transformé en nouvelles structures à moyen terme. 

A.W.

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